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de REIGNAC

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Ça ne rigole plus !

2 avril 2013 | Par Nicolas Lesaint


Bordeaux s’affole, Bordeaux se réveille et se prépare, je devrais plutôt dire est déjà en train de  se réveiller et de vivre ses Primeurs 2012 avec son lot de prédictions de notations et d’exclamations de la part de ceux déjà persuadés d’avoir compris parfaitement ce millésime, par terroirs, par propriétés, par propriétaires, par vinificateurs, par modes de travaux, par marques de tracteurs par âges des chauffeurs… Bref, ils ont déjà tout compris, ils savent tout… 

Attendez, un peu s’il vous plait, ralentissez, prenez le temps d’écouter et de comprendre ces vins issus de raisins que nous avons mis un an à cultiver et qui sont toujours dans leur phase d’élevage et de jeunesse insouciante.

L’historique du millésime, on le connait très bien et déjà bon nombre de personnes l’ont bien expliqué, voici d’ailleurs le résumé qu’en fait Dany Rolland, il est clair et précis et spécialement fait pour ceux qui n’auraient pas encore bien perçu les tenants et les aboutissants des affres météorologiques de 2012 :
” Un millésime 2012 de terroirs précoces, plutôt favorable donc au merlot, comme 1998, mais avec des situations si hétérogènes que, plus que jamais, la qualité dépendra des terroirs, du travail des hommes, des bons choix techniques au vignoble: labour, travaux en vert, petits rendements…, pour atteindre une bonne maturité, et au chai grâce à la sélection et une vinification appropriée à chaque parcelle ou cépage.

Climatologie et cycle :
Après un grand déficit hydrique en 2011, l’année 2012 commence en douceur avec une pluviométrie très faible et par contre un mois de février, l’un des plus froids depuis 1963, occasionnera quelques rares gels.
Mars chaud a favorisé le débourrement dans les zones précoces, mais avril froid et venteux induit une grande disparité phénologique selon les secteurs, au sein d’une même parcelle, voire sur un même cep et génère quelques dégâts dus au gel ponctuellement. Ce mois marquera l’hétérogénéité de l’année.
Mai, plus clément, permet une pousse active des rameaux (avec une moyenne de 18 cm par semaine) un développement végétatif exubérant à maîtriser pour éviter la concurrence avec la fleur et l’alimentation des grappes.
La floraison débute fin mai dans les zones les plus précoces et se généralise assez rapidement, le début de la nouaison étant visible dès les premiers jours de juin avec toujours cette même hétérogénéité observée depuis le début du cycle.
La mi floraison se situe autour du 4/6 juin.
Mi-juin, pluie et baisse des températures entraînent un ralentissement de croissance et perturbent la fin de floraison.
Au 20 juin la nouaison est bien avancée, les grappes sont lâches et grandes mais millerandage et coulure sont bien visibles. Le mildiou est là qui rode et le travail au vignoble est essentiel : effeuillage, échardage, ventilation des grappes.
Après un mois de juillet frais, août et sa bienveillante chaleur, la plus forte depuis 2003, calme les attaques cryptogamiques, initie la contrainte hydrique responsable de la concentration des raisins.
La véraison se révèle lente, hétérogène, créant des décalages de stade de maturité, de couleur des baies.
Nous sommes inquiets : août reste chaud et sec et l’année est déficitaire en eau depuis le départ ; les zones les plus précoces peuvent souffrir d’un blocage.
L’hétérogénéité des situations se maintient, s’accentue parfois et entraîne une perspective de tri sévère de la vendange.
Septembre reste sec et chaud, mais les nuits deviennent plus fraîches : situation favorable à la concentration aromatique des blancs, mais influant toujours un rythme lent pour la maturité, quand subitement du 23 au 27, d’abondantes pluies font basculer la situation revenant à des conditions climatiques océaniques classiques : l’inégalité des précipitations accentue l’hétérogénéité de la situation.
Mais il fait beau tout début octobre, les merlots sont à l’abri, puis les températures deviennent clémentes entrecoupées de petites pluies, mais avec une humidité ambiante qui accéléra la fin des vendanges, avant la maturité idéale des cépages les plus tardifs.
Les vins :
Les blancs sont très réussis, avec une grande puissance aromatique, de la chair et de la nervosité: un bel équilibre !
Les Merlots sont mûrs, avec un fruit bien net, des titres alcooliques raisonnables (entre 13,5 et 14%), une texture soyeuse, un milieu de bouche intéressant et une belle fraîcheur : un équilibre classique ! De très beaux résultats !
Il y a de belles réussites en Cabernet-franc, et plus d’hétérogénéité dans les Cabernet-sauvignon qui ont pâtis des perturbations de fin de cycle pour atteindre la maturité.

