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L’ombre d’un désaccord avec mister B…

1 février 2013 | Par Nicolas Lesaint
Le débat est toujours là et l’argumentation des uns et des autres continue entre M. Bettane (alias mister B pour certains) et les adeptes de pensées différentes voire opposées.
Chacun parle, tout le monde argumente, pas grand monde s’écoute. C’est comme ça, et je pense que ça continuera un bon moment, c’est dans la nature humaine.

Une nouvelle lettre ouverte vient d’être mise en ligne par M. Bettane, ICI , dans laquelle il nous donne sa vision du Terroir et des différents paramètres intervenant dans sa composition.
Je dois avouer que j’aurais tendance à me rapprocher de sa vision pour ce qui est des levures qu’il propose de considérer comme le facteur qui doit être le moins impactant dans la typicité du vin que l’on souhaite proche de son terroir.
Mais là aussi, le débat sur ce thème ne sera jamais achevé et chacun conservera sa vision  propre avec l’idée d’avoir besoin ou pas de ce facteur terroir dans l’expression de ce que doit être un vin.
Je reste convaincu que le risque est trop important de partir dans des voies glissantes si on laisse le millésime sélectionner la souche levurienne qui travaillera. En revanche, si pour l’instant nous sommes à Reignac dans une logique de travail avec des souches sélectionnées, neutres aromatiquement parlant et connues pour être peu productives de volatiles même en conditions difficiles, je reste persuadé que l’idéal serait de trouver sa propre souche indigène capable de travailler dans le sens que le vinificateur a choisi et d’arriver à la sélectionner pour pouvoir l’utiliser chaque année. Mais quel travail et surtout quel coût d’investissement !

La partie de cette lettre qui en revanche m’a énormément surprise et me fait être en désaccord avec sa vision du terroir, est la partie dans laquelle il nous explique le côté nutritionnel du cep de vigne.
Si je reprends ses propres termes, voici ce qu’il nous dit :

” On met trop l’accent sur l’alimentation par les racines, qui concerne essentiellement l’alimentation hydrique, et la transmission au raisin d’oligo-éléments contenus dans le sol, le mot oligo indiquant bien que tout cela relève du détail. L’alimentation principale est aérienne, la photosynthèse par la feuille, donc le lumière, le froid, le chaud, la pluie, le vent, selon les hasards de l’année et du lieu, formant le fruit, sa richesse en sucre, sa saveur particulière, ce qui renvoie les fanatiques du terroir et de la géologie et donc tous les faiseurs de trous et dessinateurs de cartes géologiques à leur rôle limité, mais indispensable.”

C’est bien mal connaitre la nutrition de la vigne que d’assimiler son alimentation uniquement à sa photosynthèse.
Certes, sans photosynthèse, pas de sucres et qui dit pas de sucres dit pas d’alcool. Mais comment ne pas être convaincu que le complexe argilo-humique d’un sol, que sa charge en éléments minéraux les uns par rapport aux autres et leurs quantités respectives ne va pas marquer la typicité d’un vin ?
Autant dire que les vins de Merlots issus de sols argileux n’ont aucune différence avec ceux issus de sols graveleux. On connait parfaitement les besoins de la vigne tout au long de son développement phénologique et on sait que des carences réelles ou induites peuvent typer l’équilibre d’un vin lui permettant d’avoir ou non la charge minérale suffisante ou l’équilibre alcool / tanins idéal sans avoir un vin déséquilibrer.

Sinon, autant faire de la culture hors sol avec l’utilisation de soupes nutritives basiques et de bien définir les cycles jour / nuit et la température sous sa serre pour faire le vin idéal !

Ces fameux oligo-éléments sont la base du fonctionnement d’une bonne physiologie et ce sont leurs présences ou non à des doses infimes qui vont permettre à une parcelle de fonctionner correctement et de franchir parfois des caps de stress dans un millésime donné.
D’accord l’alimentation hydrique est capitale évidemment puisque c’est elle qui détermine le transport des éléments qui font que le vin que vous aimerez aura l’équilibre et la puissance que ses raisins, dont il est issu, lui ont donné. Mais si vous n’avez pas un sol équilibré, vivant microbiologiquement parlant et qui par son historique géologique n’a pas le stock minéral adapté, vous n’arriverez pas à faire un bon vin.
La mise à disposition des éléments du sol sont liés à sa vie microbienne qui est elle même liée à son historique géologique.
C’est justement sur ce point que se fera l’avancé future qui permettra de réduire les intrants et les traitements, en comprenant beaucoup mieux le fonctionnement de nos sols et en décryptant le verrou que peut parfois être la double interface sol / cep / échanges nutritionnels. ne pas comprendre ça est une erreur majeure dans la compréhension du système complexe qu’est le Terroir viticole

L’Esca en est un très bon exemple où d’une maladie catastrophique et destructrice on est en train de se rendre compte que l’origine du problème risque d’être purement nutritionnel.

Tout n’est pas que sol, et affirmer, comme ceux que M. Bettane appelle les “Terroiristes”, que c’est lui qui définit tout, est aussi une aberration à mes yeux. En revanche le reléguer à un niveau purement mécanique de soutien du cep et de support à une alimentation hydrique en est aussi une autre toute aussi belle.

Travailler les sols, utiliser des engrais verts, favoriser l’utilisation des stocks en minéraux des sols que l’on cultive est la base de la réussite d’une propriété et restera une partie de la marque de fabrique d’un vin.

L’homme étant acteur à tous les niveaux de l’élaboration du vin, il restera, potentiellement, un des facteurs les plus marquants c’est certain.
En revanche, donnez lui du raisin issu de vignes qui ont bloquées lors du stade grossissement des baies, jamais il n’arrivera à faire un bon vin et ce, quelque soit l’œnologue qui l’assistera… ;o)

Nicolas.

Commentaires(3)


  1. Excellente analyse. Il faudrait que Mr B. se promène un peu plus dans les vignes, surtout qd on y fait des fosses pédologiques. Là, peut-être, lui serait-expliqué l’importance de l’alimentation racinaire et son action sur la qualité des vins!


  2. il faudrait qu il rencontre notre conseiller en commun, JPC, ça lui changerait son metier…


  3. Ahhh! un adepte de JPC !
    J’adorerais être présent lors d’une telle rencontre.

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