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Lap dance viticole !

3 juillet 2013 | Par Nicolas Lesaint

(Photo publiée par forevershowtroll)

Et oui, en Gironde et dans de nombreuses régions viticoles françaises, on approche de la période du grand strip-tease de Lady Vitis vinifera. Un effeuillage en règle, sans tambour ni fanfare ni lap dance mais ayant quand même pour but de faire rougir les baies les plus timides.
C’est en fait un terme technique qui cache des manières bien différentes de travailler d’une région à l’autre, d’un viticulteur à l’autre et comme on dit toujours : “c’est par dessus les murs que se font les plus belles améliorations techniques”, alors on progresse aussi en regardant ce que font les autres.
A chacun son moment, à chacun son intensité en passant de l’effeuillage permettant aux grappes de juste apercevoir le soleil du matin à celui exhibitionniste et plus radical dépouillant les deux faces du palissage et enfin par celui ne s’occupant uniquement que des échards. Manuellement, mécaniquement : tout est possible. Le souffle pneumatique, la barre de coupe, le feu ou la pince à épiler, à chacun son choix, à chacun ses moyens car bien souvent le nœud du problème reste là tant la technique peut-être onéreuse lorsqu’on la souhaite la plus précise possible.
L’idée est belle et déjà en 1798, on en parlait mais davantage comme une technique pour limiter le développement de sujets un peu trop vigoureux. Aujourd’hui tout le monde l’a bien compris c’est un des moments-clés de la réussite d’un millésime dans une région viticole où le soleil reste encore un allier et non un lutteur trop rude à maîtriser et dont il vaut mieux se protéger.
En 2013, il ne faut pas se leurrer, tous les moyens seront bons pour réussir à rattraper ce retard physiologique causé par un printemps désastreux. L’effeuillage en sera un.
L’été indien on peut l’espérer.
L’été brûlant, on doit le craindre.
Mais avant tout, il faudra tenter sa chance pour gagner.
Pour savoir adapter sa technique à un millésime, il faut avant tout bien la connaître et percevoir quels seront les effets compte-tenu des objectifs fixés.
C’est ce que nous disent les suisses. Grands techniciens et seuls véritables rédacteurs d’une Revue de recherche viticole, je suis toujours resté admiratif devant la clarté, la précision et l’avant-gardisme de la Revue Agroscope. Et ça tombe bien, ils ont décidé de nous révéler leurs secrets sur le strip-tease viticole.
La base est de savoir quand on veut le faire et avec quelle intensité. Ou autrement dit, je veux bien me dévoiler à toi mais dis-moi où doit s’arrêter le strip-poker.
Un effeuillage précoce proche de la floraison aura un impact direct sur la physiologie de la vigne provoquant une baisse de rendement et une modification de la composition des moûts. En revanche s’il est tardif, c’est-à-dire effectué juste avant la récolte comme on le voit souvent, il ne permettra qu’un gain de temps à la récolte. Enfin, réalisé à la véraison il pourra être très négatif si le rapport feuille-fruit est insuffisant.
Réalisé avant la nouaison, il réduira le nombre et la taille des baies nouées augmentant ainsi le fameux rapport pellicule-fruit tant recherché par certains… Les grappes sont plus lâches et les rendements baisses.
Effeuiller la vigne trois ou quatre semaines après la véraison, lorsque les baies sont en pleine accumulation des sucres, peut provoquer un grand stress au détriment de la maturation si le rapport feuille-fruit est insuffisant.
Quelle que soit la dureté avec laquelle on choisit de découvrir nos raisins au moment de la nouaison, puisque c’est généralement à ce moment qu’on essaie de le faire, entre deux rognages, trois traitements, une tonte et un travail des sols, le développement des entre-coeurs (échards) est stimulé. Jusqu’à présent j’étais persuadé qu’ils n’étaient que des organes “puits”, c’est-à-dire non-productifs de sucres mais il semblerait désormais acquis que dès le stade deux feuilles ils soient eux aussi capables de devenir des organes source et donc de produire des sucres. Je regarderai donc désormais différemment leur développement si anarchique et souvent énervant.
Pour ce qui est de la qualité des moûts, un effeuillage tardif n’aura que très peu d’effet sur la composition finale des jus en revanche avant la véraison il a tendance à permettre une faible augmentation des sucres, une baisse de l’acidité totale, une baisse des pH et surtout une augmentation des concentrations en anthocyanes et en polyphénols.
Mais une fois de plus tout dépendra de deux facteurs inséparables : le millésime et la poigne de l’homme ou de la femme, qui décidera de découvrir l’intimité des ceps.

Alors, maintenant que vous savez tout, ou presque, au travail !
De la théorie à la pratique, il n’y a qu’un pas que nos trente TESA vont bientôt découvrir : l’art de l’échardage et de l’effeuillage ou comment réussir à faire six cent pieds par jour…
Et en chantant s’il vous plait !

En attendant place aux experts et bon entrainement !

Nicolas.

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