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Ça pourrait être pire…

2 juin 2015 | Par Nicolas Lesaint

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En fait, nous sommes en train de traverser un millésime intersidéral à haute fréquence vibratoire qui devrait nous permettre une fois de plus de ne pas trop nous ennuyer, si tant est qu’on puisse s’ennuyer d’habitude dans des vignes…

Parce que oui en tant que viticulteur on a une profonde tendance à vouloir être pépère et pas trop s’énerver sous le soleil pour pouvoir aller tranquillement le soir à la piscine et pas trop tard en vacances…

Non, je rigole, forcément on est jamais content, on est jamais satisfait de ce que le ciel nous donne et de ce que la technologie et sa gestion des pannes nous permet de faire. Mais bon, quand même, des fois, j’ai tendance à me rappeler mon début de carrière où mes responsabilités n’étaient pas aussi grandes que maintenant et où forcément n’ayant pas une vision d’ensemble du métier je vivais mon quotidien, déjà stressé certes, mais quand même avec une certaine nonchalance que bien vite on m’a fait perdre. Parce que celui qui me dirigeait, lui, la vision globale il l’avait déjà bien en tête… Alors bon, une tache ou deux de mildiou ça ne me faisait pas si trembler que ça, du Black je le notais, tirer les cadences ne m’effrayait pas non-plus…

Et puis 2000 est passé par là et surtout 2007 et 2008 cumulés avec quelques expériences particulières qui ont fait que maintenant ce n’est plus vraiment pareil… Et plus ça va, moins c’est pareil il me semble.

Et tourne en boucle la mélodie du “c’était mieux avant” ou “c’était plus facile”. Il faut dire que personnellement j’ai toujours connu une présence de symptômes des différents champignons ravageurs (oui je sais c’est agressif comme terme ils ont leur place eux aussi) alors que mon premier régisseur en 2000 me disait lui n’avoir jusqu’alors jamais rencontré de présence de Mildiou régulière avant la fleur… Après, c’est certain, il y a un niveau de tolérance à avoir mais moi je dirais plutôt que je ne connais plus un millésime sans présence sur feuille avant fleur et plus ça va plus c’est sournois et moins on s’attend à la précocité de l’arrivée des symptômes.

Cette année mister le Black s’est mis en place avec une force et une fréquence jamais égalée sur le Libournais et une précocité incroyable. Maladie à foyer, certes mais peut-être pas tant que ça sur les contaminations primaires lorsque l’on voit l’étendue des surfaces concernées en début de saison. Les ascospores de début de saison auraient-elles une capacité de déplacement bien supérieure à celle écrite dans les bouquins ? On m’aurait menti ?

Pour la suite, en effet, cette dissémination de spores qui se fera par pycnidiospores, se passera en local et même si j’en entends beaucoup dire, ça va, ça n’évolue pas, je peux vous dire que moi en ce moment je vibre, mais pas grâce à des ondes positives et je sais qu’en ce moment il se passe des choses dans les vignobles que peu perçoivent. Mais ces choses ne révéleront leurs dégâts que bien plus tard. Mais il sera trop tard…

Et mettez vous en place les foyers pour 2016…

Parallèlement à tout cela la saison est tip top n’est ce pas ? Soleil, petite chaleur, même grosses chaleurs à venir, déficit de 50 mm de pluviométrie le mois dernier, 20 mm le mois d’avant, le pied quoi ça va assainir tout ça le ciel est avec nous… Ben comme quoi une fois de plus méfions nous de ce que l’on sait car on ne sait rien. Même si ces conditions idéales sur le papier sont là sur le terrain c’est pas la même comme on dit des fois.

Depuis quelques jours, le Mildiou explose dans certaines zones. Pas partout, certes, bien souvent on le voit présent, aux aguets cherchant une porte d’entrée sur la fleur, mais à d’autres la fréquence des symptômes est décourageante avec des pieds à plus d’une dizaine de taches par feuilles… Ce sont des zones, des endroits, pourquoi là ? Pourquoi pas là ? Dans ces trois pièces traitées en face à face une est très touchée une autre pas et la dernière marque juste une présence. Alors quoi, d’autres facteurs, d’autres éléments aggravant mais lesquels ? Alors on réfléchit on fait des kilomètres à pieds on s’interroge on prend avis et puis clairement on comprend qu’il n’y a pas que la stratégie de traitement qui rentre en jeu. Oui la région marque une forte à très forte présence et non les modèles ne nous l’avaient pas vraiment dit. Spores pas mûrs, conditions pas favorables, vous voulez traiter moins et plus intelligemment ? Cette année vous pouvez jouer et attendre… Sauf qu’un modèle reste et restera un modèle, une matrice informatique, un algorithme compliqué qui ne fonctionne qu’avec ce qu’on veut bien lui donner à manger et certainement que des paramètres importants ont été oubliés dont l’humectation, l’humidité des sols, la nature de ces sols leur reessuyage au cours de l’hiver…

Cette satané humidité du matin, cette eau maintenue par des tontes en retard ou ces sols qui sont restés humides trop longtemps en hiver sont des réservoirs et des origines à nos problèmes de cette année. Dès lors les modèles ne prennent pas en compte ces levains et ces conditions hyper favorables qui génèrent des départs explosifs en terme de pression sanitaire.

