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D’une goutte à l’autre.

27 janvier 2014 | Par Nicolas Lesaint

Aujourd’hui, ça ruisselle, ça coule, ça descend, ça utilise la moindre pente pour glisser, couler, imbiber, emporter et puis s’éloigner pour s’amuser un peu plus loin à perturber notre quotidien. Les cumuls depuis vendredi ? Je ne les connais même pas et puis après tout qu’importe, rien qu’à l’œil on sait que le trop plein est dépassé depuis longtemps.

Par rafales, par petites pluies serrées, par dégoulinades de ces nuages noirâtres, le ciel pleure. Il pleure maintenant depuis trop longtemps pour que cela reste sans conséquences. Les fossés sont remplis, les allées regorgent de boues et de limons et les vignes légèrement encaissées sont transformées en rizières vietnamiennes.
Et tombe la pluie et dégringole des toits et des gouttières, arrose ces ceps désormais bien nettoyés de leur poussière estivale et file droit dans la rivière.

Mais avant, il faut suivre le chemin. De l’allée tu iras au fossé, du fossé tu glisseras au petit ruisseau devenu colossal en quelques heures puis, énervé par la présence de tes congénères humides et après avoir arraché de nombreuses herbes, branches et racines, tu te lanceras à l’attaque de la Dordogne qui elle devra se débrouiller avec tout ce qu’on lui apporte. S’il y a quelques obstacles ? Ne t’inquiètes pas, attends tes collègues et par un effet de levier du dicton bien connu “on arrête le feu mais pas l’eau” tu me pousseras tout cela, tu vaincras ce que le petit humain a mis du temps à construire, ça l’occupera cet été…

Alors déjà samedi je me doutais bien en voyant la figure de mon jardin, en me promenant sur les bords de la Demoiselle Dordogne qui rythme notre quotidien, que lundi ce ne serait pas triste. On connait les coins à aller voir, les traces à rechercher sur les souches, sur les bas de clôtures. Et on y va, fervents, convaincus que cette fois-ci, ça aura tenu, ça a du tenir, il faut que ça ait tenu…
Et puis non, une fois de plus, contrairement à ce qu’indiquait la situation de vendredi soir, le Tsunami est passé, la Laurence s’est énervée. La Laurence c’est quoi sur une carte IGN ? Un ruisseau, un cours d’eau sage et délicat qui apporte de l’humidité l’été, qui alimente notre étang. Un petit trait bleu sur la carte qui ne représente en rien la réalité d’un terrain naturel. Parce que la Laurence, faut pas l’énerver, faut pas dire d’elle qu’elle est un cours d’eau de second ordre sinon elle vous rattrape, vous tape sur l’épaule et vous envoie au tapis après une belle droite placée sur l’angle de votre menton.
Et puis après tout, qu’est ce qu’elle y peut elle si les haies ont disparues en amont si les fssés sont mal entretenus et si depuis plusieurs mandats municipaux elle ne voit plus trop souvent passer le charment cantonnier qui entretenait ses berges.
Que voulez vous désormais l’entretien des rivières, fossés alimentés et autres réseaux aquatiques sont obligatoirement réalisés par les autorités compétentes comme on dit et surtout après déclaration et pas par des locaux ou une municipalité qui pourrait mal faire les choses en empêchant que certaines zones dites tampon soient inondées.
C’est un peu ce qui vient de se passer pour M. Amblevert pépiniériste à Sainte Florence, ancien président du syndicat de la gestion de l’eau qui risque d’écoper de deux mois de prison et de 18 000 euros d’amende pour avoir curé un fossé alimenté qui menaçait de provoquer une inondation collective.
Il a voulu aller trop vite, il n’a pas respecté la procédure, c’était pas à lui de faire ça… En attendant il aurait certainement dû observer les débordements chez ses voisins et crier fort à la fatalité.

Le lâcher prise on vous dit !…

Pour notre petit univers, le problème est bien le même et cette Laurence qui vient lécher les bordures de la propriété sort chaque année de son lit venant s’étaler largement sur nos confortables prairies. On le dit, on le signale mais au final l’été passe, rien ne change et recommence le même cinéma l’année qui suit.

Résultat, il ne fait pas bon se promener dans le bois en ce moment. Certaines zones étant devenues “légèrement” marécageuses. Mais le plus embêtant n’est pas là et au détour d’un virage en remontant le flux incessant qui traverse le bois, l’entrée est découverte. Dégueulant de sa digue, submergeant les buissons alentour, la Laurence a emporté une fois de plus notre clôture la tordant la pliant la sculptant comme le ferait un artiste en pleine création. Le trou béant est là.


Il ne nous reste désormais plus qu’à attendre la baisse du niveau des eaux, l’assèchement des terrains inondés pour voir ce que l’on peut faire. Et puis faire quoi ? Redresser la clôture, sceller de nouveau les poteaux et nettoyer, tout cela on peut en effet le faire. Mais ce trou, oui, cet affaissement de digue en plein bois si nous ne le bouchons pas nous mêmes et si donc nous n’intervenons pas sur la rive d’un ruisseau que l’on a pas le droit de toucher, pensez vous que quelqu’un va gentiment s’occuper de nous ? Et puis même, ça ne ferait que déplacer le problème un peu plus loin, chez un voisin… Après tout, on le connait pas celui-là…
Faut-il accepter cela ou prendre le risque de faire la rencontre de Joe Dalton entre quatre murs ou sous la douche ?

Rigidité administrative, adaptabilité de chacun, gestion de l’urgence, mais aussi respect de chacun vis-à-vis des autres et des conséquences de chantiers sauvages sur le réseau hydrographique, tout cela est à prendre en compte. Mais gardons en nous la raison du bon sens et arrêtons de cacher certaines gestions derrière une législation et un droit déshumanisant.

La semaine s’annonce terrible, le robinet de douche n’est pas prêt  à être fermé et de très gros coefficients de marées (114) sont annoncés pour la fin de la semaine…

Je me plains, je me plains, mais je reste conscient qu’en ce moment on n’est pas les plus à plaindre et que l’alerte rouge n’est pas encore sur nous. Landes, Pyrénées Atlantiques, Midi Pyrénées mais aussi ceux qui ont déjà été bien touchés la semaine dernière dans le Sud-Est devront rester sur leurs gardes.
J’ai encore en tête les images de ces vignes visibles après une submersion qui les a transformées en un amas de souches de branches et de boues arrachant palissages et pieds de vignes.

Retournant quelques instants voir couler les drains de certaines parcelles et de quelques allées, je me demande si nous verrons la fin de ce mini-cataclysme alors qu’apparaît un soleil puissant chargé d’une douce chaleur.
Une guirlande grise sur ma droite attire mon regard.
C’est un jeune Saule, ces branches souples pliant sous l’humidité actuelle libèrent déjà leurs premiers chatons de fleurs… Nous ne sommes que fin janvier… Et les problèmes ne font que commencer…

Nicolas. 

Commentaires(1)


  1. La belle giclée de boue côté conducteur de mon sénic ne vous contredirons pas :p.

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