Le blog

de REIGNAC

Shares

365 jours de notre vie à tous

14 octobre 2013 | Par Nicolas Lesaint

Indiscutablement en ce moment les centres d’intérêts se décalent dans l’espace et dans le temps. D’abord inéluctablement centrés sur l’extérieur et sur l’interprétation des cumulo-nimbus et consorts, les regards tendent maintenant à s’orienter vers les chais, vers ces nichoirs où désormais se trouve le fruit d’un travail de terrien.
Pas jaloux pour deux sous les parents nourriciers peuvent désormais se relâcher et enfin commencer une entrée en léthargie qui leur permettra de traverser un hiver, que le pessimisme humain habitué aux nouvelles démoralisatrices du 20h de Claire Chazal, voit déjà, forcément, comme le plus froid des cents dernières années.
De toute manière il faut être dans la terreur pour ne pas se trouver saisi de surprise face à l’avenir. Donc “autant imaginer le pire pour ne jamais être déçu” semble être le leitmotiv de notre société occidentale.

La vigne quant à elle, ne semble en rien affectée par ces événements et je me trouve bien souvent à envier sa nonchalance souveraine capable d’être tout simplement là, face aux éléments extérieurs et les assumer. Je reçois ce que le ciel me donne, j’accepte le moment comme quelque chose d’inévitable et de forcément marquant pour mon histoire personnelle. Un peu de fatalisme, beaucoup de rigueur et de patience voilà ce que m’évoque très souvent un beau cep de vigne équilibré, dominé par ces incroyables ciels d’automne que nous avons encore eu aujourd’hui.


A chacun d’imaginer le destin de ces raisins et de créer ce que l’on souhaite avec. Est-ce que le vin doit forcément être l’image de son terroir ? Est-ce qu’au contraire ce terroir doit être un outil pour élaborer un vin dont les caractéristiques tendront vers un style, une école ou un genre ?
A chacun son idée là-dessus et bien malin celui qui prétend être capable de pénétrer la zen attitude de ses pieds de vignes, en se mettant plus souvent que la moyenne à genou devant, pour ne faire qu’exprimer ce que cette vigne transpire.
Forcément nous tendons tous vers une identité notable de nos vins. Nous cherchons toujours à valoriser l’effort de dizaines d’années d’engagement par une volonté farouche d’indépendance dans nos choix. Mais le sommes-nous vraiment ? Entre le marché, les contraintes économiques et budgétaires et la mode, il peut être parfois difficile de garder son cap.

Alors, on essaye malgré tout de s’y tenir en gardant toujours à l’esprit que l’on ne pourra de toute manière aller que là où le millésime nous permettra d’aller. Se croire plus fort que son vignoble n’est qu’une utopie que malheureusement trop de personnes semblent avoir adoptée comme principe de travail.

On critique beaucoup 2013 comme l’année de tous les dangers mais mis à part la grêle face à laquelle personne ne peut rien faire si ce n’est constater les dégâts, ce millésime aura été pour moi un prisme amplificateur de notre métier au travers duquel les facteurs dominants de notre profession auront été mis en avant.

Ainsi les gelées printanières m’auront vraiment rappelé l’importance de la tenue d’enherbements bas dans les zones connues pour être gélives mais depuis trop longtemps épargnées par ce phénomène.
La vigueur de mes parcelles stimulées par une atmosphère poussante aura été un aspect capital de la lutte contre le Mildiou et surtout la cicadelle de la grillure.
Le rappel de l’importance des conditions de floraison et surtout le fait qu’il est possible d’agir à ce moment où je pensais, il y a encore un an, que seul le croisement de doigts et d’orteils était efficace.
La démonstration à point nommé qu’en saison la moindre “découverture” de protection peut générer des attaques dévastatrices surtout lorsque l’on voit qu’un seul événement orageux certes violent suivi de quelques matinées humides aura suffit à provoquer une attaque de mosaïque sans précédent sur l’ensemble de la Gironde, c’est vous dire le niveau de pression parasitaire que l’on a trop souvent tendance à oublier.
Et que dire de l’effet terroir sur la tenue du raisin cette année dans sa phase de maturation. Avec un découpage quasiment à la granulométrie prêt des terroirs permettant de tenir ou au contraire obligeant à accélérer le ramassage.
Rien qu’en regardant l’âge des vignes, les cépages et le terroir il était possible de prévoir l’agencement du calendrier de ramassage.

Tout ça pour remettre bien à plat les axes de travail pour les années à venir. Des orientations surlignées par ce qui fait qu’un vignoble est ce qu’il est, non pas une simple photographie mais l’association d’une infinité de lentilles techniques, pédologiques et biologiques.

Nous ne sommes que l’un des leviers qui agit sur cet ensemble, ne l’oublions pas à l’heure où la porte du vignoble pour beaucoup se ferme alors que s’ouvre devant eux celle du chai. Ne soyons pas assourdis par le “bing bing” des pompes à piston arrosant les jus en fermentation mais acceptons ne serait-ce qu’un instant de reconnaître notre place dans un tout dont nous ne comprenons que ce que la lucarne veut bien nous laisser entrevoir.

Le travail du chai est en cours. Le fantasme de la vinification va faire son œuvre. Nous allons agir là où nous pourrons, nous prendrons des décisions pas toujours cartésiennes et souvent orientées par notre vécu et nos goûts. Nous marquerons ces moûts de notre personnalité de vinificateurs en espérant ne jamais dépasser ce que ces vignes, qui maintenant rentrent en repos, ont su tirer de 365 jours de notre vie à tous.



Nicolas.

Un commentaire ?

Vous avez aimé ce blog, vous aimerez sans doute ceux-là :


  • Contact
  • Boutique
  • Vidéos
  • Blog
  • Facebook
  • Twitter
  • Google+
  • Youtube
  • Instagram
  • Tripadvisor