Y aurait-il aussi des souches de plus en plus résistantes à toute lutte, des modes culturaux trop favorisants qui cumulés à des millésimes propices feraient exploser les populations ?…

Maintenant les loups sont là et ils ne nous laisserons pas tranquilles. Il faut vivre avec, très bien, je le comprends, et de toute manière je ne vois pas bien comment on pourrait faire autrement mais ne croyez pas que la fameuse “tache de mildiou sèche” que vous verrez dans quelque temps pourra vous faire comprendre que vous pouvez relâcher votre surveillance. Le Mildiou même séché n’est pas un Mildiou guéri ou jugulé”, non il est là, il a détruit ce qu’il avait à détruire compte tenu des conditions qui lui étaient proposées, il attend juste que des conditions favorables réapparaissent. Et ce sera toujours le cas pour lui.

Alors le principe du “j’attends mes premiers symptômes pour traiter et je sais comment réagir” une fois de plus n’a pas de sens et n’en aura jamais pour tous ces champignons. Attendez de constater que les conditions météo évoluent vraiment vers ce qu’elles semblent nous montrer, journées chaudes pas d’humidité la journée, un peu lors de nuits fraîches et très prochainement le troisième larron arrivera et nous blanchira tout.

Alors encore une fois, nous parcourons un millésime déconcertant, interrogeant nos connaissances, nous poussant à évoluer dans nos raisonnements et nos observations qui apparemment montrent des bios ou des conventionnels dans le même niveau d’expression pour le moment.

“Finalement ça pourrait être pire. Regarde, la fleur se passe au soleil, sous de belles températures…”

“Oui mais quand même, reste bien attentif tout ça n’est qu’un début…”

“Oui mais ça pourrait être pire…”

“Y a toujours pire garçon, tu as raison…”

“Alors attendons un peu et nous verrons bien ce qui se passera derrière des précipitations qui forcément arriveront un jour ou l’autre, je n’ose imaginer dans quelle situation nous serions si cette semaine qui commence avait été pluvieuse et orageuse…”

“Donc oui, ça pourrait être pire…”

“Mais quand même c’est pas cool…”

Nicolas.

Commentaires(3)

  1. GRANDEAU HERVE


    Depuis prés de 2 semaines, nous vivons exactement dans la même angoisse que vous !
    On a même cru qu’on était seul à faire ce constat tant nos amis vignerons girondins ne semblaient pas être envahit du même champignon.
    Alors, on a arpenté nos vignes, des l’aube jusqu’à tard le soir, pour compter, constater, se faire mal et Réagir ….
    Puis, depuis 2/3 jours le champignon s’est propagé, nous nous sentons malheureusement un peu moins seul au monde !
    Pardon d’avoir voulu, retarder le premier traitement..
    Pardon d’avoir diminué les doses…
    Pardon d’avoir suivi les recommandations du BSV !
    Pardon de prêter attention aux réflexions environnementales et sociétales !
    Dans tous les cas,
    Merci pour vos mots qui savent si bien illustrés les angoisses du vigneron qui vit sa vigne !
    Qu’on se le dise, il y a toujours Pire !

    • Nicolas Lesaint


      Voilà c’est exactement ça en voulant faire bien des fois on se fait rattraper par la patrouille alors que ceux qui systématisent souvent leurs passages et leurs doses s’en sortent mieux. C’est râlant, c’est injuste mais malgré tout je sais qu’il faut persévérer dans cette voie et en tirer les conséquences qu’il faut. Bon courage à vous.

  2. Laurent rousseau


    Etant intervenus avant le premier, nous etions indemnes. Nous nous sentions sauvés, privilégiés. Le feuillage etait certes légèrement touché mais rien d’affolant. Mercredi lors des premières estimations de recolte tout etait normal. Pas parfait mais normal.
    Puis ce samedi matin c’est le retour sur terre. Du brun un peu partout. La conséquence d’un tracteur en reparation d’embreyage qui attend ses pieced depuis 2 mois, de tontes et d’epamprages tardifs, de 70mm de pluie et certainement de notre politique de traitement. A trop vouloir etre “parfait”, a suivre les regles terra vitis, a traiter en surfaces effectivement plantees et non cadastrales, a observer avant d’intervenir nous payons nous aussi notre politique environnementale. 2000 ne nous a rien appris. 2015 va etre une belle lecon. Nous devons produire pour etre économiquement viable sinon les banques dépèceront notre cadavre. Un brainstorming s’est mis en place et en sortira des lecons et des actions correctives. La premiere est que personne n’y connais rien a ces chamoignons et que les prescripteurs institutionnels se sont encore bien plantés. En bien ou en mal nous allons changer nos process et cette lecon sera la dernière…. Remarque, si le chai n’est pas plein ce sera certainement la dernière !

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