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Le vin comme un rituel d’éternité

5 mai 2013 | Par Nicolas Lesaint
Cet après-midi-là, par un manque subit et incontrôlable, mon esprit s’éveilla aux parfums environnants. Le grésillement des cigales et le tintement des grillons annonçant le début de la soirée s’harmonisant entre eux et aux gazouillis des oiseaux se rapprochant de leurs nichoirs, m’enivraient d’un besoin incessant de fraîcheur. Cette envie s’incurva dans mon ventre et s’insinuant sous mes épaules, ondula jusqu’à mes paupières, d’où, par une pirouette judicieuse, s’écarta de mon enveloppe d’argile sèche et nargua mes narines.
Elle s’enroula dans mes cheveux en bataille, s’enivrant de leur odeur de foin et se jouant de leurs épis rebelles. Puis, glissant le long de mes vertèbres proéminentes, elle s’installa dans le creux de mon ventre pour attendre l’arrivée du divin nectar capable de me rassasier. D’un pas décidé la traversée du jardin fut rapide bien que freiné de ci de là par une branche basse ou un parfum diffus de fleurs sauvages et d’aromates au paroxysme de leur expression. Une ombre fraîche, un chat nonchalant allongé de tout son long, battant de la queue et daignant se retourner sur le dos pour m’offrir son ventre pour une furtive caresse, le temps, rassuré de rétablir un contact avec son humain préféré et déjà la maison s’approche.
La porte de la cave grince, un coup d’épaule pour l’entrouvrir assez et franchir un seuil obscur mais rafraichissant.
Le chemin est connu et rapidement le fatras de caisses vides et de bouteilles entassées me révèlent le casier cherché. D’un geste  calculé pour capturer l’objet du désir la main s’avance et le retourne.
Après une rapide émotion de plaisir, le regard affirmé confirme la trouvaille et annonce déjà les réjouissances à venir lorsque, libéré de son contenant, le divin nectar pourra faire son office. Par une pirouette élégante et un demi-tour rapide avec évitement contrôlé des bouteilles vides, déjà je réponds à l’appel de ma femme qui, elle aussi, me cherche du coin de l’œil depuis un moment.
Ma tête dépassant enfin de la cave, nos regards se croisent et déjà la voilà repartie dans la maison.
D’un pas déjà plus assuré, je peux désormais me diriger serein sous notre noyer centenaire où ma chaise m’attend.
Comme un rituel bien rodé nos deux trajectoires se rejoignent au point exact où l’ombre fraîche de l’arbre nous protégera de la fatigue de la journée. Ça y est cette fois-ci les Grillons sont désormais les seuls maîtres de la symphonie qui accompagne le “Pan” du débouchage. Le vin blanc glacé rempli nos verres et déjà les perles d’eau se forment à la surface des globes de verre.
Les doigts humides de cette rosée estivale tendent mon verre vers celui de ma femme.
Les yeux dans les yeux, le “Bing” du contact interrompt deux secondes nos amis musiciens et déjà les lèvres perçoivent l’acidité du sauvignon. Les arômes exotiques du lychee nous enveloppent et les agrumes nous soulèvent pour nous transporter dans les souvenirs des chais qui les ont vu naître.
Le soleil baisse, le silence est de rigueur, nous dégustons.
Quelques paroles pour confirmer le bonheur d’être là, tous les deux pour un rituel de plaisir et de bien-être de ressentir son corps. Comme un contre-pied à cette idée qui voudrait que le bien-être du corps serait de ne pas le ressentir. A ce moment précis, la journée est presque achevée et ce plaisir est tout autre pour moi : avoir physiquement fait travailler ses muscles, ses os et ressentir cette fatigue comme un état salvateur. Percevoir ses efforts, ressentir la fatigue de son corps qui vieillit mais sans souffrance, juste en comprenant que grâce à lui mes projets de jardinier ont avancé. Et c’est ce vin, ce jus de raisin fermenté avec amour et sans candeur juste pour évoquer du plaisir et de la joie à celui qui le boira qui m’a amené à ce pur moment de plaisir et de souvenirs indélébiles.
Alors, peu m’importe le vin et peu m’importe que celui-ci soit connu ou non d’un grand nombre. Chacun en connait un pour un moment égoïste tel que celui-ci et c’est bien là ce qui fait que le vin reste et restera associé à l’affectif de l’homme.
Voilà ce que je souhaite répondre à cette fréquente question lancinante et rituelle que l’on me pose lorsque, découvrant mon métier on me demande mon vin préféré.
Je n’en ai pas un mais plusieurs et toujours, forcément, inéluctablement associés à des situations humaines fortes. Ainsi ce Sauvignon blanc d’Entre-deux-Mers ou ce Coteaux du Layon chez mon grand père ou ce Cristal de Roederer rosé à Cahors un soir d’été 1998 bu pour fêter entre amis la réussite de nos examens.

Toujours le vin m’a accompagné et encore longtemps, il sera pour moi un révélateur de vie.
Nicolas

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