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Cet hiver je me passe de bonnet !

19 novembre 2013 | Par Nicolas Lesaint

On nous le dit, c’est parti, cette fois c’est certain, le froid s’installe.
Quoi de plus naturel me direz-vous, on est en novembre !

Certains voient cette période comme le début de jours sombres et tristes n’encourageant pas à sortir et stimulant un enfermement sur soi s’accompagnant d’un état dépressif et solitaire. Quel viticulteur peut penser cela ?

Certes, nous rentrons dans une période où le corps va être plus que sollicité et où les aiguilles hypodermiques de l’hiver vont savoir s’insinuer délibérément sous le moindre centimètre carré de peau qui se trouvera découvert. Bonjour la grippe, bonjour les pharyngites et autres gastros, vive le claquement de dents et le bleuissement des mains.
A chacun sa technique passant du Dermophile indien et des chaufferettes spéciales “chasse nocturne aux canards”, aux sacs en plastique par-dessus les chaussettes ou carrément à la combinaison de ski. Je vous assure qu’il ne sera bientôt plus possible d’identifier facilement à distance la personne qui se trouvera dans les vignes. Chaque individu devient dans cette période davantage une forme emmitouflée sous des couches de blousons qu’un Cro-Magnon à part entière.
Le pas va devenir plus lourd, l’effort plus calculé que d’habitude face aux giboulées et l’énervement encore un peu plus violent lorsque, à -4°C, un sarment mal intentionné viendra vous rappeler que oui vous possédez toujours une joue…
Indépendamment de ces petits désagréments météorologiques, forcément il y aura de belles journées où le froid sec vous fera apprécier un lever de soleil de janvier.
Mais l’hiver, c’est aussi une période de réflexion.
Le végétal s’endort mais l’esprit bouillonne. Comme si les neurones tonifiés par le grésil se mettaient à fonctionner plus efficacement parce qu’on leur laisse un peu plus de temps pour trouver de belles et de bonnes solutions aux problèmes qu’on se pose.

Pour moi, l’hiver a toujours représenté un moment privilégié. Peut-être mes origines pyrénéennes y jouent un rôle important mais j’ai toujours attendu avec impatience ce moment de l’année où l’on peut doucement se refermer sur soi et entrer en réflexion parce que le temps le permet, notre maître végétal étant alors profondément endormi.
C’est un moment où l’on peut revenir en arrière et essayer de comprendre pourquoi cet échec, pourquoi cette erreur ou cette réussite et surtout comment tracer de nouvelles pistes de travail pour l’année à venir. Ça calcule, ça imagine, ça fermente dans les têtes et surtout ça échange parce que jusqu’au printemps les personnes “techniques” sont disponibles et en général à l’écoute des autres.
J’aime la sensation de cette époque où tout semble endormi mais où en fait tout cogite et prépare la future éclosion du millésime suivant.

Pendant l’hiver à venir ce sera pour moi beaucoup, beaucoup, beaucoup de visites techniques. On ne s’en donne jamais assez les moyens et si un adage est bien vrai, c’est que le problème que vous rencontrez, plus d’un viticulteur y a déjà pensé et à même peut-être résolu l’imbroglio qu’il suggère en vous. On devrait tous s’obliger à cela : se bloquer des moments pour aller chez les autres et apprendre, apprendre et apprendre encore de ce qu’ils ont déjà vécu. Mais trop souvent le vélo est là alors bêtement, comme un pantin motorisé, on pédale. Pourquoi ? Tout simplement parce que ça monte et que si on s’arrête, on tombe.
Donc déjà, semaine 48, direction Montpellier pour fouiner dans cet antre de la technologie et de la matière grise. Même si certains considèrent les salons viti-vinicoles comme des “pousses à la consommation”, il y a toujours matière à y enrichir ses cellules grises et les miennes sont encore un peu trop rosées à mon goût. Ça tombe bien puisque question logement ce sera pour moi une chambre Kyriad pour personnes à mobilité réduite faute de place…

Demain, la taille démarre. Les sécateurs électriques sont en charge et la lutte de haut vol pour le port des gants de protection va pouvoir débuter… Le crissement des moteurs et le claquement des lames va désormais accompagner la troupe et certainement comme chaque année un certain Rouge-gorge va lui aussi pointer le bout de son bec.
350 000 pieds attendent les tailleurs et l’organisation des deux troupes qui suivent tombant les sarments et nettoyant les astes derrière eux va démarrer elle aussi. Il ne reste plus qu’à trouver les saisonniers qui vont bien, et ça, c’est pas encore gagné. C’est un peu comme les chercheurs : des saisonniers qui cherchent on en trouve mais des saisonniers qui restent on en cherche…

La température peut donc baisser, les flocons peuvent bien voltiger, la chaleur est en cette saison à l’intérieur des crânes de ceux qui veulent progresser.
D’ailleurs je sens déjà la température qui remonte sous mon cuir chevelu.

M’est avis que cet hiver je vais pouvoir me passer de bonnet… ;o)

Nicolas.

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