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” Comment vous dire M. Lesaint, heu, je vais pas pouvoir rester ! “

26 février 2013 | Par Nicolas Lesaint

Il y a des matins comme ça où tout démarre bien, plus de neige pour vous embêter, ni de pluie pour vous humidifier et encore moins de vent pour vous frigorifier. Et pourtant, un grain de sable peut parfois vous ramener sur terre pour vous faire constater, ébahi, combien nous tournons dans un système qui se mord la queue.

La crise, la crise, la crise, le chômage, le chômage, le chômage, voilà deux mots qui ont bercé toute ma jeunesse et qui bien évidemment continueront à chanter leur pénible refrain à mes oreilles pendant de très nombreuses années. Certainement jusqu’à ce que mon grand âge ou mon Alzheimer ne m’aient rattrapés.
On nous disait encore dernièrement qu’une grande majorité de chômeurs étaient prêts à venir nous retrouver dans le monde merveilleux de l’agriculture mais qu’en fait 1% de ces chômeurs seulement avaient déjà commencé à réellement chercher dans ce secteur…
Ce matin, si on écoute les prévisions de Pôle Emploi, ce sont 12 000 emplois qui sont promis  cette année pour le secteur agricole qui devient alors le phare que tout le monde attendait dans cette morosité ambiante !

Ici, à Reignac, nous sommes treize permanents. Trois postes ont été créés depuis 2009, 23% d’augmentation du nombre de salariés, pas mal, mais bon, là nous sommes arrivés au niveau maximum de permanents que nous pouvons assurer compte tenu de notre système de fonctionnement. Pour le reste de l’année, ce ne sont pas moins de quinze saisonniers que nous embauchons en période d’hiver, environ trente à trente cinq pour la période des effeuillages et des vendanges vertes et cinquante sur la durée des vendanges.
A chaque fois, ce sont ces types de recrutements qui ont permis de déboucher sur les embauches définitives que nous avons faites.
Un noyau dur de saisonniers s’est mis en place avec un complément permanent d’autres locaux plus ou moins assidus, mais ça, c’est normal, c’est la dureté de la profession qui veut ça.
Ce matin, en discutant avec les huit saisonniers présents actuellement dans les vignes, la réalité des choses m’est retombée sur le coin du nez ou comment les calculs savants des indemnisations par les assedics rattrapent la volonté que l’on peut avoir de faire travailler une population non qualifiée et parfois, pour certains, une volonté de faire du “social”.

Oui, M. Lesaint, je voulais vous voir, parce que, heu, comment vous dire, je vais arrêter à la fin de la semaine parce ce que, heu, vous comprenez, heu, ça va faire trois mois que je travaille ici, heu, et si je travaille encore et ben Pôle Emploi va me supprimer mes assedics, alors heu, il faut que j’arrête de travailler pendant trois mois comme ça je vais continuer à les toucher. Mais je reviens pour le mois de juin évidemment
Evidemment…

Puis trente minutes plus tard :
Alors oui Nicolas, il faudrait pas que je dépasse treize jours de travail le mois prochain sinon Pôle Emploi ne me fera pas le complément de salaire donc à partir du quinze du mois prochain je vais arrêter… Mais par contre le mois d’après je reviens évidemment ” Evidemment…

Franchement, comment voulez-vous qu’on y arrive ? Comment ne pas s’énerver contre un système qui pousse à l’inaction et qui ne stimule pas l’envie de travailler. Parce qu’en plus, ces salariés ne sont pas les moins motivés au travail, mais ils utilisent un système au plus près de leurs intérêts. Peut-on en vouloir à ces personnes-là ? Même pas.
En revanche, l’espoir d’avoir pour eux l’opportunité de rencontrer la possibilité d’une éventuelle idée de leur proposer un poste fixe me semble faible.
Et cette réflexion, je l’ai eu ce matin avec trois personnes sur huit !!

Alors, Dieu sait que je suis vraiment et fondamentalement pour aider les défavorisés et partager les charges de fonctionnement de notre société sur l’ensemble de la population, mais le serpent se mord la queue et à part chercher de nouveaux modes de calculs jouant sur le report des résiliations afin de faire baisser les chiffres du chômage qu’est-ce qui change ? 
Rien.
Qu’est-ce qui stimule les gens à montrer leurs vraies valeurs ?
Rien.
Si ce n’est, ici, pour compenser tout ça, nos cinq autres saisonniers qui, eux, sont là et poursuivent leur travail dans l’espoir, un jour, de se stabiliser économiquement.

Alors, ce matin, après avoir contacté le Pôle Emploi de Cenon et répondu via le répondeur vocal aux “trente” questions nécessaires pour enfin atteindre une vraie voix humaine, j’ai pu déposer mon offre d’emploi affichée dans la foulée.

Pour le moment, pas de réponse, pas de proposition…

Peut-être faut-il attendre que les températures remontent ?
Que la vigne débourre ?

Ou que le système change…

Nicolas.

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