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Hommage aux terriens de la vigne

12 décembre 2012 | Par Nicolas Lesaint


Les temps sont durs pour les Petites façons…
Fini le bronzage au soleil, l’été, tranquillement, entre les rangs de vigne et les promenades estivales tôt le matin pour admirer le joli raisin en train de mûrir tout en enlevant quelques feuilles de droite ou de gauche… ;o)
Là, je pense que si je continue je vais me faire étriper par cette armée de petites mains qui chaque année travaillent durement, et ce, quelles que soient les conditions météorologiques.

L’été, c’est le soleil qui est leur ennemi principal et qui oblige à des heures d’embauche de plus en plus précoces au fur et à mesure que le mois d’août se précise. Alors, lever 5 heures trente, avec les poules, parfois c’est même nous qui réveillons le coq de la basse-cour pour qu’il n’oublie pas de lancer son appel un peu plus tard. Puis, juste une pause de trente minutes à midi pour ingurgiter un rapide repas et réussir à éviter au maximum la période la plus difficile de la journée.
Ce soleil et ses rayons agressifs ne ménagent personne et les insolations sont monnaie courante en particulier pour les jeunes étudiants qui, découvrant le monde du travail manuel, n’ont pas encore compris que les anciens ont toujours raison et qu’un chapeau reste salvateur, en juillet, à deux heures de l’après-midi.
Mais ça, c’est un peu le “club Med” (je vais encore me faire lyncher) des petites façons et la plupart du temps, quoi qu’il arrive, le sourire reste au bord des lèvres. De toute façon, le bronzage agricole est des plus sexy sur la plage ou au bord d’une piscine… Il faut voir le bon côté des choses.

En revanche, les vendanges passées, lorsqu’il faut effectuer un premier recrutement pour la saison hivernale, tout change.
Ça ne rigole plus et la “winter population” n’est définitivement pas celle des juillettistes. Tout le monde ne s’improvise pas Petite façon, Tâcheron ou Prix-faiteur dans ces périodes-là de l’année. Terminés les 15°C le matin et la douce chaleur du midi. Là, c’est plutôt grattouille du par-brise le matin, gadouillage dans les allées l’après midi, piquotage du bout des doigts, tronçonnage des orteils au fond des bottes trop froides et rougissement inéluctable du bout du nez encadré d’un bonnet Anapurna dont l’efficacité prime parfois sur l’esthétisme… La goutte au nez serait un bon titre pour résumer cette période de l’année…
Ne jamais minimiser les couches de vêtements et l’importance capitale de la double paire de chaussettes lorsqu’il fait -5°C toute la journée et qu’un petit vent vicieux s’ingénie à pénétrer systématiquement dans votre col, là où vous avez laissé un petit espace ce matin en plaçant mal votre écharpe.
En plus, vous avez un râleur qui vient vous rappeler qu’il y a des cadences à tenir, c’est inévitable sinon la machine se grippe. Alors, on a d’un côté les tailleurs qui avancent à 1800 pieds par jour et qui ont démarré deux semaines avant tout le monde, histoire de prendre de l’avance. Suivent les tombeurs de bois qui doivent effectuer leur façon, pour moi, à 27 heures par hectare, et qui préparent le terrain aux éplucheurs qui eux ont débuté deux jours plus tard puisqu’ils sont censés avancés plus vite à une vitesse moyenne de 22 heures par hectare… Qui arrivera à rattraper qui ? Ou quel grain de sable ou quelle épidémie de gastro ou de grippe fera que les dates de fin de chantier que l’on s’est fixées seront logiques ou totalement farfelues ?
Si vous y rajoutez les expéditions régulières et continues du chai et les contraintes budgétaires, bien souvent le casse tête s’avère compliqué…

Struggle for life ou comme on dit, seuls les plus forts génétiquement survivront !

Depuis quelques jours, l’hiver s’est installé. Oh, ce n’est pas encore un hiver piquant et violent comme on a pu le connaître l’an dernier, mais déjà quelques “belles” journées annonciatrices de semaines moins glorieuses ont été vécues. Dans peu de temps le dégel des terres ne se comptera plus qu’en heures par jour et inéluctablement les sourires vont se tendre de plus en plus.
Je revois encore, l’an dernier, le jeune Anthony, dix huit ans, qui avait décidé de tenter sa chance auprès de nous, venir dans mon bureau à neuf heures trente du matin grelottant tellement qu’on l’aurait cru sur ressorts et pleurant tout son saoul face à cette douleur horrible qui vous fait croire qu’on vous enfonce des aiguilles dans les mains et dans les pieds. Résultat, une hypothermie poussée qui l’a cloué au lit plusieurs jours. Mais il est revenu. Et sa saison, il l’a faite !
Alors, que ce billet tout simple fasse comprendre à vous tous qui buvez du Reignac, que derrière cette bouteille qui sera sur votre table à Noël, il y a des hommes et des femmes et pas que ceux que vous voyez, entendez au téléphone ou lisez. Que c’est grâce à eux, à leur résistance et à leur volonté de faire perdurer cette face manuelle de notre profession, quitte à user leur corps, que nous arrivons à vous faire plaisir et à nous rapprocher tous les jours un peu plus des vins que nous avons choisi de créer.
Et Dieu sait que c’est difficile de trouver encore de véritables professionnels du sarment.

J’entends le vent qui souffle sous ma porte. Il pleut depuis ce matin. Je ferme mon PC, je reprends mon bonnet et mes gants pour retrouver, un moment, le cœur de notre profession, les terriens de la vigne…

Drôle d’espèce !

Nicolas.

Commentaires(2)


  1. tu as bien raison.j’aimerais voir certains a notre place pendant une journee je ne penses pas que reste pendant 8 h surtout avec la meteo actuelle et en faisant le rendement demande.peut etre qu ils reflechiront avant de dire que les petites facons sont effectuees par des gens qui n ont pas pu faire d’etudes,mais si nous n’etions pas la comment pourraient ils travailler bien au chaud dans leurs bureaux a passer des commandes? un petit coucou de jugazan a un de ces jours j’espere.


  2. Merci pour se beau soutien sa fais chaud au coeur

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