Le blog

de REIGNAC

Shares

Le petit livre noir de Nico

5 septembre 2013 | Par Nicolas Lesaint
Et oui, c’était la rentrée il y a quelques jours. Rentrée des classes et reprise d’une organisation routinière régie pour beaucoup autour des petits et de leurs activités scolaires et péri-scolaires. Pour certains le départ a du être difficile, pour d’autres la nuit aura été agitée par l’excitation des retrouvailles mais pour la plupart ce fut peut-être juste l’acceptation d’un fait que nous adultes nous connaissons tous : de toute façon il faut bien y aller, c’est comme ça.

Dans les vignes c’est aussi un peu la rentrée avec le retour de tractoristes, c’est cool on va pouvoir courir un peu moins dans tous les sens et enfin pratiquer quelques activités que l’on avait mises de côté faute d’effectifs suffisant.

Nous abordons doucement cette période d’observation intense. Un peu comme un dernier round de boxe où l’on jauge son adversaire, le millésime pour conclure efficacement et avec la manière.
On a plus de temps, alors on peut tranquillement se balader dans ses vignes, les mains dans les poches et la Fétuque à la bouche. Mais aussi dans celles de ses voisins. Comparer leurs présentations avec leurs écueils maintenant visibles et parfois irrattrapables comme les cicatrices d’actes manqués au cours de la saison ou de retards à l’allumages souvent sanctionnés rapidement.

Après, dans quelques temps, ce sera à qui démarrera le premier en rigolant dans sa barbe sur la précocité choisie par son voisin avec parfois un petit côté communication et un effet journal de 20h indéniable…
Ensuite, lorsque le nombre de propriétés qui auront démarré se fera plus important le stress montera d’un cran avec la peur de ne pas être dans le bon raisonnement ni dans la bonne stratégie pour atteindre ce que l’on cherche : sa maturité optimale.
Et puis un jour, on démarrera, avec en tête l’espoir de ne pas se tromper. Mais là, ce sera trop tard pour reculer et nous nous retrouverons tous face à nos choix.

C’est une période de transition qui fut précédée d’un marathon saisonnier où il aura fallu courir pour maintenir un tempo adapté au millésime et à la pression parasitaire, contenir une pousse et la gérer au mieux pour ne pas se trouver en situation de coma dépassé.
En revanche, maintenant, il faut savoir freiner un bon coup, lever la tête du guidon et prendre le temps de mieux observer. La transition peut-être parfois difficile à gérer tant elle est tranchée avec ce que l’on a connu jusqu’à présent. Mais c’est bien elle qui déterminera le cap final que l’on pourra donner au travail du chai.


Aujourd’hui, c’est le moment fatidique du premier prélèvement de suivis de maturités des Blancs, histoire de savoir où nous en sommes.
Alors je ressors ma bible, mon nouveau testament à moi, recueillant l’ensemble des quatre derniers millésimes. Petit livre noir qui désormais ne me quittera plus, comme le ferait un pense-bête indispensable devenu un de mes outils de décisions et d’anticipations.
Savoir où l’on va, se remémorer le temps passé en récolte et les volumes vendangés d’habitude sur telles ou telles parcelles, se rappeler certains réglages et autres secrets de fabrication relevant parfois souvent plus du gribouillage savant que d’une procédure alambiquée et structurée.

Le chai se prépare doucement au grand démarrage qui malheureusement ne sera pas pour tout de suite.
Je dis malheureusement parce que déjà la pression monte. Je suis partagé entre la tension de connaitre la météo des cinq à six semaines à venir et l’excitation de se lancer dans le grand bain et pouvoir gérer des situations imprévues. Comme je l’ai déjà dit je ne peux plus nier que je me shoote au dépannage, à la solution trouvée dans le feu de l’action et qui permet en ayant galéré à plusieurs de repartir et de se satisfaire de cet élan de solidarité et d’envie de réussir qui a brillé quelques instant plus tôt.
Voir la satisfaction de l’autre face à une idée venue de nulle part et qui se révèle être la bonne et qui permet de relancer une réception ou une cuve que l’on croyait partie en live, ça n’a pas de prix pour moi.

Et puis ces dégustations de moûts en fermentation, bruts de décoffrage, et qui déjà vous indiquent ce que l’on pourra en faire…

Le sentiment d’être décisionnaire et d’embarquer avec vous tout un groupe vers ce que l’on pourra présenter comme ce que l’on a réussi à tirer d’un millésime.

Etre à la croisée des chemins, face à la prochaine page blanche et prendre son stylo pour partir dans une belle épopée et non pas un crime odieux et crapuleux.

La joie de retrouver dans un verre ce que l’on pensait déjà depuis quelques temps de cette parcelle trop longtemps maltraitée et que l’on a enfin ramené dans le droit chemin de la cuvée qu’on lui destinait.

Pouvoir se rendre compte que sa propre histoire, ses propres sensations et son vécu imprime un vin.

Se dire que oui, on est ensemble, on va dans le même sens et qu’en plus on y prend plaisir. Parce que le plaisir dans de tels moments reste bien la base de la réussite.


Tous ces moments, je les veux et je les attends. Mon palais les réclame, mes mains les appréhendent et ma tête sait déjà qu’ils devraient être encore plus nombreux que d’habitude.

Préparons nous à une longue veillée d’armes et à une récolte flash où les corps et les esprits seront à n’en pas douté encore plus chahutés que d’habitude.
Mais ça, c’est ce qu’on aime, surtout quand le résultat est là.

Je me campe donc bien sur mes jambes, souple sur les pattes arrières.
Je suis définitivement prêt et impatient de participer au bouquet final !

Nicolas.

Un commentaire ?

Vous avez aimé ce blog, vous aimerez sans doute ceux-là :


  • Contact
  • Boutique
  • Vidéos
  • Blog
  • Facebook
  • Twitter
  • Google+
  • Youtube
  • Instagram
  • Tripadvisor