Le blog

de REIGNAC

Shares

Toru, Kuthatou, Pingasout, Twa, Trzy, Three, Drei… Trois quoi !

11 septembre 2013 | Par Nicolas Lesaint

Le chiffre 3 va encore nous en apprendre.
Grâce à lui, les extrêmes seront désormais bien identifiés et les autres millésimes ne seront définis que par rapport à lui.
On sait ce que nous a enseigné 2003 avec sa climatologie toute particulière, ses stress hydriques, ses températures brutales et agressives pour des vignes mal préparées et peu habituées à des conditions difficiles.
2013 sera son opposé. Manque de précocité printanière, freins de pousses, puis démarrage sur la fleur pour enfin avoir un été tout en douceur et en conditions idéales pour un bon développement du végétal.
Imaginez qu’à Reignac, en 2003, le ramassage des Blancs avait débuté le 19 août et que tout était achevé le 29 septembre pour les Rouges. Pour cette année, les hostilités ne devraient certainement pas débuter avant le 10 octobre…

On tempête contre ce millésime difficile, délicat, on ne sait voir une fois de plus que le côté négatif des choses comme nous l’enseigne notre état d’esprit occidental assoiffé de résultats immédiats et reproductibles. Oui 2013 sera un millésime sur le fil du rasoir qui offrira tout un panel de réussites plus ou moins brillantes, mais des étoiles, je vous le garantis il y en aura.

Il est ressorti de 2003 une meilleure compréhension de la physiologie du stress hydrique. Comment le prévenir, comment adapter sa manière de travailler, l’anticiper pour mieux l’appréhender et savoir intervenir lorsqu’on le voit arriver. On en a tiré une meilleure compréhension de la vigueur générale à avoir pour rester crédible et donc de la nutrition azotée à surveiller. Terminé le zéro azote sans pour autant partir dans les effets yo-yo et les excès végétatifs.

Pour 2013 ce sera plutôt une avancée dans la lutte contre une tardivité qui à Bordeaux peut être dévastatrice pour ce qui est de la maturité tannique que nous recherchons tous. Alors on réfléchit, on constate les écarts à une moyenne qui désormais ne voudra plus rien dire puisqu’il parait qu’elle est condamnée a évoluer. Les avis sont partagés mais tous se penchent sur le Potassium et son métabolisme…

Celui-ci joue un rôle important pour le raisin. Il intervient dans la régulation du pH cellulaire, dans la synthèse et la migration des sucres des feuilles vers le raisin, il intervient dans la gestion de l’eau au niveau racinaire (il favorise son absorption) et au niveau foliaire pour ce qui est de la régulation de l’ouverture des stomates et donc des échanges gazeux et dans l’activation de nombreux systèmes enzymatiques. Enfin, l’acidité des moûts dépend du degré de neutralisation des acides par ce même potassium.
Autant dire quand on voit cette jolie liste qu’il est capital, mais ça, bon nombre de viticulteurs le savaient déjà puisque à une époque la notion de kilo-degré a fait bon nombre d’émules…
Mais une fois de plus une clef mal utilisée peut bloquer n’importe quel mécanisme.

Alors ça y va de son analyse de pétioles, de limbes ou de baies pour mieux comprendre ce qui se passe dans ces petites grappes. Et alors là, vous avez toutes les écoles possibles et imaginables en passant par celle qui refuse de regarder : “de toute façon la vigne doit s’équilibrer d’elle-même et doit être le reflet des contraintes du millésime” puis par celle qui dit qu’il ne faut regarder que ce qui se passe dans l’usine à production de sucres qu’est la feuille à enfin celle qui vous dit que c’est le raisin, puits final du métabolisme, qu’il faut savoir appréhender.
M’est avis que si les niveaux de potasse sont bons au niveau des baies, c’est que les échanges se font correctement et que ce potassium permet un bon fonctionnement de toutes les étapes du métabolisme des sucres. J’aurais donc plutôt tendance à regarder à l’intérieur des baies cette année.
Quand on sait en plus que la nutrition azotée lui est liée et qu’a priori cette assimilation se fait correctement cette année voire en excès et que ces excès peuvent entraîner des sensibilisations plus fortes au Mildiou et au Botrytis, je préfère essayer de comprendre comment réussir à maintenir une maturation correcte le plus longtemps possible sans me faire rattraper par la patrouille…
Au final : Potassium faible dans les baies cette année, Azote élevé et donc des signaux métaboliques envoyés à la vigne pour qu’elle continue à travailler pour elle-même. C’est ce qu’on peut voir un peu partout en Gironde avec des vignes plus ou moins poussantes et surtout bien vertes. Alors, l’idée étant de rétablir un équilibre favorable à une bonne orientation métabolique pointe son nez. Ramener ce potassium à un niveau classique pour permettre à l’ azote de ne pas nuire à la maturité phénologique qui je n’en doute pas fera parler beaucoup d’œnologues cet hiver.

