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J’ai tout en moi.

25 juin 2016 | Par Nicolas Lesaint

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J’ai tout en moi, j’ai tout un monde.

Un univers formidable, une atmosphère, une ambiance empreinte de nostalgie et d’espoir, une petite sphère à moi tournant sur elle même pour qu’à chaque tempête mes repères me reviennent. Je vis en et hors de moi, traversant régulièrement la fragile frontière pour retourner dans ma galaxie des possibles, dans ma dimension spatiotemporelle me faisant naviguer au ras des herbes ou tutoyer les sommets. Je suis grand, je suis petit, je suis léger, je suis habile, ingénieux et révolutionnaire mais aussi noir et hostile dirigeant mes peurs vers des orages intérieurs capables de faire chavirer n’importe quel navire invisible remontant les rivières de mon sang. L’impression parfois d’être une île, un rocher au milieu d’un monde qui soufflerait ses vents sur mon visage. Parfois atteint, parfois évités ils me chahutent, ils me bousculent et entament ma carapace qui déjà laisse échapper un peu de l’atmosphère de mon enfance. Cette idée selon laquelle tout va s’arranger tout va s’améliorer parce que tu es un môme, parce que tout sera bientôt possible pour toi et que tu vas rentrer dans la danse que d’autres pratiquent déjà…

Puis tu te rends compte, puis tu vois, les cycles, les peurs, les incohérences, les trahisons, la relativité des engagements et ce travail de sape usant, détournant les bonnes volontés. Qu’est ce que j’ai fait ? Qu’est ce qu’on a fait ? Qu’est ce qu’on est en train de faire et de devenir à tout fermer tout barricader et redonner les armes à ceux qui savent utiliser les peurs les plus viles et les déceptions les plus fortes pour refaire surgir le vent? Cette tempête que certains aiment tant revient inlassablement, inéluctablement comme si on n’apprenait rien comme si la mémoire collective possédait cette incroyable capacité à tout oublier lorsque anéantie par la peur et la désinformation elle ne pouvait que retourner vers ce noir sanglant.

Je suis peine, je suis larmes, je suis aussi rempli d’espoirs malgré tout et refermant la porte de mon monde je revis ma mémoire, je ressens ces odeurs et ces goûts qui ont fait les moments que je tente de revivre. Abasourdi je le suis lorsque je vole au dessus de ces informations numériques bien éloignées de mon quotidien de viticulteur, et pourtant et pourtant, elles me martèlent, impriment une ambiance et marquent un millésime.

Plus un instant, pas un moment sans que l’on dégomme ces notions de confiance qu’on nous a enseignées dans notre enfance, plus de respect plus d’accords tacites parce qu’à un moment donné on a dit ok vas-y on te donne les rênes. Plus de tabou à ne pas franchir, plus d’autorité à ne pas défier, plus d’intérêts individualistes à ne pas cacher derrière un collectif qu’on ne respecte plus. On se perd, on tombe, on le sait mais atteints par un immobilisme cérébrale catalysé par la peur de demain nous nous enfonçons. Négations de nos valeurs d’humains au patrimoine pourtant si commun.

Étrangers au milieu d’étrangers, haineux parmi d’autres haineux, nous avançons vers un chaos politique déjà perceptible. Et demain, et demain…

Combien de fois l’humanité a-t-elle dit plus jamais cela, on ne recommencera plus ? Et pourtant combien de fois l’a-t-elle fait ?

La bascule se fait, la haine revient et nos dirigeants n’y peuvent de toute évidence rien…

Alors je retourne en moi, alors je reviens au centre de mon tout et j’écoute mon père, j’entends mon grand père, je revois la mémoire de mes ancêtres et des guerres qu’ils ont traversées. Je ressens mes valeurs d’écoute et de partage. Je goute de nouveau les tartes de Marie Jeanne et les caresses sur ma peau.

J’ai mon monde, j’ai mon univers, un endroit formidable et merveilleux rempli de joies de plaisirs et de souvenirs. Une île à moi, un refuge, un igloo sur une banquise perdue au milieu d’un continent qui rugit autour de moi.

Au travers de mes fenêtres je regarde la pluie rouler et noircir le tableau et je me dis qu’il va bien falloir sortir de nouveau pour affronter tout cela.

Alors emportant avec moi cette image de mon grand-père me tenant par la main je franchis le seuil et retourne à la vie, la vraie, celle qui fait mal et vous vieillit et je dois bien l’avouer me fait aussi de plus en plus peur.

Nicolas.

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