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Ceci est une révolution ! (enfin pour moi du moins)

3 janvier 2013 | Par Nicolas Lesaint

Mon premier poste, en tant que Chef de culture, je l’ai obtenu il y a maintenant treize ans, en Entre-deux-Mers.
Après avoir bien expérimenté le travail de chai, à l’intérieur, dans les grandes typicités du bordelais (Médoc, Sauternais,…), c’est finalement vers l’extérieur que je m’en suis retourné.
Sortant de pas mal d’années de formations théoriques, j’y suis arrivé avec pas mal d’idées toutes faites qu’il m’a bien vite fallu revoir et adapter à la réalité du terrain. Réalité aussi bien technique qu’humaine. Peut-être même surtout plus humaines d’ailleurs.
Toujours est-il, qu’arrivant en février, j’ai, dans un premier temps, intégré les pratiques habituelles des propriétés où je me trouvais avant de chercher à changer les choses. Je me souviendrai toujours de ce matin de mars 2000 où j’avais dû lancer un chantier de traitement de printemps contre les maladies du bois que sont l’Esca et l’Eutypiose (le BDA n’était pas encore identifié parfaitement à l’époque). Les solutions n’étaient pas nombreuses. Il n’y en existait en fait qu’une, bien crado, dont on m’avait dit qu’elle marchait : l’Arsénite de soude (joli produit avec une belle tête de mort sur l’emballage).

L’idée était donc à l’époque de détruire les champignons responsables des symptômes observés quels qu’ils soient.
Alors c’était, panneaux récupérateurs en place, tracteur sans cabine, protections individuelles encore inexistantes… Que du bonheur ! On m’avait vaguement mis en garde, mais bon la première fois qu’on utilise ces produits… Alors réglage des débits à la parcelle et forcément un petit débordement des panneaux récupérateurs envoya un peu de bouillie au sol et là en deux minutes chrono, j’ai pu voir remonter à la surface du sol trois ou quatre vers de terre se tortillant dans tous les sens pour finir par ne plus bouger. Raides…
Je peux vous assurer que ça marque les esprits du chauffeur et de celui qui lui a demandé de faire le traitement.

Heureusement, ce produit déjà dans le collimateur des autorités, fut interdit à la vente l’année qui suivie et à l’utilisation peu de temps après.

Depuis, aucun produit efficace n’a pu être proposé et chaque année, en fonction des conditions climatiques on peut voir la maladie progresser avec pour seule solution l’arrachage des pieds trop atteints ou morts des suites d’une trop longue cohabitation avec la maladie.
On nous a longuement expliqué que celle-ci était due à un ou plusieurs champignons qui s’attaquaient aux ceps, les contaminants par les plaies de taille et autres blessures occasionnées tout au long de la saison.
Alors, c’était désinfection des sécateurs, badigeonnage des plaies de taille avec des produits qui eux aussi sont maintenant interdits, etc.
D’autres essayent des tisanes ou même la musique sans que pour autant on comprenne vraiment le fonctionnement de la maladie et que l’on sache l’éradiquer.

En 2011 l’IFV aurait observé un doublement du nombre de symptômes.
Au final, pour les cépages sensibles comme le Sauvignon certains viticulteurs se trouvent confrontés à des parcelles qui ne vieillissent plus avec des âges de ceps différents qui ne cessent d’augmenter au sein d’un même îlot.

Mais les études et la recherche avancent et à ce sport les suisses sont les plus forts. Ceux-ci viennent de montrer que les champignons présumés jusqu’à présent responsables de l’Esca sont aussi fréquemment abondants dans les ceps sains que dans les ceps malades…
De plus, les communautés fongiques, comme ils les appellent, sont identiques dans les plantes saines et dans celles qui sont malades.
Si les champignons que l’on associait jusqu’à présent à l’Esca étaient des pathogènes latents, l’apparition des symptômes de la maladie serait la conséquence d’une variation dans l’abondance de ces espèces. Or cette variation n’a pas lieu…
Ces espèces ne seraient donc pas pathogènes mais endophytes ou saprophytes ne dégradant que du bois déjà mort…

En fait, si l’Esca a fortement progressé depuis l’interdiction de l’Arsénite de soude, l’évolution de la maladie a été parfaitement similaire dans des pays où ce fongicide n’a jamais été utilisé. Elle n’aurait donc eu, toutes ces années où nous l’avons utilisée, qu’une incidence sur les symptômes observés et non sur la mortalité des ceps. Réjouissons-nous donc de ne plus avoir cette saleté dans l’attirail du pollueur ravageur…

Dès lors, il ne faudrait plus voir ces champignons comme des ravageurs mais comme des agents chargés de dégrader le bois mort dans les pieds de vigne qui en possèdent, qu’ils soient jeunes ou vieux, sans qu’ils soient pathogènes pour autant.

Ceci est une révolution !

La conclusion à tirer de tout cela serait donc que le dépérissement de la vigne dû à l’Esca serait plutôt lié à des stress physiologiques tels que des perturbations de l’alimentation hydrique, du climat du sol ou du cépage.

Une fois de plus ce serait donc vers le nutritionniste et l’agronome qu’il faudrait se tourner au lieu de partir systématiquement vers des solutions au Napalm…

Je suis persuadé que c’est de l’équilibre de la demande nutritionnelle, de l’adéquation de l’offre minérale à cette demande que viendront les solutions à ces problèmes de dégénérescences qui au jour d’aujourd’hui, malgré tout, restent des fléaux pour toutes les régions viticoles.

Nicolas.


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