Le blog

de REIGNAC

Shares

En attendant le 24 février…

21 février 2014 | Par Nicolas Lesaint
Il est des moments comme ça où tout se choque, se frotte, s’entrecroise, se mêle pour laisser la caboche un peu plus déformée qu’avant. Les fronts sont nombreux en ce moment entre le millésime décrié avant d’être goûté, le fameux procès pour non-respect des arrêtés préfectoraux en ce qui concerne la lutte contre la flavescence dorée et la révélation d’une situation plus que difficile pour bon nombre de viticulteurs à l’aube de ce nouveau millésime en plein début d’éclatement printanier.
Je m’étais dis, allez hop, c’est les vacances scolaires, je pose tout une semaine, je coupe l’ordinateur avant le grand boom qui ne s’arrêtera qu’après mi-août, mais je crois que je n’aurai jamais passé autant de temps que cette semaine sur la toile depuis que je l’ai découverte en tant qu’outil d’expression viticole.
Combien les idées ont-elles besoin d’être débattues pour en comprendre véritablement leurs sources. Combien faut-il se frotter aux autres pour expliquer sa vision, décortiquer ses pensées, ses convictions et découvrir le fondement de celles des autres.
Lorsque je lis les commentaires de soutiens sur cette page FaceBook ouverte pour soutenir Emmanuel Giboulot je n’y trouve trop souvent qu’amalgames et vision biaisée de notre profession et de nos contraintes. Viticulteurs pollueurs, obsédés par leur rentabilité et ne prenant en comptant que ce que leur terre pressée au maximum peut leur rapporter. Et de mélanger lutte contre la Flavescence et traitement à l’Arsenite, se demandant ouvertement si nous sommes bien encore en démocratie, appelant à une insurrection nationale dénonçant un état institutionnellement dictatorial. Comme si Kiev était à notre porte, comme si toute loi devait être contestée en ce moment et ramenée à une simple décision momentanée validée par des politiciens illégitimes.
Comme je le lisais cette semaine j’ai vraiment l’impression que tout jugement, toute contestation se veut être récupérable et l’est au nom d’une liberté de contestation  favorisant ainsi un immobilisme d’état. Comme si la démocratie et la liberté d’expression étaient devenus des freins permanents à l’évolution.
Bonnets rouges, quenelles et autres mouvements contestataires se développant dans le terreau d’un marasme rendant fertile la rancœur des uns et la déception des autres. A quand des quenelles de viticulteurs devant leurs vignes ou devant leurs chais refusant de faire leurs déclarations de récoltes ou d’envoyer leurs prestations viniques sous couvert de liberté d’entreprendre. Capitalisme libertaire, anarchisme cultural, où va-t-on, quelle direction prenons-nous si nous n’acceptons plus d’évoluer dans un état de droit.
Certes cet état doit savoir écouter ses citoyens, et ce sont bien eux qui sont les rouages d’une structure qui se doit d’être en perpétuelle évolution mais dans le respect des règles établies, votées, validées par les autorités mise en place par le système politique que l’on a choisi.
Un peu de prime à l’émotion par-ci, un peu d’amalgame de l’autre et le tour est joué pour opposer une fois de plus le Bio au non-Bio.
Combien de temps faudra-t-il encore expliquer qu’il n’y a pas qu’une vérité mais tout un arc en ciel des possibles où chacun doit trouver sa place et que traiter ne veut pas dire systématiquement polluer. Impacter oui, agir sur son environnement définitivement oui, détruire et assassiner ses semblables, la caricature est trop forte.
J’entends une incompréhension de certains producteurs Bio face au fameux Certiphyto refusant pour certains de le passer parce qu’ils n’utilisent pas de produits de synthèse. Mais le cuivre et le soufre sont de produits classé AQUAtoxiques pour l’environnement avec certaines formes de cuivre classées cancérigènes de même que les pyrèthres, insecticides classés Bio sont des neurotoxiques tout comme les bouilles naturelles de Tanaisie en renferment. En être conscient est donc une bonne chose, savoir s’en protéger en est une autre.
Aucun produit n’est neutre, aucune action n’est sans conséquences. Le fait de traiter impacte dans un sens, ne pas le faire fait pencher la balance dans l’autre sens.
Alors oui, le 24 ce viticulteur sera jugé. Bien évidemment les risques encourus sont largement au-dessus de ce qui sera décidé par ses juges. Pour l’amende qui pèsera sur la viabilité de l’entreprise…
N’aurait-il mieux pas valu agir autrement ? Ouvrir un débat de la même manière, interpeller les gens sur le problème, appeler à un soutien cohérent et recevable pour lancer une grande table ronde sur le sujet. Et si tous nos concitoyens étaient aussi sensibles que cela à ce problème environnemental et de santé publique ils auraient certainement répondus présents de la même façon, non ? Ou alors il y a bien une volonté de se positionner en opposition à un système politique et à une bureaucratie dont la lourdeur est, il est vrai, trop souvent insupportable…
Et moi de penser à François percuté de plein fouet par cette Flavescence en mai 1999 et obligé d’arracher cette parcelle atteinte par cette gangrène sur 40% des pieds en moins de trois années.
Ou encore à Pascal racontant participer chaque année au dépistage des pieds atteints pour les arracher, les marquants à la peinture et voir le propriétaire gratter au couteau ces marquages pour les voir disparaître.
Ou encore ce viticulteur en zone obligatoire de traitement me dire que non, lui ne traite pas, ses voisins le font.
Et on se demande encore pourquoi malgré tout cela la maladie progresse et que bien souvent l’évolution de la maladie paraît incompréhensible, ou si, parce que les traitements ne marchent pas, alors autant les arrêter !
Et si le vecteur le plus important n’était pas la cicadelle mais l’homme lui-même et son incapacité à respecter les règles ? Et quand en plus le symbole de cet humain est un coq…
Nous voilà rendu à plus de 400 000 signatures !
Que restera-t-il de cet évènement médiatique ? De la suspicion, de l’incompréhension, de l’aversion et encore une rangée de parpaings entre ceux qui savent et ceux qui essayent d’améliorer les choses.
Alors oui j’imagine que ce soir Emmanuel Giboulot doit mal dormir et certainement se trouve être dépassé par cette situation mais qu’il se rassure, je ne doute pas un seul instant que toutes ces personnes qui ont signé ce soutien sauront se cotiser pour payer l’amende qu’il risque d’avoir et ainsi lui permettre de poursuivre ce travail de viticulteur et de passionné débuté il y a trente années.
Deviendra-t-il le symbole d’une nouvelle ouverture et d’une véritable volonté de changer les choses de façon constructive, je l’espère.
J’attends juste de voir l’après-procès.
Nicolas.