Bon, certains diront que c’est trop interventionniste, d’autres parleront de coûts d’intervention enfin l’incrédulité et le fatalisme seront certainement les plus forts dans la majorité des cas, mais pas ici. Pas quand on veut être proche de son terroir et le comprendre dans les années “faciles” comme dans celles plus compliquées. J’entends trop souvent utiliser la notion de “rapprochement” avec ses ceps de vigne ou de “cercle vertueux” grâce auquel la vigne comprend mieux son environnement et sait ce qu’il faut faire pour être en harmonie avec lui. Je dois dire en effet que cette année elle a bien reçu les signaux des conditions climatiques qui lui disent de travailler pour elle et pas forcément pour le bipède qui vient lui tailler les branches et qui lui pique ses graines chaque année.
Comment cette vigne pourrait-elle savoir ce qu’il faut faire pour que son raisin soit adapté au vin que l’on veut faire avec ses baies ?
Où aurait-elle appris l’existence du vin et des bons équilibres qu’ils nécessitent, elle qui normalement ne cherche qu’à se reproduire et à disperser sa nouvelle progéniture en se faisant picorer par les Étourneaux ou gobée par les sangliers du coin ? S’adapterait-elle d’elle même à son plus gros consommateur qu’est l’homme et à ses goût de vinificateur ? Ne serait ce pas un peu égocentrique et pédant ?

Peut-être que le Botrytis “fait partie d’un grand tout où il a son rôle à jouer”, mais désolé ce n’est pas un bon acteur pour les scénaristes que nous sommes ou alors rendez-vous dans la cinématographie liquoreuse.
En revanche savoir pourquoi il se développe, quelles sont les origines de sa croissance et quels sont les déséquilibres métaboliques au sein même de la vigne qui lui permettent de pointer son nez, alors là oui, c’est être à l’écoute de sa vigne et c’est aller dans son sens.

Je continue à croire que nous travaillons avec elle dans une compréhension maximale de ce qu’elle est : un végétal pérenne imbriqué dans un écosystème qui a une influence directe sur son développement. Nous sommes là pour tirer le meilleur de ce qu’elle peut nous donner dans le respect de sa personnalité mais en gardant la typicité que l’on a choisie et qui n’est pas forcément la sienne.
Au-delà de cela, de nouveaux outils s’offrent à nous et il me paraît aberrant de ne pas chercher à les utiliser surtout lorsque ceux-ci ne remettent pas en cause l’économie de l’entreprise par un coût exorbitant. Il faut juste accepter de dire : “je ne comprends pas tout mais j’essaye chaque jour de me coucher moins bête”

A chacun sa stratégie, mais si cette année cette réflexion me permet d’apporter au chai une vendange d’un niveau qualitatif proche ou identique à celui habituel et si cette adaptation nutritionnelle me permet d’accélérer ce mûrissement de trois ou quatre jours sans dérégler l’ensemble du métabolisme des ceps à court ou moyen terme alors oui 2013 m’aura appris cela.

Il faut savoir jongler avec les connaissances, savoir aussi se faire sa propre expérience face à tous ces discours que l’on peut entendre et extirper de tout cela sa ligne de conduite sans être aveuglé par des principes trop réducteurs.

Chaque millésime apporte sa pierre à l’édifice de notre compréhension et à n’en pas douter le chiffre trois reste pour moi porteur d’un haut potentiel de progression intellectuelle.

Nicolas.

Un commentaire ?

Vous avez aimé ce blog, vous aimerez sans doute ceux-là :


  • Contact
  • Boutique
  • Vidéos
  • Blog
  • Facebook
  • Twitter
  • Google+
  • Youtube
  • Instagram
  • Tripadvisor