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J’ai trouvé la colline de Frodon !

24 janvier 2014 | Par Nicolas Lesaint

Il est 15 heures ce mercredi après midi et un ciel bas, gris, roulant des nuages chargés d’humidité nous menace d’une énième saucée. Bon, remarquez, à vrai dire, peu m’importe, je suis en voiture. Plus exactement, nous sommes en Twingo arrêtés devant une magnifique chaîne qui nous barre l’accès du parking que nous convoitons.

Ah ! Un interphone sur ma gauche. J’appuie :
Oui, bonjour, M. Lesaint du château Reignac, nous avons rendez-vous avec M. Corporandy pour une visite !
Je vous ouvre !

Et là, magie ! De celle qui vous met d’entrée dans l’ambiance, la magnifique chaîne qui reliait les deux pierres massives de l’entrée descend en terre pour nous laisser le passage…
Oui, vous l’avez peut-être compris à l’évocation du nom du chef de culture qui nous reçoit, nous venons visiter le prestigieux Château Cheval Blanc…

Voilà maintenant deux années que cette magnifique propriété dont l’aura mondiale n’est plus une découverte pour personne, a construit un nouveau chai. Celui-ci a énormément fait parler de lui de par sa conception qui se veut raisonnée, écologique (HQE) et surtout très design. Mais voilà, que voulez vous, quand on a la tête dans le guidon et les pieds dans les vignes on est souvent les derniers à découvrir les innovations des voisins…

Une chose est certaine, les problématiques que l’on rencontre dans notre quotidien ont forcément asticoté les méninges de quelqu’un d’autre à un moment donné. De ces réflexions sont alors nées des solutions que parfois on continue à chercher tout seul dans son coin. Une fois de plus c’est de l’échange et des visites extérieures que l’on peut faire naître nos plus belles améliorations.
C’est donc décidé, cette année et pour les années à venir, nous nous obligeons à sortir de Reignac et à visiter d’autres chais. Tous les mercredis, on en parle et on fixe nos prochains objectifs. Le premier sera Cheval blanc et la semaine prochaine certainement Pontet-Canet…

Nous faisons donc une arrivée discrète à deux voitures sur une propriété en pleine effervescence. Tractopelles, camions, mini pelles, ça travaille, ça creuse avec de toute évidence une mise en place des abords et la touche finale à un chantier qui, si tout va bien, s’achèverait nous dit-on fin juin.
A peine descendus et déjà Nicolas Corporandy arrive et débute la visite…

Au final, 2h30 d’explications et d’échanges en toute simplicité et dans une transparence qui me confirme que oui, nous entrons dans une époque où la génération actuelle qui tient les rênes des propriétés viticoles a compris que le partage entre techniciens était la base d’une véritable amélioration, et ça, ça me plait bien.

Je dois bien avouer que je trouve ce chai assez incroyable de beauté brute et de fausse simplicité technique où l’on sent qu’une longue réflexion et une prise en compte des contraintes de travail aura été un des fils conducteurs de la construction.
Tout est caché, rien n’est apparent pour laisser la place à des cuves en béton extrêmement design. Et puis la place ! Quelle place pour travailler, on se sent dans un espace aérien lumineux mais lumineusement naturel permettant au caviste qui y vit de rester en contact avec ce qui se passe à l’extérieur.


Belle richesse technique de pouvoir détenir 52 cuves de différentes tailles permettant une sélection parcellaire parfaite après une mise en chambre froide de la vendange pour être certain de ne pas avoir à faire de mélanges d’origines pour achever le remplissage d’une cuve.
Pas de robinets apparents, tout est caché sous ou dans les doubles parois béton des cuves thermo régulées par une circulation eau chaude ou froide dans une double paroi, la classe…


