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Les reins vont chauffer…

23 mars 2015 | Par Nicolas Lesaint

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Tirant la porte du hangar il regarde l’outil.

Tournant sur lui même il contemple ses vignes.

Ce matin il a senti la terre. Ce matin il a touché le cavaillon, tapé dessus avec son pied, estimé sa dureté et sa résistance au labour et contemplant les Véroniques désormais en fleurs, il a décidé qu’il était temps.

Le ciel est couvert.

Une légère humidité perle sur les fils.

Pas de vent mais juste une petite brume qui annonce un réchauffement de l’air à venir.

Son vieux Ford est là, fidèle au post, borgne d’un œil et coiffé d’une cabine offrant une climatisation naturelle tout à fait adaptée à une matinée comme celle-là… Dans un vrombissement de ferraille l’ami se secoue et se réveille sans pour autant  avoir pris le temps de remplir l’atmosphère d’une fumée gris-bleue donnant un aspect encore un peu plus théâtral à la scène.

Une manœuvre, puis une autre pour se coller précisément devant sa charrue. Avec la technique assurée qui affiche une habitude à se débrouiller seul, il adapte les bras de relevage, les met en place, puis positionne son troisième point pour une stabilisation idéale de l’ensemble. Les tendeurs sont serrés, l’outil alors soulevé est graissé de près comme le ferait un coach pour son poulain avant d’entrer sur le ring. Il teste, touche resserre, caresse les socs pour s’assurer que cette douceur au touché est bien là alors que dans quelques minutes il devra pénétrer au cœur de l’argile.

Alors, chevauchant son fier destrier il sort du hangar et avec l’assurance de celui qui sait parfaitement où il doit aller,  se met en place dans le premier fond de la parcelle. Pose l’outil au sol, descend, vérifie la position de ses roues de tarage et celles de ses socs. Deuxième lente il démarre et tordu sur son siège, penché vers l’arrière, son regard joue la bascule de droite et de gauche pour voir le travail de ses charrues. Pieds après pieds, la terre sortie est retournée révélant la grasse fraicheur d’un sol se réveillant de l’hiver. Le rythme se fait entendre, les cure-ceps rentrent en action, claquent et dégagent les derniers Erigerons récalcitrants plaqués contre les pieds de vignes et qui pensaient pouvoir échapper au cycle du labour.

La bascule se fait, mouvement de rappel d’un cycle ancestral désormais retrouvé et qui sonne la reprise d’une saison de travail des sols. Le décavaillonneur progresse creusant entre les pieds un sillon noir nu de toute végétation mais grouillant d’insectes dérangés dans leur sommeil. Ils reprennent leurs esprits, se secouent brassent leurs antennes et se ruent sous la lesque retournée.

Lien terrestre, reprise du cycle, contact charnel du métal sur l’argile dont le crissement rugueux de la pointe sur un caillou rappelle à l’homme la minéralité du décors ambiant.

l’alternance débute, la reprise se sent, la terre se retourne, à chacun sa technique, à chacun son timing mais toujours le rythme du balancement des reins à droite puis à gauche réchauffant le dos et tendant des cervicales qui la nuit prochaine feront rêver l’homme à ses rangs bien droits, bien propres, dont il se rappellera la difficulté de leur subtiles dévers.

La terre chavire, le soleil la réchauffe, le printemps est là, le laboureur artiste œuvre pour son sol.

Nicolas.

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