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Hé petit con !

6 juin 2015 | Par Nicolas Lesaint

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Hé petit con ! Oui toi là-bas, tu m’entends ?

Oui petit con, t’es-tu senti heureux aujourd’hui ? As-tu bien réussi à marquer ta supériorité d’abruti ?

Était-ce jouissif de faire cela ou étais tu tellement vidé de tout sens moral que tu n’as pas pu voir les autres, ceux qui autour de toi font que tu peux faire ton travail au quotidien ?

Il est vrai que ces hommes tu ne les connaissais pas, il est vrai que ces myriades de mains toi tu t’en fous du haut de ton moteur quatre cylindres à cabine climatisée.

Tu es passé-là, tu t’es approché, tu as trouvé le repère de ton rang et enclenché la turbine qui n’attendait que cela. Dans un sifflement rotatoire tu t’es positionné et malgré les bras levés bien haut dans les rangs d’à côté et sans daigner rentrer en contact avec les misérables insectes que tu dominais de ta grandeur mécanique, tu as décidé de pousser le manche ouvrant en même temps le circuit de pulvérisation…

Et dans ton rétro que tu n’avais pas manqué de bien nettoyer ce matin à six heures du mat, n’as-tu pas aperçu ces hommes qui criaient leur colère ? N’as-tu pas entendu les hurlements de dégoût ? Mais peut-être que la radio de ta cabine dernier cri était réglée un peu fort pour cela. Que veux-tu, en effet tu risquais certainement de rater le moment fatidique de ton émission favorite…

Peut-être est-ce pour cela que tu n’as pas pris le temps de descendre de ton carrosse doré pour dire bonjour à tes voisins de labeur, peut-être aussi est-ce pour cela que tu ne leur as pas expliqué que tu étais obligé de passer traiter les vignes de ton patron. Il aurait suffi pour cela que tu parles avec eux pour savoir s’il n’y avait pas moyen de les voir s’éloigner un moment, juste quelques minutes, afin que les embruns de ton pulvé ne les atteignent pas. Mais il est vrai qu’aligner deux ou trois mots aurait été un effort surhumain pour un seigneur de ton rang.

Et oui, il aurait fallu pour cela que tu sois humain et responsable, que la frustration de faire ton travail ne t’ait pas fait perdre ta part d’humanité et de responsabilité parce que même si tu traites parce ce qu’on te le demande, c’est avant tout toi qui pousse le manche et lance ta pompe.

Mais peut-être, est-ce déjà toi qui t’amusais dans ton secteur de traitement à aller pulvériser des vignes exactement au moment de la récréation de l’école du coin, histoire de bien sensibiliser notre jeunesse. Tu vois, en fait, je te comprends. Oui, je te comprends parce que je t’entends déjà me dire ta phrase favorite d’excuse bidon qui veut que ce n’est pas toi qui décide et donc que tu t’en fous et que les pas contents n’ont qu’à aller se plaindre auprès de ton boss.

Tu es une honte petit con, tu es notre honte à nous tous viticulteurs, tu es une âme sombre, un rejet de notre profession luttant pour détruire l’image d’un travail que chacun cherche à améliorer. Tu es la négation de l’âme humaine et de la conscience professionnelle. Tu es l’abruti de service qui fait qu’une crevasse de plus en plus grande se creuse entre le monde paysan et une population de plus en plus sensible au mur qui nous arrive en face. Mais peut-être cela te plaît-il ? Peut-être que tes idées de supériorité et d’inégalité font que tu as pu enfin assouvir ton envie d’écraser l’autre.

Oui, tu es un symbole, mais un moche, un bien noir et dégoulinant de morve. Un symbole de ce que notre société devient avec son monceau d’égoïsme et d’aveuglement individuel. “Moi je m’en fous, tout pour ma gueule, il faut que ce soir je débauche à 16h c’est vendredi, merde pour les autres !”

Alors c’est certain que l’on a là un magnifique exemple de la plus grande problématique des traitements et de l’organisation du travail en petites façons dans les vignes. Avoir un vignoble morcelé, être entouré de voisins qui forcément n’ont pas les mêmes stratégies ou les mêmes calendriers de traitements et réussir à faire ses applications sans arroser la tronche de son voisin, ce qui vendredi dernier est encore une fois arrivé à une équipe qui travaillait consciencieusement.

Pourtant les solutions sont là, simples, faciles à mettre en place surtout entre professionnels. Communiquer, échanger, parler, se respecter et prévenir de ce que l’on fait. Un travail de sensibilisation au quotidien, une stratégie de la bienveillance, une envie et une fierté de respecter l’autre et ses efforts.

Mais pour cela, il faut un cerveau.

Alors je sais pertinemment qu’un épisode comme celui que l’on m’a rapporté vendredi est un acte isolé et que dans la grande majorité des cas tout se passe en bonne entente. Je sais aussi que jamais ton supérieur n’a pu te dire que de toute manière il fallait que tu traites et tant pis pour les hommes et les femmes qui étaient dans ton secteur. Alors ce soir j’imagine le désarroi de ton chef de culture qui j’espère t’as foutu un énorme coup de pied dans les fontes pour te faire remonter les amygdales entre les oreilles. Mais je me dis aussi qu’il y a encore énormément de travail à faire pour que des abrutis comme toi cessent de détruire les efforts de centaines de viticulteurs pour être plus respectueux et attentifs aux dérives de notre travail.

Alors lundi, je n’espère qu’une chose c’est que l’on te prive de ton joli porte clefs sur lequel sont attachées les belles clefs de ton bolide et que pour quelques semaines tu reprennes ta serpette d’antan et que tu repartes au vignoble pour reprendre un peu contact avec la gravité terrestre. Oui c’est ça, vas-y plies-toi un peu, mets un genou à terre et frotte ces ceps que tu ne faisais plus que croiser depuis quelque temps. Alors peut-être arriveras-tu à renouer ce contact avec les autres et à redevenir tout simplement humain.

Humain et responsable.

Mais à mon avis le chemin sera long pour toi et seul quelques bons coups de soleil réussiront à imprimer tout cela dans ta tête.

Courage petit homme, la terre est basse, je sais, mais tu verras que demain soir, en rentrant chez toi, tu seras déjà devenu un peu plus modeste et que lorsque tu remonteras sur ton moteur pour traiter des vignes tu penseras à regarder et à écouter avant de t’envoler sur un single de RTL2.

Relie bien ce petit mot avant de te coucher, fais de jolis rêves et prends l’habitude de parler avec tes voisins et tu verras que la vie est bien plus belle à plusieurs qu’enfermer dans ta cabine de verre.

Même si c’est vrai qu’elle est parfaitement climatisée et que ça peut parfois t’empêcher de redescendre sur terre…

Nicolas.

Commentaires(1)


  1. ohhhh … on est à quelques kilomètres de distances toi et moi, mais j’ai les mêmes abrutis …
    A croire que chez certains de nos voisins l’intelligence est inversement proportionnelle à la puissance de leur turbines.
    amitiés

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