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La face noire du job.

12 février 2013 | Par Nicolas Lesaint
Ce week-end, un viticulteur du village voisin a été retrouvé mort, happé par sa pré-tailleuse.
Il avait 53 ans et ce n’était pas un petit jeunot dans le métier.
Un moment d’inattention, un peu de fatigue, l’envie d’aller plus vite ou de gagner du temps et on n’arrête pas l’hydraulique de l’outil. Un coup de vent, une manche d’imperméable qui se rabat et ça y est, elle est entrainée… et l’homme avec.
Combien de fois ai-je vu des pieds, des mains, des doigts passer à peu de chose d’un destin terrible.
Je me revoie encore au cours des vendanges 2007 amener aux urgences un chauffeur dont le pied coincé dans une vis sans fin de machine à vendanger fut sauvé par sa chaussure de sécurité cent fois critiquée pour sa lourdeur ou son in-esthétisme. Mais son pied, il le conserva avec seulement quelques points de suture au gros orteil.
Ou encore ce tailleur, que j’ai côtoyé quelques temps chez mon kiné favori, dont le doigt fut sectionné d’un coup de sécateur électrique parce que le propriétaire ne voulait pas lui donner le gant de sécurité adapté, qui certes coûte cent euros, mais qui lui aurait évité d’être handicapé à vie. Ou ces chavirages de tracteur dont on entend parler trop souvent avec à chaque fois derrière des heures de travail et l’accumulation d’une fatigue qui bien souvent fait perdre le réalisme et la lucidité nécessaires à la pratique d’un travail souvent de haute voltige.
L’accident n’arrive pas qu’aux autres.
L’ignorer ne peut que favoriser le renouvellement de drames familiaux comme celui du week-end dernier.
Qui ne connait pas dans la profession un voisin, un ami ou un collègue passé à deux doigts de la mort ? Certes le job doit-être fait mais jamais au prix d’un handicap ou d’une vie brisée.
Alors je pense à tous ces viticulteurs travaillant au quotidien et qui bonnant malant font leur travail, parfois agréablement et quelques fois en serrant leur bas ventre avec force mais toujours avec ferveur. Je pense à ces coteaux pentus ou contre-pentus, cachant des ornières ou des pièges parfois difficiles à voir à temps.
Savoir dire qu’on ne peut pas faire une tâche mécanique ou conduire un enjambeur ou encore dire qu’on est fatigué ne doit pas être considéré comme un échec ou être rabaissant. C’est malheureusement encore trop souvent le cas dans une profession “quelque peu” machiste…
Mais souvent, c’est vrai, la saison ou le millésime sont sans pitié et obligent à aller de l’avant coûte que coûte. Et puis comme on dit parfois : ” C’est comme ça qu’on progresse ! “.
Pas si sûr…

Alors, c’est à nous qui encadrons d’avoir l’oeil sur les compétences de chacun et sur la fatigue sournoise qui peut s’insinuer dans le corps. Rabâcher, rabâcher encore et toujours les consignes de sécurité, passer pour un emmerdeur et un rabat-joie, lutter contre l’oubli intentionnel des gants, des lunettes, des chaussures de sécurité, ou insister pour que l’organisation du travail se déroule comme on l’a décidé.
Et puis un jour, un chauffeur vous remercie pour avoir joué le méchant et l’avoir obligé à retourner à l’atelier pour mettre ses chaussures de sécurité et qui vous avoue qu’en fait, dans l’après-midi même, le relevage de son tracteur a lâché et qu’il s’est retrouvé le pied coincé sous son outil, la chaussure écrasée…
Et là, je peux vous assurer que vous bénissez le ciel d’avoir jouer ce rôle et de n’avoir pas baissé les bras face à la nonchalance parfois déconcertante de la nouvelle génération.
Malheureusement nul n’est à l’abri d’un accident qui par définition n’est pas toujours prévisible. L’évènement de ce week-end en est une fois de plus un exemple criant.
Eric Augey avait 53 ans et il était viticulteur en Entre-deux-Mers à Naujan-et-Postiac.
Ce soir mes pensées vont à sa famille et à tous ceux qui un jour ont eu à subir de tels accidents.

Nicolas.

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