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Il est le loup, nous sommes l’agneau…

28 juillet 2016 | Par Nicolas Lesaint

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- Echange de bons procédés Clarice…

- Pourquoi êtes vous partie Clarice? A quelle heure est vous partie ?

- Très tôt, il faisait noir.

- Qu’est ce qui vous a réveillé? Vous avez peut-être fait un cauchemar ? Qu’est ce que c’était?

- J’ai entendu des bruits dans la nuit.

- Qu’est ce que c’était ?

- C’était des hurlements, des hurlements qui ressemblaient à des voix d’enfants.

- Ensuite Clarice…

- Je suis allée voir dehors. Quand je suis arrivée à la grange j’avais peur de regarder à l’intérieur mais je savais qu’il fallait que je regarde.

- D’où venaient ces bruits Clarice?

- Des agneaux. Les agneaux hurlaient.

- On venait les égorger et ils poussaient des hurlements?

- Des hurlements affreux.

- Et vous vous êtes enfuie…

- Non, en fait j’ai d’abord voulu les libérer, j’ai ouvert les grilles et les portes mais ils ont refusé de sortir, ils restaient là sans bouger, incapables de fuir…

- Mais vous pouviez fuir et vous l’avez fait n’est ce pas?

- Je l’ai fait. J’ai pris un agneau sous mon bras et je suis partie en courant.

- Où vouliez-vous aller Clarice?

- Je n’en sais rien, n’importe où, il faisait si froid, il faisait si froid. Je croyais en avoir sauvé un, mais il était trop lourd… Beaucoup trop lourd…

- Savez-vous ce qu”est devenu votre agneau Clarice?

- Il l’a tué…

- Et il vous arrive de temps à autre de vous réveiller en pleine nuit et d’entendre les hurlements des agneaux affolés, c’est bien cela Clarice…

- Oui…

Silence…

Existerait-il des millésimes cannibales ?

Des années de culture et d’élevage qui ne seraient là que pour vous amadouer puis vous attraperaient par la couenne pour mieux vous boulotter ? Vous commencez tranquillement à travailler la terre, à cultiver votre “jardin quotidien” et puis Paf le grand huit commence avec une succession de loopings vous faisant tout d’abord bien rigoler mais qui peu à peu ferraient que votre estomac se rapprocherait du bord de vos lèvres. Pris dans la valse des remous voilà qu’il vous ligatureraient les mains pour mieux vous laisser courir en rigolant bien fort lorsque après un virage mal négocié vous vous retrouvez le nez dans la boue…

Forcément se relever, mains dans le dos, sous une pluie battante avec de la boue jusque dans des coins reculés de votre pantalon c’est un peu difficile, mais c’est bien ça qui plait à ce genre de millésime.

Malgré tout, vous repartez, mais déjà le rythme est moins vif, la graisse fond, la chaire s’affine et le palpitant s’emballe d’un rien, alors, histoire de créer le meilleur des chocs thermiques raffermissant le corps et l’esprit, rendant la proie tellement plus délicieuse, il monte le thermostat… Thermostat douze mode grillade pour être précis !! Là ça n’est plus que les mains que vous avez dans le dos, mais aussi la jambe gauche… C’est alors par bons successifs que vous avancez… Forcément c’est beaucoup moins efficace mais tellement plus rigolo…

Le sommeil est plus lourd, plus gras, mais pas vraiment de celui que l’on aime. Comatant pendant le repas, ne parlant que pour être efficace, ça n’amuse plus grand monde, bien au contraire… On rampe, on monte les escaliers, on se lave, on se couche et avant même que votre femme arrive vous ronfler tel un buffle asthmatique. Des rêves? Oui, il y en a, une sorte de mélange de réalité de la journée précédente et de celle cauchemardesque du demain que vous ne voulez surtout pas vivre. Une grange remplie d’agneaux…

Alors à minuit vous vous réveillez, transpirant, le bide défoncé, puis de nouveau à quatre heure et enfin toujours trente minutes avant que le réveil ne sonne… Comme si ça pouvait servir à quelque chose… Comme si une sorte de peur de ne pas être au poste de combat lorsque le millésime reprendra sa cuisson était là pour veiller sur vous…

Hannibal pense à vous…

Ce n’est pas celui qui mange votre cervelle devant vous alors que vous êtes en train de le regarder droit dans les yeux, quoi que des fois on pourrait se le demander, mais c’est plutôt un millésime Hannibal immatériel capable de tirer des ficelles invisibles pour qu’au final vous soyez croqué d’un coup lorsque le moment opportun sera choisi.

Il est le loup, vous êtes l’agneau…

Nous sommes Clarice…

Pour certains ce moment se présente dès le printemps, pour d’autre sur la fleur, c’est tellement bon de manger des fleurs…

Ou alors le drame se produit au dernier moment, il faut bien avouer que cela doit-être pour lui le moment le plus jouissif où tel un serial killer ou pareil à un jeune chat il peut jouer avec sa proie la faisant virevolter dans les airs ou s’en détourner quelques instant pour faire croire à un renoncement qui n’aura de grandeur et de panache que la violence de la reprise entre ses griffes au moindre signe de relâchement.

Certains millésimes peuvent être des prédateurs, d’autres juste des moments d’une vie que l’on voit s’écouler au milieu d’efforts quotidiens certes usants mais dont on sait qu’ils coulent de nous pour de bonnes raisons puisqu’on sait qu’ils seront récompensés au final.

2016 ressemble beaucoup trop à Anthony Hopkins pour qu’on lui fasse confiance, il se joue de nous, il nous balade, nous secoue nous éventre parfois et nous dévore en se délectant de nos plaintes et de nos fatigues.

Pour l’instant nous sommes toujours là et bien là, en place, en train de rattraper le retard de tout ce qu’on avait prévu de faire et que les “petites” pérégrinations de l’année nous ont empêché de réaliser. On comprend, du moins on essaye parfois de comprendre, le pourquoi de certains échecs. On continue à devenir humbles, on entend aussi les annonces prévoyant 8 à 10% de perte de volume sur l’ensemble du vignoble français et les 40 à 50 % de perte de récolte pour les producteurs de céréales…

Je suis vidé, épuisé comme jamais je crois l’avoir été et je me trouve à espérer cette satanée véraison comme jamais. Je ne m’amuse plus, ça ne m’amuse plus, 2016 me fatigue…

Encore quinze vrais jours de travail intense puis il ne restera plus qu’à attendre le bon moment, le bon équilibre, le bon matin pour qu’enfin se lancent les premiers coupeurs…

Reprendre goût à tout cela pour qu’en septembre le jeu reprenne le dessus et le plaisir avec.

Celui d’un Hannibal et d’une Clarice jouant au chat et à la souris…

Celui du viticulteur et de son millésime…

Celui de l’employé du recensement et d’une bouteille de Chianti…

Nicolas.

Commentaires(3)


  1. Je crois que je vois assez bien à quoi vous faites allusion… ^^

    Courage… c’est dans la difficulté qu’on progresse… après 2016 nous n’en serons tous que meilleur !!! ;-)

    Bravo!


  2. Bravo Nicolas,
    Enrore un beau texte. Je vous souhaite bon courage pour ces jours ou semaines qui semblent vous inquiéter.
    Ne perdez pas espoir la foi qui vous habite vous fera faire un vin sublime.

    Martine Puyo

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