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Nous arrivons !

20 juillet 2016 | Par Nicolas Lesaint

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Voilà qu’enfin le ciel se décide à nous aider, et voir celui-ci accepter de monter le thermostat ambiant me ravit quelque peu. Mais on est jamais content de tout ce que l’on a lorsqu’on est agriculteur alors j’avoue que j’aurais préféré passer par quelques paliers de décompression avant de me retrouver avec des 40° à l’ombre et certainement des 50° au soleil…

C’est le coup du coiffeur et des oreilles du pauvre client qui recommence pour ceux qui me lisent de temps en temps… Alors ce matin, sur les bouts de certains rangs, sur certaines faces exposées au couchant et sur des cépages à feuillages plus légers comme les Cabernets sauvignon on peut voir la transformation de certaines baies en billes de formes beige clair ratatinées sur elles-mêmes signe que le sèche cheveux était positionné une fois de plus trop prêt, trop longtemps.

Dans des moments comme celui-là revient la question du “j’effeuille ou j’effeuille pas?” Pour une fois, pas le temps de se la poser puisque ces mêmes effeuillages sont aujourd’hui achevés. Donc on en parle plus, c’est fait!

De toute manière on ne le dira jamais assez je n’ai jamais eu de coups de chaud sur des faces exposées au levant et un effeuillage précoce rendant les grappes plus résistantes aux coups de chaud lorsque la véraison commencera, non rien de rien, non, je ne regrette rien. Tout comme je ne regrette pas de ne pas me trouver sur des sols totalement ouverts sans le moindre brun d’herbe, stature qui aurait accentué à n’en pas douter la réverbération de cette chaleur et ainsi les dégâts sur grappes qui du coup auraient pu apparaître sur les deux faces des rangs.

Aujourd’hui on enchaîne donc avec les premières vendanges en vert histoire de chercher à se positionner sur les fameuses huit à neuf grappes par pied qui nous intéresse, ou plutôt le fameux 1.3Kg de raisin par pied pour faire une bouteille et ainsi remonter au nombre de grappes correspondant en fonction du comment s’est déroulée la floraison… Bon cette année va falloir aussi regarder le mildiou et le prendre en compte dans certains coin. Calcul savant du viticulteur mathématicien revenant sur les bancs de l’école et jouant avec le débit d’un robinet remplissant une baignoire dont l’étanchéité est à revoir…

Parallèlement à tout cela on pense déjà aux vendanges et à la qualité sanitaire que l’on aura fin septembre. L’idée étant de ne plus utiliser d’antibotrytis parce que voilà ce sont les traitements les plus onéreux, ils sont sujets à des résistances, que certains peuvent donner des résidus dans les vins lorsqu’ils sont mal utilisés et qu’en plus c’est plus à la mode de traiter ses vignes, le tout en gardant la typicité qu’on s’est fixée, parce que oui:

- M. Lesaint je ne comprends pas pourquoi vous traitez, ne traitez plus vous aurez juste un peu de vendange en moins…

- Je te dirais bien quelque chose là garçon mais vois-tu je vais garder ma salive pour autre chose de plus intéressant.

 Alors on regarde un peu ce qu’il se fait de nouveau, ou plutôt ce qu’il va se faire, on participe à des essais de produits destinés à avoir une homologation Bio contrôle, mais pas Bio, non monsieur parce que ce sont entre autres des huiles essentielles et qu’une de ces huiles essentielles est synthétisée, alors pour la labellisation Bio vous comprenez bien que ça va être difficile.

-Mais pourtant la confusion sexuelle est bien faite avec des hormones de synthèse non? Et c’est homologué AB non ?

-Ben oui mais là ça le sera pas.

-Ah bon mais pourtant quoi de plus respectueux qu’une synthèse de ce type de molécules lorsque l’on connait la surface agricole qu’il faut parfois pour produire 10ml de ces huiles hyper efficaces? On offre pas davantage de surface pour la consommation humaine en faisant ainsi ?

-Ben oui mais là c’est pas le problème…

Ah bon, donc comme ça n’est pas mon problème non-plus d’utiliser ce genre de produits avec ce type de fabrication, ma philosophie personnelle me le permettant, on va les essayer histoire de s’améliorer et de trouver des solutions là où les autres n’en ont pas encore et tant pis pour cette certification que de toute manière je ne cherche pas à avoir…

D’un autre côté se précisent les derniers bilans sur feuilles et sur baies d’avant véraison puisqu’ils auront lieu le 3 août et là nous verrons bien comment se situeront les équilibres de cette année et comment les différents cépages ont réussi à traverser les difficultés de ce millésime 2016.

Pour la première fois, cette année, nous nous lançons aussi dans la difficile mission d’encore mieux cartographier les écarts de vigueurs au vignoble avec pour but tout d’abord de les valoriser au mieux lors des suivis de maturité qui débuteront fin août, début septembre et dans un deuxième temps de réduire ces écarts par une nutrition adaptée. Alors nous allons prendre de la hauteur vers le 15 août et tenter notre première photo NDVI sur la moitié du vignoble par avion. L’an dernier cela avait échoué faute de participants, la surface minimum des 200 hectares pour rentabiliser le vol n’avait pas été atteinte. L’idée étant surtout de ne pas tomber dans des travers qui voudraient nous noyer sous des données techniques n’aboutissant qu’à réaliser de jolies cartes à mettre sur les murs de mon bureau nous allons y aller doucement juste pour une photographie permettant de faire ce dont je rêve trop souvent: m’élever pour passer à un visuel plus généraliste.

J’ai malgré tout cela l’impression de plus en plus pressante d’avoir du mal à surmonter les obstacles du moment ou le sentiment que chaque difficulté devient une montagne à gravir laissant la place à la colline suivante ou trop souvent le Vignemale himself… La fatigue commence sérieusement à s’accumuler je le sens.

“Pas véré, pas congés” alors on baisse la tête et on avance, encore trois bonnes semaines à tenir la journée et à s’endormir dans mon canapé dès que j’arrive à la maison. 2016 est dur, 2016 m’épuise mais il en restera forcément quelque chose de fort et de bon, plein d’enseignements acquis ou à venir, énormément de questionnements et de pistes d’améliorations.

Rien n’aura été simple, non vraiment rien…

Je vais juste me dire que le plus dur est bientôt fait, le dernier pic va être franchi dans peu de temps, 3298 m puis se sera la plaine en roue libre, grand plateau et petit pignon enclenchés, un peu de vent dans mes cheveux…

Tiens, j’arrive même à lâcher le guidon de temps en temps pour remettre en place ma casquette et boire dans mon bidon, il parait que les champs Elysées n’attendent que nous alors:

“NOUS ARRIVONS!!!”

Nicolas.

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