Le blog

de REIGNAC

Shares

Il était une fois, un méchant dégustateur…

10 avril 2015 | Par Nicolas Lesaint

11096709_460852717400444_7843877319054100864_n

C’est l’histoire d’un méchant dégustateur, un de ceux qui ne sont jamais contents, préférant critiquer que chercher à comprendre, beaucoup plus intéressé par les défauts que par les qualités d’un vin. Cherchant en permanence à faire valoir leur savoir en trouvant tout mauvais, essayant ainsi de se donner de l’importance.

Pourtant regarde mon garçon il y a un décor, un vignoble, des odeurs, des hommes qui peinent toute l’année et puis quand tu ouvres une de nos bouteilles c’est deux années d’investissement de soi que tu avales, alors prends du temps, inspire à fond et goûte tout d’abord du bord des lèvres en te laissant emporter par ces sensations que tu laisseras alors venir à toi.

Mais non, non, non, le jeune homme ne veut rien entendre, il tape du pied, vocifère se targue de bien connaitre les vins et de savoir ce qui est bon, bien fait et surtout ce que doit être un bon vin et puis de toute manière la campagne ça sent mauvais, les tracteurs ça pue et qu’en plus, en plus, les viticulteurs ben ils balancent en permanence des produits chimiques parce qu’ils aiment se parfumer les aisselles au folpel et à la bouillie bordelaise…

Alors, les gars de la terre lui montre leurs sols, lui font sentir les fleurs qui poussent dans leurs vignes, lui montrent les insectes qui volent, ils lui expliquent tous les efforts qu’ils ont fait depuis des années et ce qu’ils ont maintenant entre les mains. Ils lui font comprendre le temps passé à bêcher, à réparer, à observer les nuages et à pleurer après l’orage, ils lui montrent les cicatrices cachées et hurlent leurs engagements pour devenir meilleurs, mais rien n’y fait, le méchant dégustateur n’en démord pas, ces vins ne sont pas bons, pas au niveau, ne vieilliront pas, c’est évident, ils ne sont pas issus des terroirs les plus nobles que certains ont à une époque de bienveillance accepté d’adouber…

Alors les hommes lui ouvrent des bouteilles, les lui font sentir, ils testent divers millésimes, différents terroirs, différentes barriques, sortant à tour de bras des bouchons qui s’envolent et retombent au sol s’accumulant à l’ombre d’une magnifique table en chêne massif.

Le temps passe. Le soleil tourne puis se couche obscurcissant le décor. Mais la discussion continue entre secouements de têtes négatifs et affirmations appuyées. Les voix montent, les bras se tordent, les têtes penchent mais l’homme reste stoïque, c’est quand même pas maintenant qu’il va revenir sur sa position.

Et puis tout prend fin. Personne n’aura voulu baisser sa garde mais le débat aura été fougueux. Les hommes de la terre s’en vont, têtes baissées et déçus de tant d’obscurantisme, mais convaincus d’avoir raison. Le vin n’est pas une fin en soi, il n’est que le reflet d’un lieu et de personnes qui une année se sont croisés.

De son côté le méchant dégustateur traîne du pied, il s’éloigne et feint de rentrer chez lui. Puis au dernier moment s’excusant, faisant demi tour, il retourne là où l’affrontement a eu lieu parce que, parce que, parce qu’il a oublié son carnet de notes tiens !

Alors, seul, les oreilles fourmillant encore de toutes ces discussions il s’approche de l’autel. Il tourne autour de la table le regard rivé sur le sol tapotant du pied dans des bouteilles vides et des bouchons tire-bouchonnés. Il s’arrête, observe à droite, à gauche, derrière lui, met un genoux à terre et tel un cobra tapant sa proie se saisit d’un bouchon. Le bouchon. Il le regarde, le frotte, le nettoie de la poussière du sol et admirant sa coupe y lit le millésime. 2009. Au fond de lui il le sait, jamais il n’a eu autant d’émotion à goûter un vin de cette année là. Pourtant ce n’est pas un grand nom, pourtant jusqu’à aujourd’hui il n’en avait jamais entendu parlé et en plus cela va à l’encontre de son fondement. Quand même, si personne n’en a encore parlé dans les guides et les classements c’est bien un signe de qualité médiocre !!

Alors, l’enfournant rapidement dans sa poche pendant que son géniteur entre dans la pièce, il reprend son masque de vertu et pivotant instinctivement sur sa droite se retrouve face à lui. Une dernière poignée de mains, un regard en coin, carnet en poche tel un artiste bousculé il s’éloigne titubant quelque peu.

Il n’est déjà plus là, ressassant ses sensations et cette joute verbale qui demain, c’est certain, lui manquera quand même un peu, il se demande si lui aussi n’a pas trop longtemps été la victime d’un système qui ne veut surtout rien voir bouger et qui a oublié que le vin devait avant tout être dégusté et bu sans aucun a priori si ce n’est celui d’accepter de se remettre en question et de s’écouter.

Alors, ouvrant son carnet, il retrouve la bonne page. Il sourit légèrement, ce qui ne lui était probablement plus arrivé depuis des années, et d’un geste franc ose marquer le papier :

“j’aime,….. Tout simplement”.

 

Nicolas.

 

Commentaires(6)

  1. Nicolas de Rouyn


    Pour le vieillissement, dis-lui bien à ce méchant garçon que je commence mes reignac 2001 avec infiniment de bonheur.


  2. 2001 dégusté lors de la dégustation fabuleuse (au sens littéral) de 2009organisée par fanch, l’année de l’organisation du premier WWS qu’il fallait impérativement financer, à tout prix!!!!


    • Nicolas Lesaint

      13 avril 2015 à 13 h 24 min

      Et ?

      rien juste que reignac gagne, miracle ou pas , on aurait voulu être une petite souris-)-)-)


  3. Superbe

Un commentaire ?

Vous avez aimé ce blog, vous aimerez sans doute ceux-là :