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de REIGNAC

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Ca s’appelle passer à côté de la correctionnelle !

29 avril 2013 | Par Nicolas Lesaint

En sortant ce matin de la maison, l’affaire était déjà faite.
Pourtant, tel un inconscient ayant bien entendu la météo hier soir mais qui, plus fort que les autres, se dit que comme d’habitude la foudre ne lui tombera pas dessus, j’étais serein sur la route préparant déjà dans ma tête le petit discours d’arrivée des saisonniers de l’année.
Ce matin c’est en effet le début des ébourgeonnages et des épamprages de têtes. Alors, avec les dix huit nouveaux venus, c’est le début d’un encadrement plus serré puisque, ça y est, on commence vraiment à impacter la qualité du millésime en gestation.
Il faut penser à redire les règles de savoir-vivre, la hiérarchie des chefs d’équipes ayant évidemment toute autorité,  le bon compromis entre qualité et vitesse de travail…
Mais, nom d’un chien, c’est bien une fine couche blanchâtre que je viens d’apercevoir du coin de l’œil en sortant de Moulon sur cette magnifique pelouse tondue la veille !!
Et puis là, et là et là aussi ces fossés blanchis et croutés d’une fine couche de gel !
Continuant ma route en délaissant mentalement mes consignes pour une check-list mentale systématique des bas fonds de la propriété, me voilà ratant presque la sortie numéro 4 de mon trajet quotidien.
Mais, Reignac est là, rayonnant sous ce superbe levé de soleil matinal. Les merlots de Pêcher de Tour 1 et de Puits m’accueillent, fiers, dressés, poussant et un quatre degrés s’affiche au cadran de mon Beeper série limitée Météo France option Alain Gillot-Pétré.
Ouf, tout va bien, une fois de plus, le gel, c’est pour les autres !
Alors, tranquillement et ragaillardi par ce franc succès, c’est le début du grand discours d’accueil des nouveaux venus. Pas de bizutage en règle, juste un lancement en douceur dans une façon où chacun doit jouer son rôle et doit prendre conscience de l’importance de ses gestes sur le devenir des prochains raisins.
Qu’est-ce qu’un double ? Qu’est-ce qu’un contre-bourgeon ? Un épamprage de tête et de pied ?
Bref, des regards un peu perdus chez les novices avec des “oui, oui, j’ai compris ! “ et puis finalement, cinq minutes après ” Vous pouvez me ré-expliquer, parce que là, j’ai un doute, ce cas-là, on l’a pas vu ! “
Les équipes bien lancées, c’est parti pour un petit tour des parcelles “extérieures” pour observer la pousse du week-end et constater l’éternel écart de précocité entre les Graves et les Argiles…
Et là, petite frayeur, il faut bien l’avouer, lorsque, nonchalant, mes yeux se posent sur les rangs du bord d’une des parcelles de notre beau plateau de Montussan…
Répartis de la plus “belle” façon, dite aléatoire, des bourgeons bruns, grillés, parfois pendouillants, s’offrent à moi telles les victimes d’une grillade inopinée. Et là, explosion d’adrénaline dans la poitrine et coup d’œil circulaire pour constater l’étendue des dégâts et se rassurer du mieux qu’on peut. ” Non, c’est pas possible, pas ça, pas maintenant, c’est trop injuste “et en une fraction de seconde on se rappelle les histoires des anciens et les fameux saints de glace encore lointains.

Il est parfois surprenant de constater que le froid puisse frapper là où on ne l’attend pas. Cette fois-ci, pas de dégâts dans les bas fonds mal ventilés, pas de gel des ceps poussant contre des haies représentant des barrières naturelles à l’évacuation des nappes de froid.
Au contraire, c’est certainement dans une des zones les plus ventilées de la propriété que se trouvaient les quelques pieds touchés. Parce qu’heureusement, je vous rassure, la zone touchée reste très faible.
Le plus embêtant sera peut-être cette plante installée en 2012, taillée à deux yeux, poussée de trois à quatre feuilles et dont certains pieds ne répondent plus à l’appel. Rendez-vous dans quelques semaines pour voir la reprise et le redémarrage des victimes. En tout cas, une chose est certaine, on peut me reprocher de pocher mes jeunes pieds pendant leurs deux premières années, mais mon voisin qui ne l’avait pas fait, se retrouve aujourd’hui avec plus de la moitié de ses pieds irrémédiablement perdus.
A ce niveau-là de la compétition, chaque détail a son importance.
Pour l’instant, pas trop d’échos sur les autres zones de Bordeaux, mais ce qui est certain, c’est qu’à Reignac, nos derniers dégâts par gelée datent de 1991.
L’an dernier, nous n’avions rien eu alors que nombreux ont été touchés par les gelées de printemps. Je me dis donc que nous ne devrions pas être les seuls à avoir observé le passage de cette bombe blanche dont le souffle aurait bien pu couper l’herbe sous le pied de la première toute verte de puissance et de fougue.
Nicolas.
 

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