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Entre tradition, fatalisme et modernisme mon coeur balance. Oh et puis non !

26 août 2013 | Par Nicolas Lesaint

Savoir ce qui se passe à l’intérieur de ces baies de raisin lorsqu’elles virent au pourpre. Comprendre cette physiologie du changement qui permet au raisin de se transformer pour nous permettre de donner naissance à ces vins, points finaux d’une année de travail. Voilà ce vers quoi nous devrions tous tendre pour mieux adapter notre mode de travail aux besoins du millésime.

Essayer de comprendre, c’est déjà accepter son statut d’observateur tout en étant conscient de la part prépondérante que l’on peut avoir quant à la typicité des vins que l’on souhaite élaborer. Tout cela sans pour autant se croire plus fort que Dame Nature. Mais au contraire, c’est ne pas être passif face à des événements climatiques aléatoires. Chercher à tirer le meilleur parti de ce que notre climat a décidé de nous donner et pouvoir se retourner dans son chai en décembre et se dire voilà, j’ai bien fait de ne pas baisser ma garde et de continuer à me battre quand certains matins le lever du corps était difficile. Personne ne pourra alors m’enlever cette petite satisfaction au coin des lèvres qui me fera me sentir fier de ces douze mois de labeur et de ces cicatrices au coin des bras.

Je ne cherche pas à me sentir plus fort qu’un autre, bien au contraire, mais il faut cesser de croire que notre profession consiste juste à planter de la vigne, observer la pluie tomber, traiter tous les quinze jours et rentrer son raisin le plus rapidement possible pour ne pas rater le premier vol de palombes. Fini le temps où fatalisme et loi du marché permettaient de se satisfaire de ce que le mildiou ou l’oïdium avaient bien voulu nous laisser. Les outils existent, la connaissance a bien avancé et je m’en félicite encore aujourd’hui lorsque je vois la différence entre de nombreuses vignes coulées et millerandées cette année et celles de Reignac.
Trop souvent négligé, ce stade de la véraison est un moment clef. Rien qu’en regardant rougir ces sphères on comprend bien qu’au sein de chacune de ces petites usines se déroulent des révolutions culinaires à faire pâlir d’envie n’importe quel chimiste, alors pourquoi ne pas s’arrêter un moment et chercher à faire un état des lieux qui nous permettra de savoir comment la vigne a travaillé jusqu’à présent et savoir de quoi elle manque.

Autant avant floraison, ce serait plutôt l’état physiologique de la feuille qui peut être intéressant., autant à ce stade du développement, c’est plutôt le raisin. Alors des prélèvements de baies vont nous permettre de savoir, vu le millésime, si les équilibres nutritionnels sont bons et surtout vers quelle stratégie nous allons nous diriger. L’idéal restant évidemment de constater qu’il n’y a rien à faire, mais ne nous voilons pas la face, la tardiveté de 2013 devrait cacher quelques déséquilibres. Autant les connaître. Non ?

Le moindre détail sera important cette année et la différence se fera sur eux. Certes le vin a la chance d’avoir une image de travail traditionnel, d’engagement et de rattachement à ce que le millésime peut nous donner. Un produit noble issu de la terre, de la sueur et du travail du laboureur dont les profondes racines nous rappellent que l’homme issu de la terre dépend de ce qu’elle peut lui donner.
Mais désormais le vigneron est aussi un technicien, un commercial un comptable et un magicien. Un magicien dont les baguettes magiques peuvent être rustiques, traditionnelles sortant du fond des âges mais aussi modernes et douées de forces novatrices révolutionnaires.
Il n’y a plus de place pour les petits millésimes. Ca je l’ai bien compris. Mais cela ne veut absolument pas dire que tous les millésimes doivent se ressembler comme le feraient les années de productions industrielles de n’importe quelle boisson agroalimentaire.
Analyser son raisin, c’est accepter de rentrer dans l’infiniment petit de la vigne et continuer à se rapprocher de son vignoble, notion si chère à bon nombre de viticulteurs. C’est comprendre que la perception seule basée sur le ressenti peut ne pas suffire.
Le modernisme ce n’est pas forcément savoir accepter qu’un matin en se rasant on puisse entendre son rasoir électrique se mettre à sonner et découvrir qu’il fait aussi téléphone et est capable d’envoyer des MMS de vos poils de barbe mais c’est comprendre qu’une certaine technicité peut et doit permettre au viticulteur d’aujourd’hui de toujours mieux mettre en valeur son terroir.

Ce matin donc, en compagnie de JP Cousinié, les premières baies ont été prélevées et déjà des tendances se dessinent mais les stratégies du mois à venir seront plus nettes dans quelques jours.

Ne rien lâcher, ne rien lâcher, savoir rester humble face à ce millésime sans pour autant accepter d’être inutilement balloté d’un pied de vigne à l’autre et de se retrouver la veille des vendanges à se lamenter sur ce qu’on aurait dû faire.

Nicolas.

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