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Monsieur Tanin et son chauffeur.

5 novembre 2013 | Par Nicolas Lesaint
Quand on me demande combien nous sommes de permanents à Reignac, machinalement le compte se fait très vite dans ma tête pour être certain de n’oublier personne et le chiffre qui me vient alors est 14. Oui, c’est ça, quatre femmes et dix hommes.
Et en fait, non. Nous sommes un de plus. Oui, c’est ça, nous sommes quinze parce que le quinzième personnage, un peu à part, est celui qui chaque matin arrive, très fier de sa personne, conduit par son chauffeur, à l’arrière de sa limousine bleue favorite.
Le pilote lui ouvre la porte et dès lors il peut s’élancer vers ses groupies préférées déjà entassées devant le réfectoire. Après un tour rapide, très rapide même, entre les jambes de chacun il se campe là, oreilles à l’affut, œil brillant, écoutant ce qui se dit et déjà essayant d’hypnotiser celui qui, réveillé en retard, finit au château son petit déjeuner d’une chocolatine discrète… 

A peine l’embauche achevée et déjà c’est le rush vers l’écurie pour recevoir sa gamelle de la journée, du moins l’officielle, sans oublier pour autant d’aller asticoter en passant la vieille jument tout juste impressionnée par ses lourds aboiements. Mais elle aussi, elle aime bien ça, ça lui fait faire un peu d’exercice du haut de son grand âge et ça lui rappelle une lointaine jeunesse. Parce que oui, vous l’avez compris le quinzième membre de l’équipe n’est autre que Tanin le plus placide des Labradors, l’animal le plus pourvu d’une âme humaine lorsque vous preniez le temps de plonger votre regard au fond de ses yeux dorés.
Vouant une passion pour la sieste, bien en vrac au milieu du chemin là où l’envie lui en prenait, histoire de bien ralentir le trafic autoroutier des tracteurs, un culte pour la poubelle du réfectoire et ses trésors cachés et toujours très passionnants et aussi pour les chiennes des chasseurs venant faire les battues visant à éliminer ces satanés chevreuils…
Il était toujours là, docile et placide ne quittant jamais vraiment du regard son Richard favori ou si, juste pour vadrouiller à la recherche de quelques caresses enfantines du côté de l’école de Saint-Loubès.
Truffe en éveil, enfin… en dehors des siestes, un de ses plus grands plaisirs était certainement de caracoler à côté de celui qui voulait bien conduire le club cadet au fond des bois.
Et puis, l’âge venant, c’est plutôt à la place passager que finalement ce genre de balades se finissaient. J’ai encore en mémoire une incroyable cascade de la part de ce Colt Seavers du Club Cadet qui osant se retourner en plein virage, avait disparu dans les poussières du véhicule suite à un salto avant et un triple flip incroyable… Puis très digne, il remonta à côté de moi me regardant pour que je reparte.
Aussi loin que mes souvenirs me portent, j’ai toujours eu des animaux autour de moi. Chats, chiens, ils accompagnent mon mûrissement personnel et savent apporter de la douceur dans la rigueur de notre quotidien.

Tanin était là bien avant que je n’arrive à Reignac mais j’ai bien vite compris qu’il était largement incontournable.
Mascotte, vigie, arme secrète sachant parfaitement déclencher les vendanges nous indiquant à s’en rendre malade à quel moment le raisin était le meilleur…
Ce soir, il nous a quitté. Et j’en connais plusieurs qui en ont gros sur le cœur. Et surtout un. Celui qui l’aura accompagné, dressé, soigné, aimé au quotidien et qui fut la dernière personne dont il croisa le regard.
Les animaux ont un cœur, ils ont une âme, ils savent absorber vos mauvaises humeurs et calmer nos peurs. Il fut de ceux-là.
Demain matin Richard sera seul à arriver.

Plus de rituel, plus de fêtes endiablées ni de regards langoureux lors des repas du midi.
Je ne le verrai plus rentrer discrètement dans mon bureau en été pour se mettre au frais, à mes pieds et je ne râlerai plus face à la pagaille occasionnée par une visite impromptue dans la cuisine. Et ça aussi, ça me manquera.

Au revoir Tanin, repose-toi bien et de là haut, en octobre prochain, fais nous quand même un petit signe que l’on sache quand démarrer le ramassage de nos Merlots.

Nicolas.

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