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Jonglages, trèfle et piments doux…

11 juin 2013 | Par Nicolas Lesaint

Il y a des jours comme ça où je me pose vraiment des questions sur l’intérêt de travailler les sols sous les rangs des vignes et d’abandonner le bon vieux désherbage qui a su faire ses preuves depuis de nombreuses années. Oui, je sais, utiliser du Round-up c’est pas bien, c’est Beurk, caca boudin et compagnie, mais vouloir s’en passer tout en le faisant sur des surfaces de production importantes, c’est autre chose.
Être une propriété de grande taille mais dans une AOC qui ne vous permet pas d’avoir les moyens de vos voisins proches qui eux ont eu la chance d’être au bon endroit au bon moment, n’est pas toujours très simplificateur du challenge technique. 70 ha en vignes à 6600 pieds/ha avec quatre chauffeurs certes volontaires mais dont un doit régulièrement se partager avec le  chai, et moi pour le remplacer dans les limites de mes capacités de chauffeur amateur, cela ne suffit pas.
Quand le millésime vous aide, encore, pas mal de cas particuliers se solutionnent d’eux mêmes mais des années comme 2012 ou 2013…

Pour nous, pas de décavaillonneuses, nous ne pouvons pas compter dessus compte-tenu de notre effectif de la réactivité qu’elles demandent et de la topographie de nos parcelles. Pas question non plus de compter sur un prestataire pour nous le faire. A nous d’imaginer les nouveaux systèmes et les nouvelles associations d’outils pour y arriver. Lames, rotatives, brosses, disques buteurs,… Que des outils permettant un travail à vitesse “élevée” pour pouvoir prétendre à couvrir rapidement le plus de surface possible par tractoriste.
L’herbe du cavaillon n’est pas totalement un ennemi, mais un adversaire intéressant qui doit être sous contrôle sans pour autant nous dépasser. Finis les cavaillons désherbés, propres comme des autoroutes dont l’esthétisme n’a d’égal que la tranquillité d’esprit qu’ils permettent. C’est un beau challenge, mais il vous maintient souvent éveillé le soir.
Quoique en ce moment, à 5h30 quand le réveil sonne, j’ai plutôt l’impression d’avoir juste cligné des yeux…

Cette année, on ne peut pas passer quand on veut dans les vignes ou pas assez vite avec notre effectif et lorsque le temps se met de la partie, c’est 35 à 40 mm d’un coup qui vous laissent aux stands malgré un soleil radieux… De quoi vous décourager.
Quand vous repartez, l’outil qui marchait quinze jours plus tôt ne va plus. L’herbe a trop poussé ou tout du moins l’une d’entre elles a trop poussé. Vive le Trèfle ! Il parait que c’est bon signe d’en croiser dans ses vignes puisque symbiotique de bactéries, il nous apporte de l’azote atmosphérique dans les sols, mais bonjour la course derrière ce pro de l’attaque par “rampage”. Comme je me refuse de baisser les bras et d’entendre dire comme chez certains voisins : “Ben voilà, c’est juste une année à trèfle, il faut le laisser pousser et de toutes les manières, dans un mois il ne sera plus là”. Oui mais en attendant, bonjour les dégâts et les jolis moutonnements artistiques qu’ils vont nous faire dans les rangs…


Aujourd’hui, ça ne va pas. Sols trop gras, herbe trop poussante, tracteur qui se plante dans les fossés du voisin et cette petite pluie fine pour alimenter une humidité qui devient tropicale dès que le soleil apparaît… Heureusement, touchons du bois, le vignoble est parfaitement sain.

Les jambes sont lourdes et l’esprit pas aussi vif que la semaine dernière.

Petit coup de blues face au casse tête organisationnel du moment.
Jonglage à dix boules mais tête droite pour bien suivre l’évolution d’un paysage en perpétuel mouvement.

Déjà le deuxième levage commence pour certains cabernets, les traitements s’enchaînent, pas le moment de se laisser dépasser et de se retrouver avec des parcelles impraticables faute de branches mal levées.

La fleur est là et bien là, son déclenchement commence à bien se généraliser et les gouttes d’humidité perlant en leur sein me font frissonner d’inquiétude. Oui, je sais, Paul, toi qui me lis, en plus les “mannes” ont l’air en crosse dans bien des cas mais ça c’est un autre débat ou toutes nos inquiétudes se concentrent sur un détail nous rappelant certainement une aventure ancienne un peu traumatisante… ;o)

Bah, il y a des jours comme ça où la montagne parait plus haute et les piments techniques trop compliqués voire même amères.
Mais d’une manière ou d’une autre je sais qu’on y arrivera et du raisin à rentrer en septembre nous en aurons, alors voyons juste le côté positif des choses et disons nous que chaque petite victoire nous amène un peu plus vers ce faux plat qui nous permettra de lever la tête du guidon et  travailler un peu plus sereinement.

C’est juste là que la volonté rejoint la réalité du terrain et que parfois on se dit que l’on souhaite peut-être aller un peu vite dans l’amélioration que l’on s’est fixée.

Mais après tout, chaque millésime nous apprend un peu plus sur les limites de ce que l’on croyait acquis et de ces galères naissent les plus belles adaptations qui nous paraissent triviales quelques années plus tard.
Les nouveautés pour 2014 sont en gestation et les futurs réflexes sont en acquisition.

Je change de braquet et je repars…


Nicolas.

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