Et puis, le détail qui tue, la goulotte autour des cheminées de cuves récupérant les eaux de rinçages ou les éventuels débordements lors des remontages et canalisés vers l’extérieur pour ne surtout pas couler sur les parois des cuves. Au final, des cuves magnifiques et un sol en grès d’une incroyable luminosité démontrant une rigueur certaine lors des différents travaux de vinification. Peut-être y a-t-il aussi une réelle protection des cuves lors des vinifications il faudrait venir dans ces périodes là mais, comment vous dire, on est un peu pris à cette époque…


La communication extérieure avec la partie conditionnement est couverte, ce qui permet d’avoir un abri permanent pour les matières sèches, camion d’embouteillage, réception de vendange.
Puis, c’est la descente dans les stockages bouteilles et chai à barriques enterrés et la découverte d’une arrière boutique technique cachée derrière un incroyable  Moucharabieh de briques “climatisant”…


Pour un prestataire, pouvoir travailler sereinement sans être au milieu des cavistes, à la lumière, au milieu d’un réseau électrique parfaitement identifié et superposé pour être mieux suivi, ça doit leur donner envie de solutionner des pannes. Sans rire, ça sent vraiment la haute réflexion avec la quasi totalité des appareils et des lignes électriques situés à hauteur d’homme…

Puis c’est la remontée vers la surface pour émerger au sommet d’une colline herbacée peuplée à souhait de Pennisetum et autres Myscanthus, parsemée de-ci de-là de Pins torturés.
Appelez-moi Frodon !
Je n’avais pas réalisé qu’à Saint Emilion il existait de telles collines.



En fait non, bien sûr, nous débarquons sur ce qui ajoute une autre dimension à ce magnifique chai : sa coque, son enveloppe, son isolation écologique qui forcément, moi qui ai réalisé quelques modestes toits végétalisés et murs végétaux autour de ma pompe à chaleur maison, me laisse sans voix.

40 cm de terre parfaitement composée changent tout. Imaginez la même chose avec à la place une isolation classique intérieure…
Le panorama est magnifique le chai prend alors une dimension que je n’ai pour l’instant trouvée nulle part ailleurs, nous sommes au sommet d’une colline, le monde peut bien s’agiter en dessous, moi je reste là. Bon à part un bâtiment rouge qui accroche un peu l’oeil, sur l’arrière, chez un voisin…

Restent les choix techniques, culturaux, ceux de vinifications et d’élevage qui sont propres à cette propriété, son histoire ses contraintes de fonctionnement et les expérimentations propres de ses techniciens. Nous ne sommes pas là pour en discuter. Mais l’outil de travail reste magnifique de dimensionnement de conception et d’esthétisme.

Le Cheval blanc 2006 dégusté par la suite nous a confirmé le contrôle technique et œnologique des vins, dont la finesse et l’élégance pour un tel millésime marque bien la recherche d’excellence qui accompagne un tel projet de chai.

Le ciel s’assombrissant alors rapidement et l’Ouest commençant à bien nous faire comprendre que notre retour à la réalité se ferait sous des trombes d’eaux, le au revoir à notre Hôte fut rapide et l’arrivée aux voitures accompagnée de sourires ravis de la part de Marion et de Mona.

Mais euh, les filles, comment vous dire, je pense qu’on va avoir un petit souci, j’ai laissé les phares allumés…
Ah ah ah ah ah ! La bonne blague, tu rigoles !
Tu rigoles ?
Non ?
Ben non…

Et tombe la pluie…

Allez, les filles, faut pousser !

C’est donc “très dignement”, et sans rouler trop rapidement, c’est de toute façon toujours dangereux sur un parking, que nous nous sommes éloignés des bureaux, poussant notre Twingo qui heureusement après quelques hoquettements disgracieux a bien voulu démarrer nous redonnant un peu de la dignité que j’avais fait perdre à tout le monde…

Encore merci à Nicolas Corporandy pour avoir pris de son temps pour nous recevoir. Nous repartons chargés d’idées et enrichis d’un échange plus que pertinent.
A quand un toit végétalisé à Reignac ?
Bon, je pense que je vais d’abord retravailler celui de ma pompe à chaleur…

Nicolas.

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