Le blog

de REIGNAC

Shares

Dernier coup d’oeil sur 2013.

19 décembre 2013 | Par Nicolas Lesaint

Bientôt 2013 ne sera plus.
Écrasé par la roue du temps, chassé vers un passé d’archives, on ne nous épargnera pas d’ici quelques semaines les zappings télévisuels nous rappelant les joies, les peines, les bonheurs, les disparitions, le sang, la chair, l’aube, la nuit, bref ce qui fait que le temps imprime sa marque sur nos magnifiques pattes d’oies naissantes…

Ce chiffre 13 que je n’ai eu de cesse de défendre cette année nous aura pourtant chahutés bien des fois pour nous rappeler que rien n’est acquis, bien au contraire et que si l’homme en est arrivé à ce qu’il est c’est toujours en se battant et en baissant la tête pour mieux résister à la tourmente.

Comment s’en est sorti le monde cette année ? Mal évidemment avec tous ces conflits, toutes ces injustices et cette volonté de ne toujours pas prendre en compte la proximité d’un mur écologique qui bientôt va nous refaire la face.
Mais, comme on dit, les grandes avancées ne se sont pas faites en une journée et c’est petit à petit que les choses évolueront. En local, au voisinage de ceux qui ont déjà compris et anticipent les problèmes à leur échelle.
Alors, comme le Colibri, j’essaie de faire ma part. Améliorant le fonctionnement de l’entreprise dans laquelle je m’investis, la rendant peu à peu moins “anodine” dans son impact environnemental et cherchant à tracer un nouveau chemin, une nouvelle manière d’aborder les choses pour mieux communiquer, échanger et partager nos avancées.

Bien souvent on m’interpelle sur ce thème me demandant avec surprise et incrédulité pourquoi je cherche autant à expliquer les choses. N’hésitant pas à donner mon avis, moi simple responsable technique, petit personnage dans ce grand monde agricole, alors qu’il leur semble que je dévoile un savoir faire que bon nombre chercheraient au contraire à cacher ménageant le silence et entretenant le mystère d’une haute technicité.
Tout simplement parce qu’il y a longtemps que j’ai compris que le progrès vient de l’échange et de la confrontation des points de vues et non du simple buzz calculé en contactant la presse pour orienter les choses dans le sens qui m’intéresse.
Certes cette focale peu parfois servir une idée, une philosophie de travail mais n’aboutit trop souvent qu’à un feu de paille s’éteignant trop rapidement pour générer une révolution intellectuelle réelle. Parce que ma volonté “toute modeste” est bien là.
Comment changer les choses ? Comment bouger les lignes de processus techniques dont les coûts doivent plus que jamais s’intégrer dans une économie d’échelle de plus en plus contraignante ?
Oui, le débat est là. Doit-on continuer dans cette logique d’enfermement de la réflexion intellectuelle ou doit-on mutualiser au maximum nos idées ?
Pour ma part, j’ai choisi mon camp.
Mais combien sont encore dans ce modèle d’enfermement sur eux et de non participation à une ouverture d’esprit et de leurs chais pour parler, échanger, discuter et surtout oser aborder leurs erreurs, leurs échecs, leurs contradictions.
Par exemple, la notion de Bio explose auprès du grand public, mais qu’en est-il réellement de l’ensemble du procès technique, de la gestion des déchets produits et de la viabilité du concept à grande échelle ?
L’oenotourisme est en pleine évolution. C’est bien, mais cela justifie-t-il un passage en caisse à 15 ou 20 euros, voire plus, pour visiter et avoir quelques explications agrémentées d’un tour de chai ?
Ne faudrait-il pas conceptualiser ces visites de propriétés plutôt comme un outil de communication et d’échange pour acheter et consommer le vin que l’on produit sans chercher à “trier” sa clientèle qui se veut alors élitiste ?
Il y a des évolutions viticoles dans ma région et des états d’esprit qui ne me plaisent pas et me renvoie à la figure cette vision à cours terme d’un métier qui pour moi doit rester artisan mais de haute couture.

Mais le temps passant, je suis convaincu que les lignes bougeront. Le mouvement sera-t-il amplifié par Bordeaux et son obligation intellectuelle de perfection ?
Sur certains points techniques je l’espère et je le pense. Une nouvelle génération de techniciens ouverts et peu calculateurs est là. Guettant ce partage, s’abreuvant de la rencontre et de la discussion sans vouloir se cloisonner dans une classification archaïque.
Je me souviendrai toujours d’un fameux repas entre très grandes propriétés auquel j’avais participé en 98 et où les maîtres de chais de chaque propriété réalisaient des échanges de flacons avant de s’installer à table pour manger et où le classement déterminait le nombre de bouteilles à donner pour avoir le droit de s’offrir une bouteille de premier ou de deuxième grand cru classé… C’était il y a seulement quinze ans. J’ose espérer que les choses ont changées. 
Vus les échanges que j’ai aujourd’hui avec certains grands crus de Pauillac, je le pense.

2013 m’aura donc renforcé dans cette vision, dans cette obligation que je me fixe de participer à mon échelle à ce renouveau intellectuel de la profession. Regarder, tester, ressentir capturer ce qui me semble le meilleur de chaque courant technique actuel. Bio, Biodynamistes, conventionnels, mixtes de tout cela, tout m’intéresse et m’enrichit tant que les égos et la certitude d’avoir raison ne se transforme pas en agression systématique.

2013 comme une confirmation que le métier peut et doit changer, comme une année caricaturale de la difficulté de notre job et comme le symbole d’une obligation de partage intellectuel et technique.
Oui, malgré toutes les peurs qu’il aura générées en moi, malgré les nuits blanches et l’exacerbation du fait que l’on soit tout petits face aux éléments, j’ai aimé travailler ce millésime de sueur et d’adrénaline.

Que 2014 soit plus calme et plus fédérateur que jamais, je nous le souhaite à tous.

Notre métier est vivant, à nous de le faire grandir par notre propre passion et le partage de nos expériences. Arrêtons de brandir les épouvantails de nos différences pour ne garder que ce qui nous enrichira tous : notre philosophie et nos expériences objectives.

Nicolas.

Un commentaire ?

Vous avez aimé ce blog, vous aimerez sans doute ceux-là :


  • Contact
  • Boutique
  • Vidéos
  • Blog
  • Facebook
  • Twitter
  • Google+
  • Youtube
  • Instagram
  • Tripadvisor