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E et F

12 avril 2016 | Par Nicolas Lesaint

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(Dessin de Ghislaine Dodet dont j’adore le travail)

Nous y sommes, nous y sommes…

E et F cela ne veut certainement pas dire grand chose au néophyte spécialisé dans la dégustation de vins ni certainement à celui qui ne connait du vin que la bouteille sortie de la cave pour le repas du dimanche midi et pourtant, et pourtant…

Juste deux petites lettres de l’alphabet viticole qui veulent dire tellement de choses pour un viticulteur aguerri et le poussent désormais à transpirer un peu plus chaque jour. Un E comme Energie et un F comme Funambule viticole qui va jongler, marcher sur un fil, courir en réalisant des saltos avant et arrière tout en crachant du feu si la météo le lui demande gentiment.

En A on rigole, on se frotte un peu le front mais on rigole, le temps s’écoule doucement le froid est encore là et la pluie peut bien tomber la grêle peut bien frapper les tenues de pluie, peu importe on continue d’avancer tête baissée.

En B c’est déjà un peu moins drôle, ça blanchit, ça veut nous montrer que voilà il va pas falloir mollir et que le petit café que tu prenais jusqu’à présent en bout de rang, va falloir penser à le raccourcir sérieusement si tu veux être dans les temps…

Bon C et D plus de doute soit tu es à la ramasse dans tes pliages soit au contraire tu as la preuve magistrale que tu as bien fait de passer à la plieuse et au sécateur électrique au lieu de te détruire le poignet avec cette magnifique machine à queue de cochon et le splendide sécateur démultiplié de ton papi

Et alors en E, voilà, voilà, voilà tu y es…

Premier stade de développement de la vigne à partir duquel elle se trouve être réceptive aux attaques de Mildiou. Il ne reste plus qu’à avoir des spores de champignons mûrs, ce qui est le cas depuis au moins octobre dernier et qu’un épisode de “splashing” (pluie contaminante) soit programmé et ça y est, tu rentres dans le cycle infernal des contaminations primaires puis secondaires. Nous sommes donc au même moment que l’an dernier à la même époque si je puis dire, c’est à dire à cet instant où tu vas devoir décider de la date de ton premier traitement qui définira tous les autres. Rappelez vous l’an dernier, beaucoup de monde a attendu, attendu et attendu encore histoire de limiter les traitements, d’être plus pertinent, de moins impacter son environnement. Résultat, les modèles prévisionnels nous ont poussé à prendre trop de risques et pour certains les dégâts furent très importants.

Pour 2016, ce 12 avril pour les cépages réceptifs, les conditions sont réunies pour avoir les premières contaminations. Les quinze jours à venir ne seront qu’une alternance de pluie, de soleil et d’épisodes aléatoires donc il faut y aller n’en déplaise à ceux imaginant encore qu’il est possible de produire du vin à Bordeaux sans traiter un minimum. Comme on dit, il vaut mieux démarrer tôt sa protection quitte à relâcher les cadences progressivement lorsque la météo nous le permettra sinon, lorsque vous êtes derrière le Mildiou… Ben vous êtes derrière et c’est pas de s’appeler Bernard Hinault ou Indurain  que ça changera quelque chose à l’affaire.

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Reste plus maintenant qu’à trouver le créneau et à bien cartographier les parcelles concernées parce que oui comme on aime bien balancer du produit partout on pourrait se dire Bah, vas-y mon garçon, passe partout, de toute façon ça peut pas faire de mal à tes vignes et puis ça donnera raison à certains… Ben non, on prend son BatCombo, on sillonne les îlots, on regarde bien les stades en fonction des cépages et des sols et on décide, ou pas, d’y aller. Pour l’instant 35 hectares sur les 70 ont été retenus pour demain… Seul créneau possible avec peut-être vendredi matin… Si on est sages…

Bon, là déjà, on vient de se prendre 15 bons millimètres, ça tonne, ça gronde il y avait même un ou deux grêlons au milieu de tout cela…

Demain il va falloir rouler, que ça soit sec et que la pluie ne revienne pas trop vite et que le vent ne dépasse pas la limite maximale autorisée et que l’on aie pas autant de pannes que la dernière fois… La gestion de contrainte, le challenge quotidien du dépannage instantané et du système D si cher au viticulteur…

Les stratégies vont débuter, les pulvés vont démarrer, à chacun son début, de toute manière nous serons tous ensemble sur la ligne d’arrivée avec des potentiels différents, les histoires vivantes d’une succession de prises de décisions dont celle de cet instant est la première.

Nicolas.

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