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Janvier pluvieux, janvier… pluvieux

14 janvier 2016 | Par Nicolas Lesaint

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En regardant les cumuls de pluie depuis le début de l’année, forcément ma tempe droite commença à me démanger. Au compteur ce 14 janvier 2016 déjà 200 mm…

Tu me diras j’en connais dans le sud est de la France qui sont capables de se prendre ça en deux jours et de continuer à vivre normalement, ou presque, le tout dépendant de l’endroit où se trouve ta maison ou ta vigne par rapport à la colline…

A Bordeaux, en règle générale, les totaux annuels se situent plutôt aux environs des 800 mm, parfois au delà des 1000 mm comme en 2013, année de tous les dangers. Donc 200 mm sur ce total, ça commence à faire pas mal, ça n’engage à rien, n’allez pas imaginez que je commence déjà à me plaindre, mais on prend quand même déjà de l’avance sur les totaux de fin de saison.

Et puis le froid ma pauvre dame il est pas là, quand est ce qu’il va arriver ? C’est bon ou pas tout ça pour la vigne ? 2016 sera bon ?

Hop hop hop hop, on se calme parce qu’à moins d’être adepte de la méthode Coué, je vois pas bien comment on pourrait déjà parler de ce millésime en naissance.

Alors qu’est ce qu’on pourrait bien déjà en dire sans trop avancer de bêtises ?

Déjà, on a de l’eau. Ça c’est bien, les nappes phréatiques se remplissent, on fait nos réserves les sols en avaient grandement besoin. On sait que les pluies de novembre sont en général les pluies les plus efficaces, ça rentre doucement, ça pénètre bien ça fait travailler la structure des sols et le gel derrière tout ça nous aidera forcément pour les plantations du printemps. Bon, nous on a celles de janvier et puis voilà c’est comme ça, faut faire avec. Elles arrivent très vite, plutôt fortement mais elles sont là. Ça va raviner un peu, ça va inonder beaucoup de fossés et de nouveau on pourra se dire que ces satanés fossés sont mal entretenus, pas assez profonds et que l’Agence de l’eau nous emm… fortement avec son interdiction de toucher à ceux alimentés en permanence. Vous savez ceux qui sont identifiés sur les cartes IGN en bleu même s’ils n’ont quasiment pas de débit réel en saison.

- Mais monsieur ils est colmaté ce fossé et à la première pluie ça va déborder comment on fait faut le curer ?

- Oui mais il est alimenté.

- Je sais bien mais c’est d’ailleurs pour ça qu’il se colmate parce que ça coule mal ou pas.

- Oui mais vous pouvez pas le toucher.

- Ça va tout inonder alors ?

- Vous pouvez pas le toucher je vous dis ?

- Comment on fait alors ?

- Sais pas vous attendez.

- Que ça déborde ?

- ……

- Je fais rien alors ?

- Ben non.

- Bon ben ça déborde alors et c’est bien…

Donc ça c’est pour l’eau du moment. Ça tombe du ciel, ça te roule sur la capuche et les épaules, ça cherche à rentrer dans ton col de manteau et puis ça retourne à la terre parce que c’est quand même elle qu’il y en a le plus besoin.

Pour ce qui est du froid j’avais déjà écrit un petit billet il y a quelques temps pour faire le point sur les besoins en froid de la vigne et sur les conséquences d’un hiver doux.

Ce qu’il faut savoir, c’est que le fonctionnement du cep de vigne n’a rien à voir avec bon nombre de fruitiers comme le cerisier pour qui la “quantité” de froid perçu au cours de l’hiver est capitale pour déterminer le niveau de production en cerises de l’année à venir. On dit que celui-ci a besoin de plus de 1500 heures de température inférieure à 7°C pour que son induction florale (que les bourgeons non encore développés soient capables de produire des fleurs) se fasse correctement et que la levée de dormance (début du développement des bourgeons) soit effectuée.
C’est pour cela qu’il y a quelques années la production en cerises dans le Gard a été quasi inexistante tant l’hiver avait été doux.
Pour la vigne, les choses sont différentes. Ce sont les conditions climatiques de juillet à août de l’année précédente qui sont les plus influentes sur l’induction florale des bourgeons. Lesquels se développeront l’année suivante. C’est là que la température, le stress hydrique et la vigueur du cep vont devoir être parfaitement gérés.

