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Quand le nutritionniste s’invite au vignoble.

4 février 2012 | Par Nicolas Lesaint

Je pense que bon nombre d’entre vous ont déjà entendu parler de Jean Pierre Cousinié, surnommé le “nutritionniste” de la vigne. Si ce n’est pas le cas, précipitez-vous sur son site pour découvrir sa philosophie (ICI).

Je travaille avec lui depuis de nombreuses années pour tout ce qui est nutrition de la vigne et équilibre des vins. Rares sont les techniciens capables de relier la vigne et le vin. La plupart du temps, vous avez l’agronome d’un côté qui travaille sur la pérennité du vignoble (de ce côté, avec l’expérience pointue et raisonnée de Paul-Marie Morillon et la vision d’Hervé, je suis pourvu) et de l’autre, l’œnologue qui lui, sait parfaitement tirer le meilleur parti de la vendange qu’on lui apporte (ça c’est Mikaël Laizet du labo Roland, et là aussi il n’y a aucun doute à avoir sur les compétences de la personne).

La stratégie est de relier toujours un peu plus vigne et vin et de voir à quel stade du développement de celle-ci il faut agir pour influencer telle ou telle caractéristique du vin. Quel équilibre minéral faut-il suivre de près si l’on veut améliorer son équilibre, sa vivacité, son potentiel aromatique, sa puissance tannique sans augmenter le degré alcoolique. Mais, je vois déjà certains s’insurger contre l’utilisation de foliaires minéraux polluants  “Pouah !”. Rassurez vous, les correctifs choisis ici sont tous des foliaires homologués en culture biologique…

Parallèlement à cette démarche, depuis trois ans, nous avons choisi de prendre une orientation technique qui nous permettrait de nous débarrasser des anti-botrytis (traitements de synthèse généralisés partout dans les régions viticoles pour lutter contre la pourriture grise lorsque l’on est en lutte conventionnelle et que l’on cherche des maturités optimales).

Le programme de lutte contre les différentes maladies de la vigne imaginé alors est le résultat d’une réflexion sur l’avenir de la viticulture en relation avec la règlementation phytosanitaire, envers l’environnement, le consommateur et l’applicateur.

Nous sommes donc à Reignac en “lutte intégrée”, même si le terme ne me plait pas vraiment  puisqu’on fait en sorte d’aller plus loin que ce qu’il sous-entend. Nous ne souhaitons pas transformer notre mode de culture en un référentiel Bio ou Bio-dynamiste, parce qu’étant en climat océanique à risque élevé et ayant une surface plantée en vignes importante ceci induit une réactivité lente (70ha) de notre part vis-à-vis d’une pression sanitaire qui peut être parfois très importante. Et aussi parce que ces cahiers des charges ne me conviennent pas vraiment, je suis encore très cartésien et le lâcher prise, j’y travaille mais c’est pas encore ça…

L’idée est donc d’effectuer un soutien foliaire approprié à des moments clefs du développement végétatif du cep de vigne pour renforcer sa capacité à résister au Botrytis. Le but étant d’obtenir le même niveau de maturité pour ne pas changer notre typicité. C’est-à-dire ne pas avoir à récolter plus tôt parce que la pourriture grise s’installe.

En 2009 et 2010, aucune différence au niveau sanitaire n’a pu être notée entre l’essai de ce programme alternatif et les autres parcelles de la propriété. C’étaient des millésimes “faciles” vis-à-vis de cette maladie.

En 2011, année qui n’était pas simple pour la pourriture grise, sur la parcelle où nous avons refait cet essai, nous avons pu attendre la maturité optimale aussi longtemps que nous le souhaitions et celle-ci a pu être récoltée avec l’îlot de maturité habituel qui lui correspond. J’estime alors que le contrat a été rempli. Certes, cela peut être encore amélioré , en particulier par rapport au coût d’un tel programme, mais on ne peut pas forcément avoir le beurre, l’argent du beurre et un baiser de la crémière en passant…

Pour la lutte contre l’Oïdium, elle se résume à l’utilisation de soufre sous différentes formes (comme un Bio).

