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Reignac d’une fleur à l’autre…

27 mars 2013 | Par Nicolas Lesaint

Un sol, c’est vivant. Ça respire, ça évolue en fonction de ce qui pousse dessus, ça encaisse les bêtises qu’on peut faire quand on pense tout savoir sur lui et puis ça continue son bonhomme de chemin (quand on le laisse tranquille) vers un équilibre qui lui est propre mais qui dépend de son histoire.
Ces sols ont leurs propres caractéristiques structurelles, on le sait bien. Ils peuvent avoir un certain nombre “d’avantages” pour ce que l’on souhaite en faire ou au contraire de “gros défauts” qui feront que l’on décidera de se lancer ou non dans un partenariat avec lui pendant de nombreuses années.
A chaque fois que l’on intervient, on impacte, c’est la base de toute réflexion de travail lorsque l’on décide de cultiver en plein champ et non pas en hors sol dans un petit laboratoire de banlieue pour lequel les seules sources de lumières seraient des jolies lampes UV mises en place. Être conscient de l’empreinte que l’on trace sur nos sols à chaque fois qu’on les sollicite me parait être le fondement de toute réflexion intellectuelle avant de foncer tête baissée au volant de son tracteur dernier cri attelé de son bel épandeur, de sa charrue ou de n’importe quel autre outil ayant une action de près ou de loin sur eux.
Alors, de nombreux outils s’offrent à nous pour mieux les comprendre et armés de nos analyses de sols, de nos profils culturaux, de nos fosses pédologiques il est possible de mieux diagnostiquer des problèmes culturaux ou des facteurs bloquants pour atteindre les objectifs qualitatifs que l’on s’est fixés.
Ce n’est pas avec une seule de ces analyses que bien souvent on trouvera la solution mais plutôt en compilant un ensemble de données techniques, humaines et historiques que l’on pourra espérer, nous petit cultivateur d’un patrimoine pédologique qu’on nous a légué pendant quelques années, tirer le meilleur parti pour nos vieux ceps de vigne.
Parmi tous ces outils, il en est un que bien souvent on oublie ou qu’on néglige face à sa complexité apparente et parce que trop longtemps mis de côté, on en a perdu en partie le mode d’emploi.
Savoir se poser un instant et regarder son vignoble non pas comme une mono-culture de vigne mais comme un tout végétal dans lequel la part de l’enherbement a été oublié.
” T’as de l’herbe toi dans tes vignes ? “
” M’en parle pas ça pousse ça pousse c’te saleté là, mais je m’en vais te la calmer c’t herbe là et puis un bon coup de gyro ou de glypho… “
” Mais c’est quoi ce qui pousse chez toi ? “
” Pfff c’est vert et c’est ch… c’est tout ce que je sais, mais c’est marrant ça fleurit jaune ça plait aux écolos… “

Ben non, de l’herbe c’est pas que de l’herbe à vache, ça traduit des choses, ça met en avant un historique cultural parfois oublié ou ça traduit des problèmes de fonctionnement agronomiques à l’origine de déséquilibres dans les vins.
Alors, j’entends dire tout et son contraire avec quelques fois des points communs dans les discours de ceux qui pensent savoir interpréter la présence d’une variété botanique que l’on peut voir se développer dans une parcelle plutôt que dans une autre.
Je vous avouerai que même si je m’y connais un peu en botanique et que oui je prends parfois le temps de mieux comptabiliser ce qui pousse vraiment dans les vignes, l’explication de l’origine de telle ou telle espèce est un peu plus compliqué pour moi. Mais des grandes tendances peuvent se dessiner et il est possible de mieux comprendre ses sols en comparant les espèces présentes à ce que l’on sait déjà d’eux.
Ne serait ce qu’en survolant les deux parcelles que voici où la première, sur Graves, est travaillée sous le cavaillon alors que la seconde, sur Argiles, est malheureusement encore désherbée. Mais ça ne devrait plus trop durer je l’espère. Que trouve-t-on ? L’une voit se développer des fleurs jaunes (des Crepis) alors que l’autre n’en a pas.

Ces Crepis sont surtout sur le cavaillon de désherbage. Lorsque l’on sait que cette espèce se développe surtout sur les sols lourds, tassés donc où la matière organique des sols a du mal à évoluer rapidement et correctement, on comprend mieux pourquoi on ne la retrouve pas dans la première parcelle graveleuse.
De même, certaines parcelles peuvent se trouver infestées de Pissenlit. C’est très bucolique mais sa présence est indicatrice d’excès d’apport de matière organique d’origine animale… Il vaut mieux l’avoir dans une prairie de pâture que dans une vigne, c’est plus logique.
La jolie petite Véronique (Veronica chamaedrys) que tout le monde admire comme indicatrice du printemps qui arrive quant à elle indique la présence d’un sol riche en matière organique végétale.
Or, on la considère comme une espèce préforestière. Certains veulent dans leurs vignes se rapprocher des sols forestiers c’est donc bon pour leur projet, les autres auront tendance à apporter de la matière organique animale plus riche en azote pour relancer la dynamique du sol. Pour nous, on la retrouve plutôt sur les sols de Graves plus délicats à gérer.
Ou enfin cette petite plante Mibora minima, à droite, que je voyais systématiquement pousser sur des Boulbènes (sols acides) ou sur certaines zones de Graves sèches. Elle est censée se développer sur des sols en manque de matière organique et d’humus stable, lessivés par des “grattages” excessifs lors de la préparation de la plantation. Et bien, je la retrouve exclusivement dans des bouts de rangs ou des zones très stressantes en été où des phénomènes de blocages peuvent parfois apparaître au mois d’août. Dès lors, on pourra penser à faire des apports de matière organique animale et veiller à une bonne couverture hivernale pour freiner tout lessivage.

Allez, une petite dernière trouvée préférentiellement sur certaines Graves de la propriété : Valerianella locusta, très jolie elle aussi, mais si on l’écoute bien, elle nous dira que là où elle est, les sols sont fragiles et peuvent être sujets à de l’érosion physique par la pluie si la couverture hivernale n’est pas assurée. C’est un peu l’idée des engrais verts hivernaux que l’on essaie de pratiquer et de la couverture végétale hivernale que l’on assure chaque année.
Tout ça pour bien vous montrer qu’il existe des outils de compréhension de notre travail, de l’historique de nos parcelles et de leur vécu technique qui ne soient pas extrêmement technologiques. C’est un peu comme un alphabet coloré qu’on nous aurait appris il y a longtemps mais dont on aurait perdu des parties de la pierre de Rosette.
Certains en connaissent des bouts et les utilisent jalousement, d’autres en revanche en retrouvent quotidiennement des fragments.
Alors certes, certaines fleurs jaunes nous renseignent sur l’imminence ou l’existence de problèmes techniques mais il faut quand même raison garder et se préserver de toute généralité hâtive tant le sujet est multifactoriel et l’interprétation peut en être dès lors acrobatique. Et puis tout dépend du niveau de dominance d’une espèce par rapport à une autre. Oui Paul Marie, je sors mes pincettes…
En tout cas ce qui est certain c’est que malgré tout je préfère avoir des fleurs dans mes vignes plutôt qu’un désert végétal provoqué par un travail mécanisé excessif.
Alors après toutes ces longues explications, je suis certain que vous ne regarderez plus de la même façon ces deux dernières photos prises sur mon chemin de retour…

Et merci à Paul Marie de m’aider à y voir plus clair dans mes pérégrinations botanistiques… ;o)

Nicolas.



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