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Un léger problème de synergie ?

22 avril 2015 | Par Nicolas Lesaint

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L’important pour qu’une équipe fonctionne bien est qu’une synergie positive se mette en place, que chacun respecte l’autre, prenne en compte la pénibilité de sa tâche et que tout le monde comprenne bien que chacun étant un maillon, nous avons tous besoin de l’autre et de sa compétence.

Ça c’est la théorie.

La pratique peut être franchement sacrément différente parfois. Mais la palette des gris est large et évolutive c’est ce qui permet toujours de positiver et de se dire voilà, cette fois-ci ça marche mieux, on est dans un joli cercle vertueux et pour quelque temps les rivalités, jalousies et autres caractères émotionnellement humains sont mis de côté. Un calme plat social qui rafraîchit un peu. Et puis ça permet d’aider ceux qui en ont besoin, ça enrichit de l’expérience de l’autre, ça fait grandir de l’intérieur parce qu’à quarante ans et plus l’extérieur ne peut plus vraiment gagner de centimètres.

Et puis il y a des accrochages, des signes, des panneaux lumineux que l’on voit passer et que l’on essaie d’interpréter et de prendre en compte. Et puis il y a des aspects de l’âme humaine que l’on pense pouvoir changer mais qui en fait sont fondés sur des choses tellement anciennes que plus rien n’est possible si ce n’est, comme dirait ma belle-mère, se le mettre dans la poche et son mouchoir par-dessus pour en reparler plus tard lorsque la tension sera redescendue…

En ce moment c’est plutôt vertueux, c’est le printemps, les beaux jours sont là, il n’y a pas trop de galères mécaniques pour tout le monde, chacun retravaille de nouveau par secteur, la vie sociale est donc paisible. Mais la vie d’un équipage reste et restera toujours mouvementé avec quelques tempêtes et quelques calmes plats, c’est d’ailleurs ce qui fait que malgré tout la part humaine de mon travail me plaît. Bon parfois on a un peu envie de sortir de la cour de récréation de l’école primaire de Reignac mais dans l’ensemble je ne pense pas que l’on soit plus mal assortis que d’autres.

Malgré cela,  il arrive que l’on croise des symboles assez spectaculaires de ce que l’on ne veut pas. Des icônes du non-respect de l’autre, des sculptures ventant le non-travail en général et le je m’en foutisme en particulier. Et forcément, ça énerve, ça chatouille les narines ça fait monter la mayonnaise.

Aujourd’hui, suivant nonchalamment l’Actisol, courtisé par le rota, voilà t’y pas que mon regard, admirant ce magnifique surlignage en vert de la saison sur ces astes en plein éclatement, se trouve attiré sous le cavaillon par une masse plus compacte de végétation… Pourtant ici la décavaillonneuse est passée, pourtant ici les sols ont été pris au bon moment et pourtant les ceps sont tous propres à leur base… Mais alors, ce serait une herbe récalcitrante que je n’arrive pas à identifier à cette distance ? Un jeune arbre qui pousserait là et qui aurait su résister à l’attaque du versoir ?

Ben en fait non…

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Donc nous voilà devant un pied de vigne qui possède des repousses de porte-greffe d’une hauteur, disons de 50 centimètres… Et puis pas une, mais cinq pousses en fait… Autant dire qu’on ne peut pas les rater…

Voilà donc un pied qui au cours de l’été 2014 a été mal ou pas épampré par le saisonnier chargé de cette façon, puis le vendangeur passant devant n’a pas été surpris de croiser ce buisson devant lui, suivis de près par un tailleur qui fier de sa technique s’est dit en lui même, “ben, c’est pas à moi de le faire, moi je taille les bois nobles, ceux de l’année ceux qui porteront la récolte”, marqué à la culotte par un tombeur de bois et un ébourgeonneur qui ont certainement dû être frappés d’un “qu’est ce t’en a n’a foutre, c’est pas le moment de faire ça” pour achever ce magnifique parcours d’un plieur tellement concentré sur sa machine que, vision troublée, il n’a su voir ces branches revêches…

Comment un pied peut-il passer au travers de cinq personnes sans que quelqu’un n’ait le réflexe d’outrepasser sa mission “spécifique” et ose rattraper l’erreur de ses prédécesseurs ? Comment aucune de ces personnes n’a pu avoir assez de conscience professionnelle pour attraper son sécateur pour raser, même en surface ces pousses de Riparia dont on sait qu’il ne faut pas les laisser s’installer ?

Bon d’accord je suis tombé sur le seul pied ainsi traité, mais voilà bien le problème d’employer des saisonniers non spécialisés, voilà le symbole d’un cloisonnement encore trop grand des façons culturales et de la non-volonté d’implication de certaines personnes. Vous me direz un saisonnier n’a pas forcément le réflexe d’anticiper, mais lorsque celui-ci en fin de saison a déjà fait deux épamprages de pied, un de la tête, un effeuillage et vendangé en vert, il devrait quand même acquérir un certain nombre de réflexes. Ou alors c’est du travail juste pour manger, peut-être, certainement et c’est bien là le problème majeur de notre métier. Impliquer les gens, les motiver, leur faire comprendre qu’ils font partie d’un tout et que de l’enchaînement des façons et des travaux mécaniques dépend la viabilité d’une parcelle et son expression au sein d’un millésime. Faut-il être propriétaire et faire soi-même les façons pour que tout soit fait comme on veut ? Fonctionner par secteur à l’ancienne où la personne ferait de A à Z l’ensemble des travaux démontrant clairement qu’une tâche mal faite génère forcément plus d’effort pour son dos ou ses reins ?

J’espère que non car dans ma vision collectiviste de la viticulture je préfère voir un groupe de personnes parcourir le vignoble sans a priori et sans revendication malsaine du style mon secteur est plus difficile, je veux autant de cabernets que les autres et de merlots à telle ou telle densité dont la vigueur ne doit pas excéder un certain niveau sans que cela ait des conséquence sur ce que j’accepte de faire dans MES parcelles… Je l’ai trop connu…

Mais les choses ne sont pas simples et la gestion humaine reste empreinte de choix politiques qui forcément ont des conséquences sur l’ambiance, le travail, sa qualité et l’ampleur du dynamisme que les hommes et les femmes mettent à le faire. Mais peut-on demander, nous cadres, d’avoir autant d’implication dans le métier à des personnes saisonnières ou ouvriers qualifiés ? Peut-on imaginer que l’investissement personnel que nous mettons, nous dirigeant d’exploitations, dans notre quotidien soit forcément partagé par tous toute l’année ? Cela reste difficile à imaginer et quelque part, je le comprends, mais je reste persuadé que dans ce cep mal préparé il y a un symbole fort, celui d’un manque de compréhension et de solidarité qu’il va falloir que j’arrive un jour à faire disparaître, dans le respect de chacun.

Nicolas.

Commentaires(4)


  1. eh oui, une équipe ce n’est pas un acquis, ce n’est jamais gagné, ça demande des mises à jour. Une équipe qui fonctionne bien, se doit d’apprendre, de faire des erreurs, car quand on accepte de perdre, ensemble, on ne peut que mieux se réjouir de gagner ensemble. L’individualité est également positive, dans la mesure où elle est un gain pour l’ensemble. Les lignes conductrices, les objectifs et le fonctionnement d’une équipe sont des éléments que l’on doit souvent rappeler, non pour éviter qu’ils tombent dans l’oubli mais dans l’indifférence.


  2. Oula… Euh c’était juste une réflexion! Maître… Non mais! :D

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