Au cours de la période hivernale, les bourgeons dits latents (non encore développés) vont débuter leur levée de dormance lorsque leurs “besoins en froid” auront été satisfaits. On se rend compte alors qu’ils ne sont que de 7 jours consécutifs avec des températures moyennes inférieures à 10°C. Il est donc assez facile de les avoir.
Suit alors ce que l’on appelle la post-dormance qui est une période où le bourgeon continue son développement interne sans que le milieu extérieur influence son développement.

Puis vient le pré-débourrement et enfin le débourrement du bourgeon lorsque les besoins en chaleur sont satisfaits. On dit qu’il faut des températures moyennes supérieures à 10°C.
Deux à trois semaines avant ce débourrement, la différenciation des ébauches florales débutées l’année précédente reprend, et aussi surprenant que cela puisse paraître, il vaudrait mieux avoir des températures proches de 12°C que de 25°C pour que tout se passe bien.
L’hiver cette année est donc doux, mais de ce qu’il en ressort, cela ne devrait pas influencer la récolte du 2016 à venir. En revanche, ceux qui ont rencontré des problèmes de stress hydrique et de blocages de pousses liés au mois de juillet caniculaire que nous avons eus en 2015, peuvent craindre des effets négatifs sur la vendange 2016.
- Et du côté maladie alors ça va être terrible si on a pas de froid pour tuer la vermine non ?
Ben en fait pour ce qui est du mildiou et de l’oïdium honnêtement le froid ne leur fait rien et l’inoculum est tellement important que seules les conditions météorologiques printanières sont déterminantes pour définir à quelle sauce on sera grignotés cette année. En revanche, une forte humidité en hiver favorise la conservation de cet inoculum dans les bas fonds.
Pour le Black, si les conditions d’hiver sont peu impactantes sur l’inoculum en revanche les conditions de pression de l’année précédente définissent la pression sanitaire que l’on aura le millésime suivant. Cela fait deux années consécutives que ce champignon s’exprime avec virulence. Maladie à foyer par excellence on sait déjà que 2016 sera à prendre avec des pincettes pour ce ravageur quoi qu’il arrive… Commencez tôt vos protections les gars, 2015 n’aura été certainement qu’une préparation pour être au top en 2016…
Restent les insectes ravageurs… Là, en revanche, l’absence de froid ne devrait pas vraiment nous aider à faire baisser la population des différentes, cicadelles et autres insectes piqueurs. En revanche pour les vers de grappe, l’humidité hivernale est plus dangereuse pour eux que le froid, cet hiver 2015 devrait donc nous aider. Donc prudence en 2016.
Pour le reste tout n’est que digressions et perspectives cherchant à transformer le futur par apposition des mains sur ses tempes et poussant fort dans sa tête on cherche à influencer la courbe du temps… Courbe qui, quand on est en contact avec la terre quotidiennement nous revient toujours dans le nez si l’on pensait avec certitude l’avoir inclinée dans le sens qui nous intéressait…
En résumé, il est grand temps d’attendre de voir ce qui va se passer et de continuer à avancer dans ses différents travaux en pensant déjà à la première larme que l’on verra couler… dans quelques mois, si tout va bien.
Nicolas.

 

 

 

Commentaires(1)


  1. Billet très très intéressant.
    Qu’en est il de la gestion hydrique hivernale de la vigne,on parle de stress hydrique mais quid du trop plein d’eau sur certaines parcelles argileuses?

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