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Flavescence et bonnets rouges…

17 décembre 2013 | Par Nicolas Lesaint
Il est des sujets polémiques nécessitant des engagements forts que l’on peut parfois hésiter à aborder. Le problème de la lutte contre la Flavescence dorée en est un.
Ce Phytoplasme dont le vecteur principal se trouve être une cicadelle nommée Scaphoideus titanus est à l’origine de catastrophes agricoles magistrales auxquelles aucun viticulteur qui se respecte ne peut rester insensible. Cette véritable gangrène inoculée par la piqûre de cet insecte reste incurable. Se propageant par foyer et se développant à vie dans le cep, celui se trouve alors condamné non seulement à sa propre perte mais aussi à la destruction éventuelle de ses voisins plus ou moins éloignés si l’on ne cherche pas à contrôler son vecteur.

Principalement localisée dans les vignobles du Sud de la France, celle-ci est en train de gagner du terrain non seulement au sein de ces régions mais aussi dans de nouvelles zones comme la Bourgogne ou le Beaujolais. La maladie s’étend, les peurs s’installent, la colère gronde et chacun reste persuadé d’avoir la meilleure technique pour solutionner ce fléau qui désormais aurait même franchi l’Atlantique.

Mais l’Etat salvateur est là et il veille à tout… Ne pouvant rester sans réagir et cherchant à endiguer un problème qui pourrait bien se transformer en Tsunami, comme a su le faire le Phylloxéra il n’y a pas si longtemps que cela, il a établi un plan d’action, une règle de lutte, une tentative de montrer que non, on ne reste pas les bras ballants à regarder mourir ses pieds de vignes.
La règle est simple : deux arrêtés datant de 1987 et de 1991 on été mis en place pour traiter les parcelles mères utilisées par les pépiniéristes et l’autre pour l’ensemble des zones viticoles.

Chaque année, les modalités de lutte ainsi que le périmètre de lutte obligatoire sont fixés par département après arrêté préfectoral. Le périmètre de lutte obligatoire concerne les communes qui ont été reconnues contaminées par le SRPV, après confirmation de la présence du phytoplasme, ainsi que les communes limitrophes. Il est donc obligatoire de déclarer le plus tôt possible, les parcelles susceptibles d’être contaminées aux SRPV, qui, après prélèvement et analyse confirment la présence ou non du phytoplasme.
Les modalités de la lutte obligatoire sont :
  • l’arrachage et la destruction par le feu des ceps contaminés,
  • l’arrachage et la destruction par le feu de la parcelle entière lorsque plus de 20 % des ceps sont atteints et des vignes abandonnées,
  • une lutte insecticide contre la cicadelle vectrice.
  • Utiliser des plants sains, ayant subi un traitement à l’eau chaude ou provenant de zones indemnes de maladies.”

Après, c’est une question de nombre d’applications d’insecticides homologués pour cette lutte en fonction du fait que l’on se trouve ou non dans une commune où l’on a identifié des ceps de vignes ayant des symptômes ou si votre commune touche ou non une commune où l’on a identifié ces symptômes.
Et c’est bien là que le bât blesse car il est toujours difficile d’accepter de réaliser des traitements dont on connait la toxicité, même si l’on utilise des produits homologués en culture biologique (et peut-être même plus puisque ce sont des produits certes “biologiques” mais qui ont des spectres peu sélectifs avec des effets chocs sur énormément d’espèces d’insectes). Le français étant par définition un rebelle vis à vis de l’administration et un coq pour ce qui est de sa communication, le sujet est trop beau pour ne pas être utilisé chaque année.

La polémique fait donc rage en ce moment en particulier grâce à ce viticulteur de Beaune qui vient de se faire épingler pour avoir refusé de faire le traitement obligatoire qu’on lui demandait pour sa zone.

Derrière tout cela, plainte déposée, convocation au tribunal, le grand spectacle médiatique peut débuter. Montée d’association de soutien, pétitions, Etat pollueur, viticulteurs destructeurs sans conscience professionnelle, tout est désormais au bord de bouches dont la rancœur ne peut plus être contenue.
Le problème n’est pas simple et s’il suffisait d’arriver à un équilibre biologique pour enrailler ce fléau la chose serait trop belle. La maladie ne fait que progresser s’exprimant plus ou moins fortement en fonction des années. Les produits sont-ils inefficaces ? Sont-ils mal appliqués ? Où peut-être ne le sont-ils pas tout simplement ?