Comme toujours, et plus que jamais, les décisions de sélection au vignoble et dans l’assemblage feront la différence, c’est un millésime à parcourir par région, par propriété, révélant un éventail de sensations et de styles lié à cette hétérogénéité presque historique de qualité de raisins suivant les terroirs.
La diversité de Bordeaux, plus que jamais ! “

Bon, voilà c’est dit et c’est redit. 2012 n’aura pas été simple, loin de là, et de mémoire de viticulteur, il restera gravé dans nos petites têtes pendant longtemps comme une référence culturale pour avoir ou non réussi à bien enchaîner les choses et savoir si le dimensionnement technique de sa propriété correspond aux exigences qualitatives que l’on s’est fixées.

Mais en fait, il faut bien l’avouer voyez-vous, j’ai déjà l’esprit ailleurs.
Lorsqu’on a la responsabilité technique d’une propriété et même si on s’attache à bien comprendre le millésime que l’on traverse et que parfois on le subit tellement qu’on se le prend en pleine figure, on se dit : “ça aussi ça passera… “.
Un millésime chasse l’autre et tout est à recommencer. La satisfaction de la dernière benne ou des dernières cagettes mises à l’abri avec le sentiment du devoir cultural accompli se voit être bien vite bousculé par la compréhension que désormais tout est à refaire et que ce n’est pas parce que vous avez franchi tous les obstacles sans embûche cette fois-ci, ou seulement avec quelques coquards, que le millésime suivant se passera bien.
Chaque année, on remet les compteurs à zéro, enrichi d’une expérience concrète et indéniable mais fragilisé par la crainte de rencontrer l’année suivante un col hors catégorie trop raide pour son petit B’twin…

Alors certes, on a un hiver pour se remettre et commencer à corriger les erreurs du passé, mais à un moment donné, il faut bien se l’avouer, ça ne rigole plus, c’est reparti. La mécanique est en marche rien ne pourra plus désormais la stopper peut-être la freiner pendant quelques journées tout au plus.

Ce matin, après avoir constaté que non, les cloches n’étaient pas passées à Reignac, ou alors Tanin s’est promené avant moi dans les vignes pour gober les quelques œufs qu’elles avaient perdus (ça c’est possible), le stress est remonté d’un cran à la vue du débourrement du week-end. Comme on dit, “ça bouge sérieux ! “.
Les Merlots qui gonflaient leurs bourgeons depuis quelques temps ont vu les plus jeunes ne plus tenir et commencer à laisser entrevoir ici du coton, là des pointes roses…

La météo ne nous aide toujours pas.
Même si le millésime s’annonce tardif au démarrage, à un moment, le décollage se fera…
Les sols sont gorgés, vingt millimètres de plus ce week-end et l’herbe qui pousse doucement mais sûrement…
On annonce une petite chute des températures avec quelques risques de gelées matinales pour la fin de la semaine…
On se surprend parfois à chercher un accélérateur naturel pour hâter les choses et puis des fois ça serait plutôt la pédale de frein de cette satanée boîte automatique qui s’emballe…

Heureusement, le carassonnage s’achève. Demain s’annonce beau et sec alors les “cow-boys” vont pouvoir reprendre leurs montures habituelles, prendre leurs lassos et commencer à sillonner les plaines de Reignac… ;o)
Travail des sols sous les rangs au programme, une pincée de désherbage ici et là et puis on verra bien si la pratique rattrape la théorie du plan d’action (ça y est, Florent sort de ce corps, je me mets à parler SME…)

Alors oui, à partir de lundi, ” j’ai Primeurs ! “ un peu comme on dirait : ” désolé je ne peux pas venir, j’ai piscine ! “.
Car pour nous qui avons plus l’habitude d’être les pieds dans la terre de nos sols amoureux, vous verrez que les regards seront bien souvent un peu dans le vide, tournés vers la fenêtre la plus proche, à regretter déjà une inaction physique au service du millésime précédent. Regardez bien autour de vous quand vous dégusterez et vous pourrez ainsi très facilement découvrir qui de vos interlocuteurs est plutôt quelqu’un de l’extérieur.

Le vignoble se réveille doucement et comme pour un enfant sortant d’une longue léthargie, l’encadrement du réveil et les premiers mots formulés sont capitaux pour la suite du chantier…

Mais quelque chose me dit que cette année, c’est l’enfant qui va secouer le père…

Nicolas.

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