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2013 tout va bientôt se jouer…

29 mai 2013 | Par Nicolas Lesaint

Aujourd’hui, c’est le retour des saisonniers.

Pour la première fois depuis que je suis arrivé à Reignac les conditions météorologiques nous ont obligés à faire une pause dans les activités petites façons. Les épamprages de têtes achevés, en règle générale, on enchaîne sur les premiers levages, mais cette année, que se passe-t-il ? La vigne stagne, ne pousse pas ou mal se met en situation d’attente de conditions plus propices bref fait sa fainéante.
Alors on s’adapte on baisse sa voilure et c’est la mise au repos pour ceux qui viennent ponctuellement nous donner un coup de main.
Reste à savoir si lorsque la cloche de fin de récréation sonnera, l’effectif sera toujours là…

Après avoir exploité au mieux la seule journée de beau temps de la semaine pour traiter, je me suis un peu penché sur mes temps de travaux de l’année.
Et vas-y que je te rentre mes données dans mon joli logiciel de traçabilité qui ne veut pas toujours comprendre ce que je lui dis. Et vas-y que je compare d’une année sur l’autre le timing des façons culturales, et là, petite surprise…
Le premier levage qui correspond à la montée des fils pour tenir une végétation poussante est un moment-clé. Il nous indique donc bien la tendance de l’année et le retard éventuel que l’on peut avoir quant au développement végétatif de la vigne. Et bien le fait est qu’en règle générale, que l’on se situe en 2008, 2009, 2010 ou 2012 nous avons toujours débuté le levage des premiers merlots entre le 24 et le 27 mai. Cette année, ce sera le 29 mai…
Finalement deux à cinq jours de retard par rapport à ces années là… Comme quoi l’ambiance générale peut-être parfois trompeuse. Honnêtement, sur les Graves je m’attendais à beaucoup plus de retard. Pour les Argiles en revanche, ce retard sera plus conséquent, c’est certain.
Maintenant, il est vrai qu’il peut y avoir un décalage entre la pousse végétative et la floraison qui, elle, reste peut-être davantage dépendante des sommes de températures. Mais là-dessus on en saura un peu plus dans quelques temps. Deux jours de beau temps chaud devrait libérer pas mal de choses.


Ce qui est certain c’est que du côté de la pluviométrie nous sommes servis. 81mm depuis le début du mois, ce qui est largement supérieur à tous les millésimes précédents, sauf peut-être 2008. 2012 (26mm), 2011 (13.5mm), 2010 (34.5mm), 2009 (67mm) et 2008 (104mm).
Les sols sont froids, les mouillères hivernales se remettent à couler, le travail des sols est plus que compliqué bref une année encore jamais testée de mémoire de vigneron. Et un autre millésime à comprendre et à expliquer aux futurs dégustateurs des vins qu’il donnera.

Il ne faut pas se voiler la face, les vignes ne sont malgré tout pas dans leur assiette avec l’apparition de symptômes de carences débutant dans certaines zones : feuillage jaunissant, quelques marquages potassiques qui arrivent… Le problème est que tout ceci est lié à la situation et à ces conditions plus que défavorables à une pousse régulière. Il est grand temps d’observer mais à mon avis de ne pas forcément agir. Tout ce que l’on peut voir actuellement est le résultat de blocages physiologiques générés par un manque de températures élevées. Intervenir c’est risquer l’effet yoyo dès que la pousse rapide s’enclenchera au moment des remontées de températures.
La vigne est capable elle-même de réguler ces types de carences en puisant ce dont elle a besoin lorsque la nature la laisse travailler.

En revanche, un moment décisif va s’offrir à nous dans quelques temps et c’est peut-être là que se situera une des premières clefs de ce millésime 2013 : la floraison.
Tout maintenant s’oriente vers de gros risques de coulures sur la fleur. La vigne étant en train d’avancer dans sa pousse avec un frein à main à moitié enclenché, elle risque de partir en courant vers le haut des palissages dès que les conditions lui seront plus favorables.
Une forte pousse sur la fleur des merlots naturellement sensibles à la coulure avec comme c’est le cas actuellement la pluie qui continue à s’inviter et ce serait une catastrophe…

Alors, vendredi dernier, nous avons fait les premiers prélèvements foliaires avec Jean Pierre Cousinié pour préparer cette floraison et travailler aussi sur les quelques zones qui ont été frisées par le gel du 29 avril. Les résultats dans quelques jours avec toujours à l’esprit qu’il y a des moments pour laisser la vigne s’en sortir seule et d’autres pour l’aider à s’adapter au mieux au millésime mais qu’il n’y a pas que de la fatalité quand on est agriculteur.

La pluie revient de plus belle !
On nous annonce encore de forts cumuls aujourd’hui et demain…
Et moi de mon côté je prévois de forts départs de saisonniers…

Que faire si ce n’est continuer à avancer en baissant la tête, les cheveux trempés, la goutte au nez en pensant au repas froid du midi ?

La vigne est parfois un sacerdoce et 2013 a l’air de se peaufiner comme un bel exemple de cette définition.

Nicolas.

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