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La Reine et ses ouvriers

20 juin 2013 | Par Nicolas Lesaint
Ce que la Nature vous donne, elle est capable de vous le faire payer au centuple de ce que vous pensiez. Un peu comme si vous passiez un pacte rapidement dans le coin sombre d’une rue avec quelqu’un que vous connaissez à peine. L’accord est fait, le contrat est signé et les petites affaires commencent alors.
Comme vous êtes quelqu’un de consciencieux et de respectueux, vous faites attention à vos faits et gestes, à l’impact que vous pouvez avoir sur votre environnement. Alors, les produits de traitement, vous les choisissez au mieux, vous retraitez vos déchets, pas d’effluent directement rejetés dans la nature puisque comme vous êtes en contrat avec elle, vous la respectez, c’est la moindre des choses. Les années passent, les millésimes se succèdent , parfois un peu plus difficiles les uns que les autres, mais ça marche, ça avance et la preuve que vous avez bien fait d’être attentif à ce que vous faites, c’est que vos vins et bien, ils s’améliorent.
Mais voilà, un jour, après le travail d’une vie, le retour de bâton vous arrive sur le coin de la figure et vous enfonce la boite crânienne à un tel niveau que vous ne savez pas si vous vous en remettrez.
Je pense qu’aujourd’hui, tous ceux qui s’intéressent au monde magique du vin connaissent le drame qui vient de se dérouler en Touraine et plus particulièrement sur la zone de Vouvray. Grêle énormissime, 2200 ha de vignes ravagés, saccagés, détruits pour deux années de production comme si, venant récupérer son tribut, Dame Nature, cette fois-ci habillée de noir, avait décidé de faire table rase de tout accord comme le ferait un parrain de la camorra. Comment ne pas exploser en vol ? Comment ne pas crier à l’injustice pour un terrien qui a mis sa vie dans ses vignes et dont les tripes sont aujourd’hui étalées sous trente centimètres de grêlons.
Je pense aujourd’hui à ces viticulteurs, ces frères d’armes, et je ne peux forcément pas m’empêcher de transposer. Cette situation d’horreur, je l’ai subie, une fois, sur un vignoble dont je m’occupais et encore nous n’étions pas touchés à 100%. Je me souviendrai toujours du désespoir qui vous plombe le dos à vous faire sortir les larmes des yeux et vous laisse là, bras ballants à vouloir faire quelque chose à vouloir réagir mais incapable de sortir de ce bourdonnement dans votre tête et cette question lancinant : pourquoi moi ?
Au vu des images diffusées dans tous les journaux télévisés, mardi, l’apocalypse était vraiment en Touraine.
 
Bien souvent, exposition climatique oblige, cet épisode de science fiction est le second volet d’événements de gel ou de tempêtes estivales qui se sont produits les années précédentes. Histoire de bien enfoncer le clou. Et là, que faire ? Comment réagir si les banques ne suivent pas, si des aménagements économiques ne sont pas faits ou si la propriété n’avait pas la chance ou les moyens de souscrire un contrat d’assurance ? Et puis même, assurance contre quoi ? Contre la perte de production, certes, mais les parcelles abîmées resteront marquées pendant très longtemps des crevasses de leurs agressions. Sans parler des jeunes plantes qu’il faudra entièrement reprendre à zéro sans quoi les blessures trop profondes sur de jeunes ceps condamneront le viticulteur à des pertes de pieds les années suivantes. Et si on vous rembourse les volumes perdus, qui vous permettra de conserver vos clients qui pendant deux années vous verront disparaître du marché et forcément s’orienteront vers d’autres secteurs de production ? C’est la double, voire la triple peine qui vous étrangle encore un peu plus.
J’espère, oh oui j’espère que la région, qui sera forcément déclarée en catastrophe naturelle, sera vraiment soutenue mais pas seulement à court terme mais en prenant compte l’effet de durée dans le temps de ce Tsunami viticole. L’entre-aide par des viticulteurs peu ou pas touchés se fera peut-être, je l’espère. J’avais pu assister sur la zone de Grézillac en Gironde à de magnifiques regroupements de collaboration pour remettre en état des palissages pliés en deux par ce genre de tempête et ce sera à n’en pas douter une des solutions locales à développer dans ces zones de Touraine.
 
Soutenez-vous viticulteurs de ces vignobles car à n’en pas douter nombre d’hommes et de femmes doivent aujourd’hui être étouffés par leurs regrets leur amertume et leur tristesse. Non, rien n’est perdu, non la tempête n’a pas tout emporté, nous pensons à vous, nous viticulteurs épargnés jusqu’à présent par ces caprices diaboliques et nous savons que nous aussi nous ne sommes que les ouvriers d’une Reine dont le caractère ombrageux n’a d’égal que sa beauté lorsqu’elle nous permet de nous affirmer, parfois, comme les révélateurs de sa générosité.
 
Une fois de plus, courage, nos pensées vont vers vous.
 
Nicolas.

Commentaires(1)


  1. Mes pensées vont vers eux aussi! Pas facile.
    La nature à tjrs le dernières mot. L’homme n’aide pas la nature, cependant la grêle, les orages et autres intenpérie fait parti de la nature. Il y en aura toujours.
    Bon courage à eux

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