Pour le Mildiou, les molécules utilisées sont des molécules simples connues pour être entièrement métabolisées par la vigne. Les fins de programmes quant à elles sont à base de cuivre (de nouveau comme les bios mais du coup en moins grandes quantités : 1.2 Kg maximum de cuivre métal sur le programme).

Dès lors ce programme est aussi propre qu’un Bio pour le consommateur (Au jour d’aujourd’hui un seul résidu trouvé chez EXCELL) mais il est plus “sécurisé” pour ce qui est de la production du raisin. Il permet donc une plus grande souplesse de travail pour une propriété de grande taille où les coûts de production sont décortiqués.
Il reste à régler encore quelques problèmes techniques puisque ce programme ne peut pas  être à ce jour appliqué sur tous les types de vignes, en particulier lorsqu’une pression en Black rot (qui peut être parfois très destructrice) est avérée depuis quelques années sur un secteur donné.

Mais que voulez vous, si nous n’avions pas de nouveaux objectifs, cela ne serait pas motivant…

Nicolas.


Commentaires(5)


  1. Bonsoir,

    Je lis votre message avec intérêt et je me permets de faire quelques remarques.
    Il n’existe pas de molécules de synthèses anodines. Les nombreux scandales alimentaires et sanitaires que nous avons connus devraient le rappeler.
    En matière d’analyses, ce qui n’est pas détectable aujourd’hui le sera sûrement demain et ne veut absolument pas dire qu’il n’y a pas de résidus.
    Les hormones de la confusion sexuelle sont elles-aussi « non-détectables », pourtant nous les respirons en permanence et personne ne peut objectivement assurer qu’il n’y a aucun danger.
    L’avenir nous prouvera sûrement que la mariée n’était pas aussi belle et vierge que prévu !

    La consommation de cuivre dans votre programme de fin de saison (et donc après quelques produits de synthèses) correspond à ce que j’utilise dans toute une saison sans autre chose.

    La surface importante et le climat bordelais ne sont pas des obstacles incontournables au travail en bio ou en biodynamie. Un exemple proche de moi nous le rappelle tous les jours.
    Il faut intégrer le climat dans la réflexion d’ensemble. Ce qui compte, c’est la motivation à mettre en œuvre les solutions que l’on pense justes et bonnes. La motivation vraie permet de franchir les plus grands obstacles.

    Il n’y a pas de honte à ne pas être en bio et ne pas comprendre ce qu’est la biodynamie. Il suffit d’assumer ses choix ou de se renseigner pour apprendre.
    De là à penser qu’avec des produits de synthèse, on est « aussi propre qu’en bio », il y a une limite qui mérite d’être méditée avant d’être franchie.

    Lorsque vous parlez de maladies mortelles telles que les maladies du bois, il serait judicieux de faire un parallèle avec l’évolution de notre viticulture et les relations que nous y entretenons avec le vivant. Les clés de la réussite sont inéluctablement dans cette direction et pas dans de nouvelles molécules chimiques ni dans le retour au produit interdit et qui semble manquer même à ceux qui en subissaient les nuisances dans leur chair.

    Enfin, il y a très longtemps, nous avons nous-aussi travaillé avec la méthode Cousinié. La réflexion dont elle s’inspire vient de Chaboussou (Les plantes malades des pesticides 1980).
    Elle doit justement faire méditer sur les conséquences « non-désirées » de tous les pesticides dans l’agriculture.
    C’est grâce à elle que nous sommes allés dans une autre direction dont une étape s’est avérée être la biodynamie.

    Sans Chaboussou, on n’en serait pas arrivé à la biodynamie. Mais en restant à Chaboussou et sans la biodynamie, on aurait continué à regarder le monde par le petit bout de la lorgnette.

