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“Avec un ciel si bas qu’un canal s’est perdu”

22 mars 2016 | Par Nicolas Lesaint

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J’ai attendu un instant, j’ai parcouru ce moment, cette idée insensée qui aurait voulu me voir voler.

J’ai vu un flash, une lumière…

D’abord du noir…

Puis plus rien…

Un deuxième flash, un instant de grâce, un retour au réel, et cette odeur horrible de sang et de poussière qui pénètre partout dans mes pores…

Puis de nouveau le noir…

Ce matin je me suis levé. Comme d’habitude.

Je me suis habillé, préparé, j’ai déjeuné, mes pensées déjà orientées vers mes travaux du matin. Comme tous les jours le trajet a été rapide, agrémenté de soubresauts et de nids de poule savamment évités.

Un autre flash, un éclair blanc, des gens courent, des hommes hurlent puis plus rien. Je referme mes yeux qui ne voient plus, je suis au sol, je suis fatigué, si fatigué, si fatigué…

Mon destin m’emporte et m’amène là, au milieu de ces vignes, à marcher, à courir, à tirer ce matin cette terre laissée là derrière ces piquets de bois fichés en terre. Ma tête est pleine de ces odeurs, de ce vent printanier, de cette fraicheur gaie et indolore qui me pénètre et me réveille progressivement. Un peu de sueur, un peu de sang, un peu de pleure, un peu de vent, je suis gai, je suis heureux de tout cela.

On me secoue, on me déplace, on me tire vers une autre strate de mon monde pour mieux me voir, pour mieux me toucher. Je ne sens pas, je ne sens plus. Je suis fatigué, si fatigué de tout cela…

Alors je parle, alors je vis, je ris, je crie aussi un peu ce matin face à la bêtise, face à l’idiotie. J’avance dans mon matin, je coule dans mon demain qui déjà se programme dans ma tête alors que pour certains, sans le savoir, c’est le dernier…

Alors arrive le moment, alors se pointe l’instant fatal où le grand terrain devient concret une fraction d’étoile qui se brise et vous révèle votre histoire parallèle à celle des autres. Fourmis parmi d’autres fourmis dans le bruit de notre monde le fracas se fait…

On me parle, on me parle, j’entends qu’on me parle et qu’on fouille mon corps et alors je revois tout…

Je revois mon arrivée, je revois la foule qui se frotte à moi et me pousse, la file, l’attente, l’enfant à ma droite dans les bras de son père, la jeune fille qui rigole au téléphone et aussi son ami qui vient de partir vers le vendeur de journaux. J’entends l’appel de l’aéroport, je sens les odeurs de café chaud de la brasserie d’à côté et je sens mon téléphone qui se met à vibrer. Puis alors que mon regard se porte sur ma droite je vois un visage d’abord souriant il me semble. Je le vois s’ancrer en moi, câblé, connecté, relié à mes yeux il se fond dans ma tête et transpirant subitement se déforme et alors même que ses bras se lèvent comme un pantin désarticulé la tempête monte explose emportant avec elle la jeune fille, dispersant valises et sacs l’atmosphère devient feu cendres et poussières. Mon bras gauche me frappe et tête en bas je vole dans cette pièce dont le plafond n’existe plus. La douleur est atroce, fulgurante de vivacité…

Et le visage de l’enfant qui me regarde, me regarde, me regarde encore et toujours…

Puis c’est le choc libérateur. Plus de son, plus d’image, plus de sensation, je ne suis plus là, je suis de retour dans mes vignes.

Dualité du bonheur et du malheur partagé à distance par ce que l’on ressent par ce que l’on est, par ce que l’on vit. Je suis ici, je suis là-bas je suis un, nous sommes tous à ressentir et à maudire ceux qui on voulu tout cela.

Je me fais des soucis pour mes jambes que je ne sens plus, mais on me parle, on me dit que tout va bien qu’on va m’aider et me ramener à la vie. Nouvelle prison, nouvelle vie, brisée au milieu de tout cela, malaxée par une chair désormais déchirée. Alors je prie, alors je pense comprendre un chemin, un destin, une vie, une histoire, des souvenirs.

Ce matin je suis là, ce matin je suis debout et je me dis qu’une génération entière de douleur nous attend avant que les choses ne changent. Comme si l’homme haineux ne savait engendrer que peines et châtiments, comme si les enfants perdus de notre société ne savait plus que s’opposer à leurs paires en les faisant souffrir. Alors je continue à avancer face à tout cela convaincu désormais que cela fait partie de moi et Je vous déteste tous autant que vous êtes pour être capables de faire cela, je vous hais d’avoir déjà détruit la naïveté de ma fille et d’avoir annihilé le peu d’espoir qu’il me restait. Je crache sur vos dogmes et vous révèle bien haut ma présence partout où vous serez, en esprit, en paroles en écrits pour que toujours vos idées soient combattues. Obscurantistes de l’ignoble, destructeurs du vivant dites vous bien que vous nous trouverez toujours en face de vous criant volant pleurant saignant certainement par toutes nos blessures mais nous serons bien là pour qu’à aucun moment vous ne puissiez imaginer gagner cette guerre que vous nous avez déclarée.

Aujourd’hui Bruxelles, hier Paris, demain Rome ou Madrid peu m’importe je serai là à combattre à ma manière vos idées et votre haine car au fond de moi existe un monde imaginaire qu’aucune de vos pierres ne pourra atteindre, un monde beau et clair d’égalité et d’écoute fondement de mes pensées d’homme libre incapable d’être écrasé. Alors continuez à sacrifier vos bras n’hésitez pas à détruire vos rangs, nous serons là et debout, ensemble, à jamais solidaires dans la douleur nous ferons face à vos visages pour qu’au dernier instant de votre vie vous compreniez que cet enfant là dans les bras de son père vous survivra.

Nicolas.

Commentaires(2)


  1. SUPERBE TEXTE
    Comme tous ceux que vous écrivez.
    Félicitations et encouragements.
    je vous l’ai déjà dit “PUBLIEZ”
    Vous valez bien des auteurs dont le phrasé est bien moins élégant que le vôtre et surtout ce que vous dites, vous le dites tellement bien sur tous les sujets d’actualité (et de la viticulture).


  2. J’ai vu l’horreur à Bruxelles. Nous avons plié mais pas rompu!
    Merci pour votre solidarité. Continuons à boire de grands vins et à partager dans la joie, les obscurantistes détestent ça !

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