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Prenez une feuille interro surprise !

9 janvier 2014 | Par Nicolas Lesaint
Hier après midi, ce fut en quelque sorte un retour en arrière, une pirouette gustative plus exactement, pour retrouver un millésime 2012 qui maintenant s’approche raisonnablement de la fin de son élevage. Encore quelques mois et puis hop, ce sera le grand saut final vers ces fameux derniers petits contenants que vous pourrez emmener chez vous…

C’est toujours un plaisir de reprendre les dégustations d’un millésime que l’on a sagement laissé maturer pendant toute la période des vendanges, se refusant à jeter le moindre bout de langue dessus, parce que trop concentré sur les petits frères en plein accouchements. C’est un peu stressant il faut bien se l’avouer quand même aussi…
Se rapprochant de la ligne d’arrivée, pour ce qui est des actions que l’on pourra avoir encore sur ces vins, cette reprise de contact révèle inévitablement en nous, soit de la satisfaction pour avoir pris les bonnes décisions il y a bientôt quatorze mois, soit au contraire un sentiment d’échappement et de désolation. Ce peut être le cas pour la perception que l’on a de certains lots que l’on a pas su bien comprendre, écouter et que, manquant de recul comme des parents bornés et aveuglés par leurs histoires, on s’est obstiné a pousser dans une voie qui ne leur convenait pas.
Savoir se débarrasser de ses contraintes de production et de ses à priori pour mettre en valeur un produit, voilà bien une qualité qu’il nous faut encore développer dans nos palais et surtout dans nos têtes.
Ce fut donc une interro surprise, un contrôle comptant pour la moyenne finale et avec un coefficient assez fort en plus parce que la fin de saison approche…

Pour certaines parcelles, la trame est transparente et la visibilité du potentiel du raisin qui en sort pourrait être comprise par un enfant dont on aurait éduqué le palais. Pour d’autres, et ce sont parfois les plus intéressantes puisqu’elles nous poussent à la réflexion et à une évolution d’une année sur l’autre, les forceps, les radiographies gustatives, fermentaires et d’élevages sont nécessaires.

Toujours est-il qu’hier après midi, les vingt trois bébés 2012 nous ont été amenés et chacun a pu subir un examen complet avec notations qualitatives clichés instantanés de haut en bas et de bas en haut et manipulations linguales pour formaliser la future association qui donnera naissance à nos trois cuvées.
Je ne dirai pas que tous ces lots nous ont permis de nous conforter dans nos choix initiaux et certains élèves nous ont même ramenés à une modestie de vinificateurs et de viticulteurs nécessaire pour avancer. Mais la satisfaction est malgré tout là et la réunion des différents lots pour commencer un préassemblage virtuel en fin de consultation, nous a vraiment ramené un sourire aux lèvres qui au début restait teinté d’expectative : vins encore froids au moment de la dégustation, certains ayant indubitablement besoin d’oxygène… Mais après deux heures de discussions, de réflexions, de retranscriptions de l’histoire qui nous a amené à cet après midi du 09 janvier 2014, le moral remonte pour finir sur une évidente constatation : c’est de la différence que naît la richesse. Ou comment des qualités et des défauts de chacun germe une harmonie que l’on a tort de rechercher systématiquement dans chaque origine parcellaire.

On le sait bien, le vin parfait n’existe pas, c’est une lapalissade puisque de cette notion dépend le goût de chacun. De l’équilibre d’un vin il en est de même et c’est bien là qu’est la force d’un assemblage, la puissance d’une association de fratries géographiquement séparées, d’âges différents et d’histoires réinventées à chaque millésime.
Oui, il est certain qu’il existe des parcelles qui donnent des vins qui ont déjà tout en eux. Comme ces deux lots de Balthus l’un sur Graves l’autre sur Argiles. Mais la sélection de cet idéal œnologique selon nos critères n’est pas sortie un jour d’un claquement de doigts ou d’une surprenante rencontre un soir au détour d’un robinet dégustateur. Non, le travail aura été long et désormais pour ces deux sélections, les choix sont “simples” et transparents. Ils possèdent l’avantage de ne concerner que des volumes “restreints” 8 à 10000 bouteilles, il ne faut pas l’oublier. C’est un peu le principe des vins de garages pouvant atteindre de très beaux niveaux qualitatifs sur de faibles quantités, ça, nombreux sont ceux qui arrivent ainsi à créer leur propre excellence.
En revanche, lorsque vous basculez sur des dimensions beaucoup plus importantes comme 190 000 bouteilles pour le Grand Vin de Reignac, c’est une autre paire de manche et là, ce n’est plus l’individualisme d’une personnalité qui parle mais au contraire la force du groupe et de sa diversité de caractères. Ou comment la confrontation d’une masse tannique avec une fraîcheur exacerbée enroulée par une sucrosité bien dosée peut révéler un équilibre général que personne ne pouvait penser atteindre sur un millésime aussi difficile que 2012.
Mais si, rappelez vous les décalages de floraisons et ce basculement de véraisons lent et laborieux qui nous a obligé à attendre, attendre et attendre encore les baies retardatrices qui risquaient de nous marquer négativement les équilibres finaux.

Les Cabernets francs et les sauvignons se sont révélés comme de parfaits éléments structurants, accompagnant des Merlots flatteurs à souhait de cette jeunesse que j’adore dans le Grand vin. Le Château sera on ne peut plus gourmand avec cette bouche croquante que désormais nous suivons de très prêt.

Quant au Balthus et en particulier ce lot de quarante cinq hectolitres issu de raisins sur Graves de la parcelle dite la Tour, je ne garderai en tête que l’exclamation de plaisir de Mickaël commençant à peine à le déguster…

Reste alors les deux derniers contrôles qualité à effectuer et pas de moindres : Marion, Anne, Mona et un peu plus tard dans la soirée, ma femme dont je connais désormais très bien les goûts, les couleurs, la franchise et le franc parler pour ce qui est des vins, de leurs qualités et leurs défauts avec une objectivité éditoriale qui indubitablement fait avancer…

Ce soir, la bonne direction semble prise. Les derniers mois avant l’assemblage final seront décisifs, mais déjà 2013 nous rappelle du bout de l’oreille pour nous demander de ne pas l’oublier comme le ferait un jeune garçon jaloux de son aîné.

“Ok, pas de problème mon p’tit gars, tu prends une feuille A4, tu la coupes en deux et tu inscris ton nom en haut à gauche, interro surprise pour toi aussi !…”

Nom d’un chien, que cette formule trop souvent entendue au collège et au lycée raisonne encore en moi comme un leitmotiv provoquant une brûlure au creux du ventre et un stress impressionnant, même à quarante ans…
Mais c’est pour la bonne cause et ça fait toujours du bien de se faire un peu peur pour mieux se rassurer après…

L’exam de 2012 est bien engagé mais le bachotage de 2013 ne fait que débuter…

Nicolas.

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