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J+8 : Toujours douter des détails jeune padawane

7 octobre 2013 | Par Nicolas Lesaint
Chaque millésime est différent et nous apporte surprises et éclairements dans la compréhension de ce qui se passe à l’intérieur de ces petites baies. Savoir toujours rester modeste, ne jamais prendre les autres viticulteurs de haut, toujours savoir se remettre en question et jamais céder à la panique même si des fois la cervelle fourmille tellement que toutes les idées possibles et imaginables vous sortent par les oreilles et par la bouche.
Des millésimes comme 2013, jamais vu. Essayer de le rapprocher d’un de ceux que l’on connait ? Pour moi dans le métier depuis 1997 c’est impossible.
La saison, n’en parlons même pas, et pour la période de maturation et de vendange non plus. Même en demandant à Michaël qui nous conseil et qui a plus d’expérience que moi, nous n’arrivons pas à nous rapprocher d’un vécu qui pourrait nos aider. 1976 peut-être ? Je ne peux pas dire, je ne l’ai pas connu mais il semblerait que le Botrytis s’y soit épanoui très rapidement.


Le cracking sur baies comme j’ai pu le voir apparaître dimanche sur des Cabernets sauvignon implantés sur Graves, je n’en ai jamais croisé avant. Entendu parlé oui mais vu, non et encore moins sur des vignes dont je connais parfaitement l’historique cultural et la réactivité face aux intempéries.
Alors forcément, on appelle à droite, à gauche, on écoute on constate mais le biais est toujours le même, ce ne sont pas vos vignes et le nœud est bien là. Le terroir et l’historique cultural des dernières années est tellement capital dans ce qui se passe maintenant que peu de choses sont systématiquement transposables d’une propriété à une autre.
Alors on me dit que la météo va m’aider, “regarde l’anticyclone, il s’installe, la pluie s’est fini pour cette année”.
“Regarde le vent annoncé, rends toi compte un peu de la chute des températures annoncée, 3 à 4°C le matin à partir de jeudi, ça veut dire que dans les bas-fonds ça descendra plus bas”.
“Et le Botrytis tu le connais, les températures froides ça le freine.”
“Oui, mais les rosées du matin qui sont là tous les jours et les températures de l’après midi aux environs des 20°C voire un peu plus haut ça, en revanche, ça le stimule”.
“Et puis le vent de Nord annoncé ben il est pas là alors dans 48h ton cracking ce sera du botryting !”

Alors on réfléchi on pèse le pour et le contre et on démarre, on y va, on ramasse mais doucement comme si on doutait un peu, on fait une petite cuve avec les parcelles crackées mais en gardant un œil sur les autres et finalement, 48h après, ben non, ça n’explose pas. Ça a même l’air de se refermer un peu ces plaies ouvertes et les baies se dégonflent, donc ça concentre.
Alors, on pose son stress par terre, on relève la tête et on réfléchit. On tourne, on vire, des kilomètres à pieds on en fait dans les vignes en calculant le temps qu’il faut pour tout prendre si vraiment toutes ces “madames soleil” ont raison et si cette bombe à retardement lâche.
En plus en dégonflant, les baies reprennent du goût.

Alors, sans avoir peur de passer pour celui qui ne sait pas ce qu’il veut et qui change d’avis comme de chemise on dit “stooooooop” aux Cabernets et on se re-concentre sur les Merlots qui eux sont à point. Je vous dis pas qu’on ne me regarde pas avec des yeux un peu ronds et je ne vous dis pas non-plus que dans deux jours je ne dirai pas que je ne me suis pas trompé et qu’il faut y aller fissa, mais au moins j’essaye de m’adapter et de composer avec les possibles, les réels et les imaginaires.
Je sais tellement ce que c’est que d’agir trop vite, de ramasser sous une impulsion d’adrénaline et de regretter amèrement un emballement nerveux assaisonné au “je ne prends pas de risques”. Dans ces moments là, les tripes et la bile cumulées à la fatigue vous travaillent tellement que la concentration du jeune padawane n’est pas toujours capable de vous faire redescendre sur terre.
Alors, la règle première reste de ne jamais s’emballer.

Ce soir, 37 ha sur les 70 sont rentrés et il nous reste 14 ha de Merlots. mercredi les Merlots seront achevés et nous saurons alors si l’on continue ou si l’on tente le drop du week-end voire même plus…

Tout n’est que doute cette année, aucune certitude n’est établie et bien malin celui qui, du haut de ses connaissances, pourrait déjà vous dire, droit dans les yeux, voilà, j’avais raison tout c’est déroulé comme je l’avais prévu.


Ce qui est certain, c’est que Balthus se prépare à être entonné. Ce sera pour demain si tout va bien, histoire de laisser la place au deuxième tri sur Argiles qui lui arrivera dès mercredi matin. 
Tout n’est qu’un éternel recommencement, une fois de plus je me surprends à me dire que cela fait déjà un an que nous avons vinifié le 2012. Cette année sera passée comme une furie perdu dans cette course viticole que m’aura imposé 2013.

Nicolas.

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