Commentaires(8)


  1. Merci. Juste merci.
    Luc, vigneron.


  2. Oui, très belle note, tout est dit !
    Je vous citerai certainement sur mon blog…
    Bonne continuation (des deux côtés de l’écran)


  3. Merci beaucoup, je découvre à l’instant ce que le parquet a requis et qui est en délibération pour le 07 avril : “Une amende de 1 000 euros, assortie pour moitié du sursis, a été requise à son encontre”… Finalement, les risques n’étaient pas si élevés que les titres racoleurs voulaient bien le faire croire. Reste à espérer maintenant que le débat va vraiment être ouvert et que cette condamnation, si elle est confirmée, ne va pas révéler plein de petits Giboulot en 2014


    • Pour le symbole… d’un autre côté, certains criminels écopent de peines si légères que voir un viticulteur écoper de prison ferme m’aurait fait de la peine (malgré un choix des plus inconscients et égoïstes vu le risque de propagation de la maladie aux domaines voisins).

  4. Guillaume Gondinet


    Merci Nicolas pour ce message pertinent et plein de bon sens, denrée en pleine pénurie actuellement.

    Effectivement, comment donner du crédit aux instructions préfectorales après cette réquisition du parquet ? Comment pourrait-ce en aller autrement que d’alimenter davantage le climat délétère de contestation à tous crins issu du marasme ambiant et de l’incohérence bornée de l’administratif, comme tu l’as décrit ? Et enfin – et surtout – comment corriger l’impact médiatique extrêmement néfaste auprès du grand public ?

    Je reste pessimiste vis-à-vis de toutes ces questions – verrais-tu des raisons d’espérer une prise de conscience différente ?


  5. Je pense que désormais, tout va dépendre de l’attitude des autorités pour la mise en place de table rondes de travail, ou pas. Mais je reste persuadé qu’à partir de cet été, lors des prochaines périodes de traitements obligatoires, nous allons malheureusement avoir droit à beaucoup d’autres éclats médiatiques peu constructifs


  6. Dans cette histoire, on oublie aussi un peu de dire que ce viticulteur ne revendique pas de n’avoir rien fait, mais d’avoir utilisé des méthodes naturelles pour lutter contre cette maladie.

  7. Nicolas Lesaint


    Pour l’instant non reconnues comme efficace pour lutter contre le vecteur de cette maladie.

Un commentaire ?

Vous avez aimé ce blog, vous aimerez sans doute ceux-là :