Le blog

de REIGNAC

Shares

Viticulteur obstétricien, tout un métier…

27 octobre 2013 | Par Nicolas Lesaint

Voilà, on y est. Après une gestation de vingt quatre jours, la grossesse arrive à son terme. Les médecins obstétriciens de Reignac auront veillé tout ce temps la jeune maman, la maintenant dans une douceur protectrice et l’accompagnant régulièrement de caresses de la paume de la main pour ressentir les mouvements intérieurs et savoir, sans artifice, si la température du cocon était la bonne.

Madame C1, jeune maman, va demain matin donné naissance à notre premier enfant de l’année. Elle sera pour cette occasion accompagnée de mademoiselle C26. Toutes les deux ont la joie et l’avantage de vous faire part de la naissance des premiers Merlots 2013, respectivement A et B, qui ne tarderont pas tout de même à partir en couveuses dans leurs berceaux de chêne. Oh, ils n’iront pas très loin, juste quelques mètres à parcourir pour se retrouver dans le petit chai à Malo.
Lors de ces deux accouchements apparaitront leurs jumeaux. Ce seront pour chacun d’elles deux faux jumeaux qui seront éloignés quelques temps de leurs frères et sœurs et mis en couveuses après un petit pressurage et une séparation en douceur… ;o)
Travailler une cuve en fermentation reste un exercice délicat au cours duquel il faut savoir être proche de son sujet si l’on ne veut pas stagner dans la simplicité d’un thème que l’on souhaite développer au mieux de ses aspirations.
Cette année, il aura fallu prendre en compte plus que jamais le niveau de maturité du millésime, les conditions climatiques et l’état sanitaire de chaque parcelle et forcément le travail des marcs s’en est ressenti.

Savoir s’arrêter au bon moment, voilà bien là la plus grande difficulté du vinificateur car alors aucun retour en arrière n’est possible. On peut ne pas avoir assez travaillé ses marc et y avoir alors laissé de bons tanins qui auraient pu venir s’harmoniser avec ceux des barriques qu’on a choisis pour la suite du voyage.
Au contraire, on peut avoir été trop gourmand et trop confiant dans le niveau de maturité de ses raisins, avoir cherché à atteindre absolument la masse tannique habituelle et se retrouver avec de la verdeur, des goûts de marc et des notes amères impossibles à dissimuler.

Alors, on touche, on caresse, on goûte, on sent, on ressent, on devine, on imagine, on anticipe, on se projette dans l’avenir en gardant en mémoire l’origine des raisins et leur histoire.
Dès que le raisin est en cuve en nous nait une attente, un espoir ou au contraire il faut bien se l’avouer, un sentiment de regret voire même de rancœur dans certains cas où sans pouvoir l’expliquer on peut se sentir déçu par une parcelle. Celle-ci aura souvent été compliquée à travailler en saison ou aura vérée plus difficilement où vous aura “trahie” en craquant quelques jours avant la date fatidique de la maturité recherchée… Et là, très souvent, vous pouvez faire tout ce qu’il faut, elle vous apparaitra systématiquement à chaque dégustation en dessous de ce que vous espériez.

L’inverse est heureusement plus fréquent où une cuve regroupant des parcelles que vous destiniez à une certaine catégorie se retrouve explosive d’harmonie ou d’expression aromatique. Là, elle devient votre bébé, votre bijou du millésime que vous allez suivre de façon indulgente tout au long de l’année lui pardonnant toutes ses sautes d’humeurs les considérant comme les soubresauts d’une adolescence ombrageuse.

Comparer ses cuves à des enfants est certainement un peu abusif mais l’image est belle et très souvent reprise parce que ces raisins nous ont demandé tellement d’efforts et donneront des vins tellement marqués par ces mois de travail que l’on ne peut s’empêcher de s’identifier à elles et d’y transposer des sentiments humains et son propre caractère.

Alors demain, le travail va débuter dès le lever du soleil.
Tout est prêt pour que cette matinée soit réussie et reste comme le début d’une enfance douce et agréable.

Nous sommes là, nous attendons cette année 19 accouchements de cuves et 73 de barriques.

Beaucoup d’enfants à gérer, espérons que les astres nous permettront d’avoir des ascendants souples mais avec de la personnalité… ;o)

Nicolas.

Commentaires(2)


  1. Beau texte où l’on sent bien la passion vécue de l’intérieur.
    Il m’apparait en résonance avec ce que j’avais écrit une semaine avant sur mon blog et que je me permet de vous mettre en lien :
    http://www.oenoblogue.com/2013/10/la-naissance-du-millesime-2013-mise-en.html


  2. Merci beaucoup ;-)

Un commentaire ?

Vous avez aimé ce blog, vous aimerez sans doute ceux-là :


  • Contact
  • Boutique
  • Vidéos
  • Blog
  • Facebook
  • Twitter
  • Google+
  • Youtube
  • Instagram
  • Tripadvisor