    Cordialement,

    Corinne Comme


    • Je suis tout à fait d’accord avec vous lorsque vous dites que l’important est la motivation à mettre en oeuvre les convictions que l’on pense justes et bonnes.
      Pour moi les solutions d’avenir sont à imaginer en y associant, celles déjà trouvées par nos prédécesseurs, qui n’avaient certainement pas les mêmes exigences de production que celles actuelles et certaines solutions imaginées récemment et donc plus technologiques peut-être.
      C’est de l’échange que viendront les solutions et de l’ouverture d’esprit que nous y mettrons qui permettra d’évoluer vers des techniques parfaitement respectueuses ce qui n’est le cas pour aucune technique de production viticole actuelle.
      En abordant ce sujet, je savais parfaitement que je ferais réagir et c’était même le but. Votre avis m’intéresse et, je l’espère, va ouvrir des discussions libres.
      Oui, ma quantité de cuivre métal est encore élevée et peut très facilement être réduite, surtout en fin de saison et ce sera le cas d’ailleurs dès cette année. Bien sûr, des propriétés de grandes tailles ont réussi leur conversion et Pontet-Canet est la preuve que c’est possible. Cette dernière conversion est récente et est un exemple pour tous. 2007 et 2008 ont été des millésimes difficiles. 2009, 2010 et 2011 beaucoup plus faciles et atypiques sur les conditions classiques du bordelais. L’avenir m’intéresse donc au plus haut point.
      Certes, le climat est à voir dans son ensemble et un cep doit acquérir sa propre capacité à résister aux maladies du bois certainement d’autant plus qu’on lui demande d’être de moins en moins “assisté” mais je pense que pour ces maladies dégénératives les Biodynamistes ou les Bio n’ont pas encore eux non plus trouvé la solution au problème. Problème, je suis d’accord avec vous, qui ne sera certainement pas réglé par une nouvelle molécule. Ou peut-être pourquoi pas une molécule d’origine naturelle associée à un nouveau mode de travail du vignoble.
      Pour reprendre votre formule, les obstacles sont nombreux et seront franchis en groupe et non en individuel c’est pourquoi, je sais que des démarches collectives comme le SME vont nous aider. J’ai vu sur votre blog que le principe ne trouve pas écho chez vous mais je pense, du moins j’espère que des propriétés comme la nôtre aideront à avancer dans le bon sens. Je compte d’ailleurs beaucoup sur les propriétés en Bio du groupe pour nous y aider.
      Et j’espère bien qu’un jour, Anne fera en sorte que nous nous rencontrions pour en parler plus avant.


  2. Nous avons “laché prise” il y a maintenant deux millésimes. Nous avons connu de nombreuses années de doutes, d’interrogations, et certainement de peurs… Et beaucoup de découragements d’autres vignerons pendant cette periode: c’est impossible à Bordeaux! Nous allions mettre en peril notre vignoble!
    Aprés ce long cheminement necessaire pour nous, nous avons engagé une conversion en bio. Nous sommes entrain, et ce n’est que le début, de redevenir des paysans, au sens noble du terme : proche de notre terre, toujours en observation, bannissant les comportements systématiques dictés par d’autres…
    Nous avons eu besoin de franchir cette étape pour revenir à ces considérations, à ces pratiques … mais nous sommes toujours en alerte, curieux des autres, sans oeillères et sans sectarisme.
    Pour nous ce mode cultural est le moins pire …car du moment qu’il y a intervention de l’homme…

    Nous sommes un vignoble moyen dans l’Entre2mers produisant des appellations génériques avec des marges réduites sur chaque bouteille vendue, je crois que c’est du coté des exploitations comme les notres ( et elles sont nombreuses à aujourd’hui) qu’il faut aller voir, prendre comme exemple Pontet Canet, c’est surement idéaliser un peu la situation même si cela peut-être une belle vitrine pour le bio!

    Sandrine Duffau
    Vignobles Joël Duffau


    • Il est certain que ce sont bien souvent les facteurs économiques et la peur de sanctions immédiates qui sont les plus grands freins pour changer sa prise de risques.
      Bien évidement, le fait d’être son propre capitaine à bord peut aider à envisager de nouvelles pistes qui dès lors sont assumées à 100%.
      Ou alors il faut y aller moins vite en bornant techniquement cette prise de risque… “petit à petit, l’oiseau fait son nid”… :)

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