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La main du voyant…

10 juin 2016 | Par Nicolas Lesaint

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Voici venue la période cruciale du peignage des grappes… Moment d’inquiétude, période de doutes au cours de laquelle le viticulteur, un instant, même le plus bourru qu’il puisse exister, redevient le poète qu’il a trop longtemps oublié d’être. Humant l’air, caressant ses grappes de fleurs, regardant de près la chute des capuchons floraux et la tenue des futures baies, il s’inquiète et il rêve.

Il capte la grappe à la base de sa rafle, la serre légèrement et d’un mouvement vers le bas frotte cette masse en fleur. Puis ramenant la main vers soi il l’ouvre et regarde, le cœur battant, ce qu’il reste au creux de cette paume…

Une grappe, puis deux, puis trois pour se rendre compte et commencer déjà à croire en la récolte à venir.

Il faut de bons équilibres nutritionnels, il faut du Bore, il faut du soleil et puis du vent, un savant mélange qui fera que le millésime se lira dans la main. Une ligne droite, l’autre courbe, une cassure brutale ici, une succession de griffures là… La main devient le support du mage, celui de la voyante enfermée dans sa caravane capable de prédire un avenir que l’on sait toujours incertain.

Et puis il y a l’odeur unique… Celle que l’on garde en soit, celle d’un bouquet d’arômes complexes navigant entre une Achillée sauvage, un miel doux d’acacia et une pointe épicée qu’on ne retrouve que là, dans ses vignes, dans ses rangs, sur le bord de cette allée où justement chante monsieur grillon.

Une période de grâce au milieu d’un bouquet d’adrénaline vous faisant courir encore un peu plus vite que d’habitude, la floraison de la vigne est devant vous.

On l’attend, on l’espère, on la craint aussi lorsqu’il pleut en même temps ou que les températures baissent, on est comme l’amoureux impatient attendant son premier rendez-vous et ne sait pas s’il sera à la hauteur de la belle. Alors les premières photos arrivent, les premiers terroirs précoces, les sables, les Graves puis les Boulbènes et enfin les Argiles.

On regarde sa pousse, on estime les relevages en croisant les doigts pour ne pas avoir à rogner sur la fleur. Trouver le bon équilibre, celui idéal qui voudrait que ce premier écimage ne se déroule qu’une fois la fleur passée sous peine d’aggraver le moindre déséquilibre nutritionnel préjudiciable à une bonne fructification.

Après on le sait tout va s’accélérer. Les grappes vont nouer les grains vont grossir et de nouveau on attendra le deuxième rendez-vous… Celui de la première baie verrée. Une fois de plus on regardera, on touchera, on sentira aussi parfois estimant la rapidité du basculement nous donnant déjà des informations sur l’homogénéité de maturité que l’on aura au moment de la récolte.

Des moments clé, des instant fugaces remplis de passion et de nerfs, un “petit” contrôle d’étape à ne pas rater si l’on ne veut pas se trouver dans la posture de celui qui se dira dans quelque temps: ” si j’avais su, si j’avais pu…”

Alors souvent on subit, parfois on devance quand même et on se sert de ce que la science sait nous donner comme outils. Analyses pétiolaires ou de limbes entre autres pour voir dans l’infiniment physiologique ce que chaque cellule est capable de faire cette année. Pouvoir les aider à travailler au mieux, là je ne fais rien, là je fais, un peu de Bore un soupçon de Calcium mais pas que, parce qu’on le sait, apporter un élément seul en carence ne suffit pas. Sa forme chimique, son association avec ses cofacteurs propres en s’adaptant le plus possible à ce qu’à besoin le cep sont toujours les clés de la réussite.

En attendant aujourd’hui la pluie reprend…

La semaine prochaine ne semble pas bien belle non-plus…

Encore une source d’angoisse au milieu de discussions techniques toujours tournant sur l’actualité phytosanitaire. Hier encore un des tractoristes s’est fait agressé sans raison particulières, menaces et noms d’oiseaux, arguments à deux balles d’arrêtés préfectoraux imaginaires m’obligeant à réunir tout le monde pour expliquer de nouveau la situation et les obligations que nous avons tous…

Les journées sont longues, les échanges animés et pas toujours honnêtes… Mais on avance.

Ne pas lâcher prise, ne pas être non plus dans l’autosatisfaction, toujours se remettre en question même si trop souvent on se trouve face à des personnes qui, elles, savent…

Oui elles savent, parce qu’elles l’ont entendu dire…

Mais peu importe, ce soir je suis cuit, ce soir je suis las, stressé et las.

Cette année tout va très vite, tout va trop vite peut-être et même si j’ai parfois l’impression d’être derrière la vague, je sais qu’à ce premier petit contrôle d’étape nous étions bien sur elle, là où il faut, sur son sommet, à driver notre surf intelligemment.

Passe la fleur, arrivent les premières baies et blanchissent les taches de Mildiou aussi parfois…

Je pense que je me souviendrai pendant quelques temps de cette première partie du millésime 2016…

Nicolas.

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