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Un lundi soir à Tchernovigne…

25 avril 2016 | Par Nicolas Lesaint

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Il est des sujets comme celui-là qu’on ne sait jamais trop comment aborder tant on sait que forcément votre pensée sera caricaturée si vous osez le susurrer alors bien souvent on se tait. On se tait et on attend le moment opportun pour ouvrir sa grande bouche et tenter de clarifier le fond de sa pensée en espérant que derrière tout cela ne surgira pas la boite à coucou qui voudrait que la réponse donnée à tout cela ne soit que déformation et caricature d’une pensée qui pourtant se voulait constructive.

En général lorsque vous tenter de clarifier ce genre de sujet sur les réseaux sociaux immédiatement dans les minutes qui suivent se produit le grand rush de ceux qui tentent d’écraser vos idées en les insultant, ignorant votre travail votre démarche sans même avoir pris le temps d’écouter vos mots. Mais voilà je possède malgré tout ce petit d’espace de liberté qui me permet de prendre un peu de temps pour approfondir les enjeux décrits par nos maux d’aujourd’hui. Ces enjeux du moment se veulent déterminants capitaux pour demain et pour les générations à venir. Environnementaux et sociétaux avant tout ce sont les fondements même de ma pensée trop longtemps idéologique et déconnectée d’une réalité qui avec mon âge me montre bien que d’une idée on peut faire de grandes choses à condition de rester les pieds sur terre face aux prises de décisions. Profondément écologique oui c’est certain je le suis, pourtant attentif à mon voisin et à ses enfants j’essaie de l’être aussi. Alors j’écoute les autres, alors j’essaie d’être attentif à leurs points de vue et ce même si bien souvent mes poings se serrent dans mes poches. Toujours me dire qu’il peut y avoir une raison valable dans l’avis de l’autre, une étincelle qui me permettra de tester les miennes et de remettre en question des fondements que parfois je pouvais estimer inébranlables.

Alors oui en ce moment la polémique sociétale s’est orientée à juste titre sur la partie la plus sombre de notre profession et celle que tous nous voudrions voir disparaître si cela était possible. Nommez moi un viticulteur qui ne serait pas prêt à jeter son pulvérisateur si on lui annonçait que désormais la lutte phytosanitaire n’était plus nécessaire. La douce utopie, le Graal de celui qui trop longtemps a vu se préparer les escadrilles de Nicolas, de Holder ou d’Eole et qui sait qu’un jour tel un Indiana Jones du terroir, il réussira à ne plus utiliser de produits phytosanitaires. Certains représentent la profession et se doivent d’être en première ligne affrontant les hordes de contestataires et de caricaturistes. Mais à être trop agressé souvent ils finissent par glisser vers la pente de la tendance à donner comme on balance un os à ronger tout en sachant pertinemment que ce que l’on dit défigure la réalité du moment. Ainsi tombant sur cette petite phrase de Bernard Farges je me retrouve face à l’entretien permanent de cette utopie sociétale qui voudrait que les vignes du paradis soient si proches de nous que nous pourrions les effleurer de nos doigts si l’on avait un peu de volonté: “Notre filière dans son intégralité a les mêmes attentes que les associations qui nous interpellent. Oui, les vins de Bordeaux ont pour objectif la diminution forte voire même la sortie de l’usage de pesticides”.

Diminuer forcément, on y travaille tous depuis des années sans avoir attendu qu’on nous y oblige mais comment peut-on donner de l’écho à cette idée selon laquelle nous pourrions ne plus utiliser de pesticides ? Ou alors y aurait-il une volonté de faire perdurer cette idée selon laquelle les pesticides ne seraient que de synthèse…

Un peu comme Noël Mamère interrogé sur TV7 qui tente une explication quelque peu scabreuse sur l’utilisation des pesticides en Gironde et essayant de rattraper un wagon qu’il a dû trop longtemps voir passer sans pouvoir y accrocher un ou deux de ses wagonnets. Être écologiste et connaître aussi mal une des professions les plus importantes de sa région, ne pas être capable de comprendre que la lutte sur la notion de quantité de produits phytosanitaires utilisés en viticulture et en agriculture en général soit totalement inutile lorsque l’on sait que cette augmentation de matière utilisée ne veut rien dire puisqu’elle ne permet pas de voir l’évolution des mentalités si l’on ne va pas au-delà. Tout comme, mon cher Noël, il faudrait savoir que non la viticulture biologique n’est pas limitée à 6Kg de soufre par an lorsque l’on sait que cette dose correspond à peine à un seul traitement au soufre (si ce n’est pas plus pour certains traitements) et qu’en général un viticulteur va en faire sept à huit par an. Père Noël, tu parles là du cuivre, renseigne-toi bien sur tes dossiers avant de tenter de rapiécer ta veste de politicien.

Puis vient le Roundup… Et ses guirlandes de pétitions pour l’interdire en viticulture…

Alors oui ce produit “magique” a permis à une forte proportion d’exploitations partout en France de grossir et de survivre en baissant ses coûts de production pour répondre à une demande toujours plus importante. A l’époque le produit était magique avec le chien qui cherche à planquer son os dans un parterre fraîchement traité vous vous rappelez forcément de cette pub. Et puis on s’est mis à regarder de plus près tout simplement parce que nos esprits d’occidentaux ont à un moment remis les pieds sur terre et regardant derrière nous, nous nous sommes demandés si nous pourrions aller jusqu’au bout du chemin sans tout faire péter. Alors le Roundup est devenu l’ennemi, le symbole chimique d’une société de Lemmings uniquement sur place pour tout ravager puis d’un saut de fusée irait voir si l’air est meilleur sur un autre astre céleste.