Les contrôles de l’administration étant peu fréquents sur ce genre de dossier, ce viticulteur aura vraiment joué de malchance si l’ensemble de cette procédure juridique correspond à la suite logique d’une visite inopinée… Ne serait-ce pas plutôt une volonté de buzz médiatique en se tapant bien fort sur le torse…
Mais voilà, nous vivons dans un état de droit dont les règles restent garantes d’un respect des lois établies par notre administration. Parfois bonnes, souvent lourdingues elles sont cependant là pour essayer de maintenir en l’état une situation dont la dérive est flagrante. Combien de fois ai-je entendu ce discours bassement racoleur qui consiste à dire : “moi, la Flavescence, je ne la traite pas. D’ailleurs je ne l’ai jamais traitée, les produits sont nuls, crados et puis regarde, j’ai raison, pas un pied atteint sur mon vignoble ni chez mes voisins, ces idiots qui dépensent leur fric et polluent leur secteur”. Eh, oh, bonhomme, tu crois pas que si tu n’as rien c’est un peu grâce aux autres ? Ne penses-tu pas que ce sont eux qui te permettent à toi de te vanter de ne pas respecter la loi ?

C’est un peu comme le sujet de la lutte contre le ver de la grappe par le principe de la confusion sexuelle où certains se vantent d’avoir un vignoble naturellement équilibré sans pression particulière mais qui en fait se trouvent entourés de viticulteurs qui eux la pratiquent…

Ces produits contre la Flavescence ne sont pas anodins. Aucun produit phytosanitaire ne l’est, c’est un fait. Pour ma part, Reignac se situe sur deux communes, l’une à un traitement obligatoire, l’autre à deux. Je les réalise. Sans plaisir, sans conviction, en traînant les pieds mais avec l’espoir que l’on trouve une meilleure solution dans quelques années, mais au moins je n’ouvre pas la fenêtre pour que cette tempête vienne tout briser chez moi et chez les autres.
Lorsque je regarde mon vignoble à la loupe, en choisissant bien mes matières actives, je me rends compte que l’équilibre biologique reste là, Typhlo, Coccinelles, Forficules, galopent encore. Même si oui, certaines années, des déséquilibres peuvent apparaître.
.
Alors oui, dans cette époque où il est plus tendance que jamais de porter un bonnet rouge que de penser à ses voisins, on râle, on gueule, on brasse du vent médiatique pour occuper un espace dont les journalistes se régalent. La lutte est mise en place et doit être faite il n’y a même pas à discuter là-dessus, le nier serait une preuve de méconnaissance de la maladie et de la gravité du problème.

En revanche doit-on mieux communiquer sur la prophylaxie alternative ? Oui.

Doit-on appuyer fortement sur les organismes de recherche pour nous trouver des solutions plus “propres” et durables ? Oui.

Faut-il davantage de moyens aux GDON pour adapter ces modes de traitements systématiques à une lutte plus alternée dans le temps et dans l’espace sur des zones pas encore infestées ? Oh que oui.

Alors j’espère tout simplement que cette démarche de protestation a été lancée dans ce sens et pas seulement dans l’idée d’un battage médiatique à effet pétard mouillé comme certains organismes savent si bien le faire.

Dénoncer certaines déviances oui, mais à condition d’ouvrir le débat dans l’idée de le faire avancer. L’administration engagée n’est à mon avis pas celle qui pourra donner une réelle ouverture à ce sujet que notre ministère devrait plutôt prendre à bras le corps.

Nicolas.

Commentaires(2)


  1. Les GDON encadrent la lutte mais peuvent amener à une réduction du nombre de traitements. Et ils sont la manifestation de la volonté des viticulteurs de ne pas rester isolés devant le fléau mais bien de l’affronter collectivement et intelligemment. Mais, effectivement, cela a un coût.

    On comprend, au plan humain, les réactions et le soutien à ce viticulteur bourguignon… mais je suis surpris qu’aucun encadrement technique en bio, sinon en biodynamie, ne lui ait conseillé d’intervenir.

    Oui, la recherche travaille sur le phytoplasme et sur la cicadelle vectrice. Mais celle-ci se déplace… rapidement. Et le temps des scientifiques n’est hélas pas le temps des vignerons.

    Cordialement


  2. Nicolas, je n’ai pas la télé, alors les bonnets rouges sont pour moi une vision assez fumeuse de gugusses engoncés dans leur parka et pleins de mauvaise foi, ce à quoi j’espère vous ne comparez vos collègues, encore que… En tout cas, c’est un billet courageux, et votre remarque sur la relative inocuité des traitements au regard des insectes utiles du genre typhlodrome est une surprise pour moi, mais aussi une bonne nouvelle.

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