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J+9 : Papa t’es où, t’es où Papa ?

8 octobre 2013 | Par Nicolas Lesaint
Lorsque l’on est agriculteur, on le sait, la période de ramassage du fruit de son travail, que ce soit des pommes, des pêches, du maïs, des noix, du raisin ou tout autre fruit, est toujours capitale et emplie d’urgence. Résultat, le don de soit et le non calcul des heures passées sur l’exploitation sont des notions plus qu’exacerbées chez ceux qui croient en ce qu’ils font. Alors, il est certain que l’on ressort parfois de ces périodes un peu plus usé ou cabossé mais toujours plus riche d’expériences. Cette expérience et ce plaisir à faire bon qui nous motivent et jouent le rôle de pommade pour encaisser tout ça. C’est du Voltarène en pack de six !

Il est vrai que l’on demande beaucoup à tout le monde. Il est certain que pour la plupart c’est aussi un moment important où le salaire grimpe permettant ainsi d’imaginer quelques beaux projets dans un quotidien parfois morose. Mais les dégâts collatéraux peuvent aussi parfois être nombreux.
Tous ces salariés qui donnent d’eux même tout au long de ces longues semaines et dures nuits ne sont pas tous célibataires et dénués de contraintes humaines. On oublie trop souvent que la famille fait elle aussi les vendanges.
Elles sont pour elle certainement moins intenses que pour ceux travaillant dans l’exploitation elle même mais croyez moi que tout est chamboulé dans la bulle familiale au cours de cette période. Absentéisme, fatigue, irascibilité, manque de patience, absence d’écoute et j’en passe. Tout ça peut tendre les relations et forcément peu imprimer des séquelles difficiles à se refermer.
D’un autre côté, les liens peuvent s’en retrouver resserrés, mais le conjoint et les enfants en subissent toujours eux aussi les conséquences.

L’autre doit alors tout gérer, fini la répartition des taches et bonjour la gestion cartésien du quotidien sous peine d’écueils désagréables.
Chaque année, c’est difficile. Ma femme le sait bien ce n’est pas la peine de compter sur moi à partir du moment ou le premier raisin est cueilli. Je n’ai plus d’heures à respecter, je n’en veux plus. Plus de canevas prédéfini, plus de projet personnel à court voire même moyen terme. Mon antre nocturne migre sous les toits de la maison là où je peux rentrer à minuit sans réveiller personne et somnambuler sereinement. Je suis une ombre furtive qui ne fait que passer parlant dans le speed de la journée avec pour seul sujet de conversation le raisin sous toutes ses formes.
Et que dire de ma Lilou qui maintenant a compris que Papa, on ne peut le voir que le samedi ou le dimanche si on se déplace et encore s’il veut bien nous accorder du temps parce que la résolution de pannes passe avant tout.
Chaque année elle encaisse, chaque année elle dort mal ou alors avec sa mère pour compenser le manque et la déception. Au téléphone je le sens bien, c’est dur, la voix est terne et les sujets de conversations d’habitude exubérants sont bien rares. Et puis la phrase est lâchée : “papa tu me manques” et les sanglots arrivent. A dix ans il est toujours difficile de voir éclater sa sphère familiale et ses petits rituels quotidiens même si ce n’est que pour quelques semaines.
Je t’aime ma Lilou, toi aussi tu me manques, vous me manquez toutes les deux mais courage, les vendanges tirent à leur fin tous ces sacrifices n’auront pas été vains. Et puis dans quinze jours les choses vont pouvoir se calmer.

Conjoints, conjointes, femmes, enfants, rassurez vous la vigne va bientôt vous rendre vos moitiés. Ce sera juste un peu plus long pour ceux qui travaillent dans les chais. Pour ceux-là les choses vont s’étaler encore plusieurs semaines. La haute activité va se décaler de la vigne au chai.

Mais que voulez vous, quand on aime on ne compte pas surtout lorsque l’on élabore la boisson des Dieux… ;o)

Nicolas.

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