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Le roi est mort ? Bon, on se calme et on respire…

30 avril 2016 | Par Nicolas Lesaint

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Voilà, les différentes présentations du millésime 2015 sont désormais achevées, plus de dégustations croisées, plus de réunions entre professionnels pour découvrir l’ébauche du travail de chaque viticulteur sur Bordeaux. Arrive maintenant le temps des résultats, des fameuses notes qui pendant tant d’années ont pu faire la pluie et le beau temps dans la région. La période terrible où Bobby Parker faisait ou défaisait la notoriété d’une propriété, celui où un 96/100 vous assurait une aura incomparable permettant à de nombreuses propriétés de faire grimper ses prix dans des stratosphères trop souvent délirantes. A l’opposé il y avait aussi ceux qui n’arrivaient pas à se faire déguster parce que les vins n’atteignaient ni la table et encore moins le crachoir du messie. Il y avait enfin aussi ceux dont la race ne permettait pas de dépasser un certain niveau de reconnaissance…

Certes les vins n’étaient pas dégustés à l’aveugle, quel dommage, mais deux ans plus tard, en bouteilles la note était confirmée, ou pas, l’échantillon primeur n’était pas toujours le vin décisif.

Mais voilà, le pape de la dégustation a pris sa retraite, et désormais son trône vacant fait rêver bon nombre de dégustateurs cherchant à occuper cette place au soleil. Le spectacle est terminé et la profession subit actuellement une refonte complète dans sa manière de rayonner et ça n’est certainement pas pour me déplaire.

Finie la dominance d’un dégustateur plus qu’un autre, terminée cette suprématie du goût unique qui devait faire la pluie et le beau temps chez bon nombre de propriétaires cherchant à stimuler leurs techniciens par un savant barème de primes salariales calculées en fonction du nombre de points au dessus du fatidique 91/100 provoquant parfois la disparition de tout un pan de personnels sur certaines propriétés bien connues de nous techniciens bordelais…

Oh je vous rassure j’entends toujours certains tordus du ciboulot reprocher à leurs directeurs, engagés comme pas deux dans leur quotidien que je ne connais que trop bien, de ne pas avoir réussi à passer de 95 à 96 balayant d’un revers de mais le travail accompli et n’ayant pas suffisamment de neurones en tête pour réussir à aborder sereinement la notion de subjectivité et d’impartialité d’une dégustation. Mais cela n’est pas si grave car je sais déjà que ce genre d’individus d’ici quelque temps seront calmés par le système lui-même car celui-ci est condamné à évoluer, à changer, à se renouveler.

Quelques belles figures l’ont dit pendant ces primeurs, ils l’ont même crié, un peu trop violemment à mon goût, mais ils l’ont fait. Cette période dorée pour certains est désormais révolue. Il n’y a plus de dégustateur dominant la place et plus autant d’intérêt à l’existence de ces notes pour en faire quelque chose d’aussi fondamental dans la vente des vins.

Maintenant le panel des dégustateurs professionnels s’est ouvert. A chacun de trouver celui qui correspondra le mieux à son marché et à son style de vin. Plus de seigneur venant écraser les autres de son aura même si Neal Martin, forcément, cherche aujourd’hui à imposer son arrivée comme Parker avait pu le faire à la force de son palais et de son barème de notes.

James Suckling quant à lui essaie de jouer sur une sortie de notes en premier, avant tout le monde, avant même le début de la semaine des primeurs cherchant à se créer une image de leader par le simple fait d’avoir pu déguster en premier ces vins en gestation.

Puis il y a ceux qui vous dégustent depuis plusieurs années et finalement ne vous mettent pas de notes. Non, finalement depuis trois années je me refuse à vous noter… Mais pourquoi ? Au moins dites-moi que ce n’est pas parce qu’au cours des années précédentes nous n’avons pas pu participer à votre salon parisien, belge ou localisé dans un autre pays européen et ainsi financer votre activité quand même ? Ça serait une déviance de non objectivité et une preuve de votre non impartialité, quand même un “grand” dégustateur comme vous…

Oui aujourd’hui le “marché” de la dégustation s’ouvre, il s’ouvre sur des notions économiques de plus en plus importantes permettant au paysage vinicole d’éclater en une myriade de conseils dans lequel le prescripteur ou le consommateur vont devoir se retrouver alors que parallèlement à tout cela explosent les applications sur nos différents téléphones comme VIVINO grâce auxquels la notation des vins ne se fait plus par une personne brillant par son pouvoir à révéler ou pas un vin mais par la reconnaissance la plus importante, celle du consommateur himself. IL goûte, il boit, il apprécie ou pas, il scanne l’étiquette et met un nouveau commentaire et une note en fonction de son plaisir alimentant au quotidien une base de données lue et utilisée par des millions de personnes connectées.

Oui le temps des notes est révolu j’en suis convaincu.

Non, il ne va pas disparaitre pour autant car cela reste un outil important pour les prescripteurs tentant de faire perdurer cette relation privilégiée entre un viticulteur que beaucoup de consommateurs ne rencontreront jamais et l’amateur de vin voulant soit investir et capitaliser soit partir à la découverte d’hommes et de femmes passionnés.

Désormais vont monter en force les dégustateurs laborieux, ceux qui, bâton de pèlerin en mains et tire bouchons dans la poche, prennent le temps de circuler dans nos régions à la recherche de compréhension et pas uniquement de notes ne remettant surtout pas en cause cette classification bordelaise si lourde aux épaules des petits nantis que nous sommes. Des Yves Beck, des Sériots, des Chicheportiche, occupant un espace valorisé par leur objectivité et leur volonté d’être simplement justes.

Aujourd’hui nos vins ont été dégustés, notés, pas notés, bien ou mal avec des commentaires souvent à l’opposé les uns des autres pour des échantillons préparés le même jour dans les mêmes conditions. De façon surprenant d’un dégustateur à l’autre le Grand vin pouvait être beaucoup mieux noté que notre Balthus et l’inverse aussi ou alors un seul est noté l’autre se dégustant “tellement mal” qu’une note apparaissait impossible ou alors aucun vin n’est goûtable, ou encore nos vins finissent classés dans les 100 plus belles réussites de ces 2015… Incroyable grand écart révélant l’hétérogénéité d’avis qui sont en train de se mettre en place en ce moment pouvant amener aussi, peut-être, à une décrédibilisation de cet exercice aux yeux de ceux qui boivent les vins.

Le système est-il en train de se tuer lui même ? Je le pense.

Le négoce en a encore besoin mais pour combien de temps ? Le jour où il se rendra compte que l’acheteur, grâce à de nouveaux outils, est lui-même devenu prescripteur pour les autres devra lui aussi évoluer. Alors s’ouvriront des horizons dont les lignes seront certainement décalées par rapport à ce que l’on connait aujourd’hui.

Période intéressante, périodes des possibles qui commence à s’ouvrir à nous, une révolution lente, initiée involontairement par l’homme qui avait déjà bouleversé le paysage bordelais simplement parce qu’il a décidé de se retirer.

Comme quoi, “un seul être vous manque et tout peut-être dépeuplé” sauf que cette fois-ci c’est de l’absence que naîtra le renouveau d’une région trop longtemps écrasée par une dominance unilatérale qu’il faut désormais bannir. Alors calmez-vous et respirez, le meilleur pour Bordeaux est à venir…

Nicolas.

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