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Nico Quichotte et Reignac Panza…

10 décembre 2013 | Par Nicolas Lesaint

Le week-end fut intense, volant de visiteurs en visiteurs par ce magnifique dimanche de décembre, Reignac s’est mis sur son trente et un pour offrir son plus beau visage.
Pour ces deuxièmes portes ouvertes et les premières organisées en collaboration avec d’autres artisans, ce fut un beau succès avec même un léger débordement en début d’après midi par le passage d’une marée humaine très intéressée par ce que l’on pouvait lui proposer. 
Petites animations musicales, bons vins, fromages des estives, foies gras, miels et surtout de la convivialité avec des animateurs parfois exubérants et transpirants le plaisir d’être là et de faire connaitre ce qui les animent au quotidien.
Nous avons pris énormément de plaisir à recevoir tout le monde et promis, on recommencera.

Mais, lundi il a fallu bien vite revenir à la réalité d’un rythme hivernal plus rigoureux. Maintenant que l’hiver s’est installé, c’est quotidiennement que les -4°C nous accompagnent et que le grattage des pare-brises ou leur arrosage à coup d’eau tiède devient obligatoire… Vous connaissez Carglass ? Non ? Alors c’est pour bientôt…

La vigne n’attend pas, il faut y aller et désormais enchaîner les façons qui ne supporteront pas le retard si l’on ne souhaite pas se retrouver à courir au début du printemps. Parce que oui, même si tout semble endormi, lorsque vous devez vous occuper de 350 000 pieds, cela nécessite un certain timing…
Déjà trois semaines de taille et donc un bon chantier de tombage des bois et de nettoyage des astes s’offre désormais à nos mimines. Enfin, à celles des saisonniers car oui, ça y est, c’est leur retour en force.
Cette année, le recrutement s’est fait de façon plus “radicale” avec un gros renouvellement et donc beaucoup de nouveaux visages, de nouvelles histoires, de nouveaux passifs en espérant que ceux-ci nous apporteront des ondes positives…


Lundi donc, arrivées des seize nouveaux travailleurs. Enfin, à 8 h 30, il m’en manquait six… Et à dix heures, clairement, quatre ne viendraient pas. Pas prévenu, injoignables et ne répondant pas aux messages, c’est certainement les 2% de pertes dont l’armée parlait à une époque lointaine…
Chacun a pu sortir bonnets, gants, Damart, Moon Boots et ma foi l’esprit est studieux, attentif, motivé pour ceux qui sont là.
Bon d’accord, le lendemain matin deux demoiselles en “camion maison” n’ont pas réussi à se réveiller au bout de la parcelle de travail où elles devaient se rendre. Il faut dire que la veille elles nous avaient permis d’assister à un magnifique mélodrame théâtral à base de jurons et d’un niveau sonore assez haut… Le metteur en scène n’ayant cependant pas apprécié le jeu d’acteurs aussi tôt dans la saison, ce fut dont un passage aux stands de Reignac à 10 heures pour un clac final sans rappel du public… C’est la joie des débuts…


La vigne quant à elle se moque bien de ce genre de choses. Elle est là et le sera encore quelques temps même si la gestion humaine est compliquée autour d’elle. La part humaine de ce métier reste pour moi tellement importante dans sa capacité à créer un groupe, un respect de l’autorité nécessaire et la possibilité pour chacun d’enrichir son soi intérieur, qu’il est indéniable que l’on se doit d’assurer un respect des uns des autres.

Certes, il serait totalement utopique de penser que des personnes qui travaillent ensemble peuvent forcément devenir des amis prêts à partir ensemble en vacances. Et puis est-ce bien le but ? Je ne le pense pas mais le respect de l’autre, de ses différences et des efforts qu’il peut faire, façonné par son histoire, sa philosophie, ses croyances, ses attentes, ses espoirs, ça oui ce doit être un but pour moi dans la gestion humaine.
Notre petite structure reste le reflet de la société dans laquelle nous vivons. Elle prend de plein fouet l’instantané que nous renvoie notre politique, la vision du monde qu’on nous donne au 20h avec sa peur de l’autre et de sa différence, de ce qu’il renvoie de notre propre peur de l’inconnu.
A mon niveau, j’essaye de lutter contre cet état de fait qui veut que des origines autres que celles que l’on connait soient inquiétantes. Je me bats pour que l’acceptation de l’autre soit une priorité dans notre quotidien et aussi, dans ce milieu viticole parfois difficile d’accès rempli de préjugés et d’idées reçues parfois bassement nauséabondes.
Je sais aussi que mes valeurs ne peuvent pas être celles de tout le monde?. Qui suis-je pour prétendre cela ? Sont-elles les bonnes d’ailleurs ?
C’est un peu comme un “bon” vin, enfin un vin que l’on aime. Comment peut-on prétendre faire le meilleur vin du monde, comment essayer de persuader l’autre que notre palais est celui qui sait reconnaître le bon vin ? En revanche, se battre pour faire comprendre qu’il y a une place pour tous et que de la différence naît la richesse de ce patrimoine viticole, là, oui il y a un chemin qui me plaît.

A l’image du vin ? Notre société se raccroche trop souvent à des standards rassurant et évitant des sentiers battus qui font peur parce qu’on ne les connait pas. Les emprunter, c’est s’ouvrir aux autres, c’est accepter parfois d’être surpris, de ressentir une émotion fugace ou au contraire une révélation indéfinissable. C’est faire tomber l’armure des préjugés et être prêt à s’ouvrir à celui qui a créé ce vin.

Alors, lorsqu’au détour d’un rang de vigne, un propos déplacé vient à mes oreilles, un sentiment d’échec m’envahit instantanément trahissant une erreur commise dans l’explication de ma philosophie de travail. “Cent fois sur votre métier remettez votre ouvrage” pour que se tisse doucement un état d’esprit, une vibration intellectuelle qui peu à peu se transformera par des actes pour que cesse cette peur de l’autre et de ses différences.

Je lutte pour cela, à mon petit niveau, à ma petite échelle comme un Don Quichotte viticole dont les moulins seraient désormais remplacés par les préjugés de la nouveauté.

Alors, finalement, ce fonctionnement d’entreprise avec des saisonniers renouvelés fréquemment encadrés par des permanents est certainement une bonne chose et permet de faire avancer les choses dans ce sens.
Du moins je l’espère, même si mon quotidien me rappelle que le chemin de l’acceptation de l’autre est encore long dans cette société dite moderne.

Et puis une petite pensée pour ce grand homme disparu le jour de ma fête et qui en ce moment reçoit les hommages d’une terre entièrement fascinée par ce qu’aura été sa vie. Que son ouverture d’esprit et sa vision reste toujours un modèle pour nous tous.


Nicolas Quichotte.

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