Désormais cela est écrit il doit disparaître et le plus vite sera le mieux…

Pourtant il est bien là et de toute évidence il sera reconduit sans limite dans son utilisation pour les dix années à venir j’en suis certain. Et peut-être n’est ce pas si mal que cela…

Et c’est quelqu’un qui cherche à s’en débarrasser depuis sept ans qui vous le dit. Quelqu’un qui aujourd’hui travaille mécaniquement les trois quarts de la propriété qu’on lui a confiée et qui fera en sorte que dans quatre ou cinq ans le désherbage chimique n’y sera qu’exceptionnel. Parce que oui on peut prendre le sujet dans le sens que l’on veut il faut abandonner ce Roudup mais pour cela il faut encore le maintenir, comme si pour se rendre insensible à une maladie il fallait s’en vacciner en s’en injectant encore un peu dans les veines.

Ma volonté profonde reste que nous arrivions tous à franchir cette marche énorme qui ne peut être enjambée à la va vite. Interdire brutalement et définitivement ce produit chimique c’est condamner à la disparition des centaines de structures qui seront incapables de se convertir. Pour cela il faut du temps, du temps et des moyens pour comprendre et surtout réussir à maintenir cette surface de production qui vous permet de dégager suffisamment de revenus pour vivre parce que ne croyez pas que tout cela vous permettra de vendre plus cher vos nouveaux vins. Non, les consommateurs que sont les français, crise oblige, demanderont toujours à avoir des vins dans la même tranche de prix. Nous sommes moteurs du système avant tout il ne faut pas l’oublier.

En revanche si un état des lieux était clairement fait, aujourd’hui, maintenant, à l’aube de cette connaissance que nous avons du sujet, et si celui-ci posait des bases constructives pour un demain plus propre en disant, oui le Roundup est reconduit pour dix ans mais passé cette date il disparaitra de façon irrévocable et nous les instances dirigeantes de vos filières, les CIVB, les INAO nous vous obligeons chaque année à basculer 10% minimum de vos surfaces en travail mécanisé alors oui la transition serait possible. Nous sommes contrôlés par nos ODG sur l’ensemble de l’outil de production pourquoi ne pas le faire sur des points comme celui-ci puisque alors il sera possible à des structures d’investir progressivement sur le long terme dans le matériel nécessaire soit par des achats directs soit par le développement de partenariats voire même par la création de nouveaux métiers.

Une prise de conscience collective qui voudrait que le problème ne soit pas de focaliser sur un acteur unique responsable de tout mais plutôt sur un mode de vie et de pensée. Surtout lorsque l’on connait le problème de l’origine des résidus de désherbants dans nos eaux, l’AMPA, dont nos lessives de petits citadins en sont certainement les plus gros fournisseurs par les Phosphonates qu’elles contiennent. Stopper l’utilisation du Roundup ne fera pas baisser l’AMPA dans nos rivières parce qu’un seul robinet aura été fermé. Et l’on pourra dire “Regardez quinze ans après son interdiction on continue de le retrouver dans nos eaux à cause de ces agriculteurs” alors que non, le focus n’aura juste pas été fait au bon endroit.

Reconduire ce produit pour mieux l’interdire plus tard, plus efficacement, plus consciemment, comme si pour une fois on n’avait pas laissé nos têtes d’électeurs se faire embobiner par des politiciens charlatans surfant sur nos peurs les plus folles. Démanteler les lobbies, agir en connaissance de cause, séparer le bon du mauvais en n’oubliant jamais le social, l’humain et les générations à venir.

Nous sommes de ces générations “transitions” qui doivent rattraper des erreurs trop longtemps comprises comme des évidences par nos prédécesseurs parce qu’ils pensaient bien faire. En agissant vite nous pensons bien faire et pourtant, et pourtant il suffirait peut-être de se poser un instant et de réfléchir sans ce fourmillement qui nous parasite.

J’aimerais un instant sentir tout cela en toi, comme une vague, comme une houle légère aussi parfois

Sentir, venir et repartir ce désir d’être là, simplement là, à regarder et à se sentir assis sur le pas de la porte, sur le haut du coteau,

Écrire et voir un instant, un moment quelque chose planer dans l’air

Mais tu ne vois pas, mais tu ne comprends pas et pourtant et pourtant.

L’instant passe, la vie glisse et tout s’en va vers où je ne sais pas, tu penses savoir tu crois comprendre mais tu te perds. Alors seul entre les deux bras de ton corps tu avances de nouveau pas après pas étapes après étapes les marches sont hautes et pourtant et pourtant tu y arrives. Reconstruction lente d’une identité perdue, qui es-tu que fais-tu ? Quelles sont tes convictions profondes d’homme, celles qui font que tu te dois d’avancer.

L’enfant arrive illuminant la pièce et tu restes seul au milieu de tout cela. Dans ta boite crânienne, dans ton squelette de rat à imaginer ton avenir.

Et tu te poses sur le pas de ta porte pour penser à demain, imaginer le tableau de verdure qui couvrira tes pieds, alors elle aussi vient à toi, alors elle aussi te prend les bras pour un instant être un bout de toi.

Je réfléchis, tu réfléchis, nous réfléchissons en sachant que l’autre aussi est là, à côté de toi, pour qu’ensemble nous arrivions à tracer cette route dont nous n’imaginons pas les ultimes virages…

Nicolas.

Commentaires(2)


  1. Belle analyse que je partage. prise de conscience globale. .du temps et tous ensemble dans le bon sens…
    Tres bien résumé.


  2. Exactement… Très bien écrit… Je me reconnais vraiment dans votre réflexion… Au milieu du chemin entre le conventionnel et le bio…

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