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de REIGNAC

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Et Palmer fut à nous… Enfin, pour quelques heures c’est déjà ça !

10 février 2014 | Par Nicolas Lesaint
Comme je le disais donc précédemment avant d’être coupé par le Figaro, le vendredi devient sacré à Reignac, c’est le moment où nos esprits s’ouvrent aux autres se tendant vers nos voisins pour mieux comprendre leurs visions du métier et surtout la traduction qu’ils peuvent en donner avec des moyens techniques différents des nôtres.
On en profite, l’hiver est toujours plus propice pour ce genre de déplacements. Au cours de la saison où bien souvent le marathon est lancé, et là, tête dans le guidon il est toujours plus difficile de s’échapper quelques instants sans culpabiliser un minimum ou alors il faut que ce soit pour quelque chose de très précis : une démo, une présentation,… Enfin vous me comprenez, un je ne sais quoi qu’on espère voir nous aider à mieux supporter les éléments et leur pression herculéenne…

Donc vendredi dernier, c’était de nouveau migration chez nos voisins médocains pour découvrir une “petite propriété” toute nouvelle mais qui monte qui monte, située sur la commune de Margaux. Mais si, vous savez bien avec ce château magnifique en bord de route et ses grandes tours recouvertes d’ardoises avec un très joli parc tenu au cordeau. Non ?
Bon, je vous aide : Je suis une propriété de 55 hectares implantée dans l’appellation Margaux, avec un encépagement plutôt atypique pour la région puisqu’il possède près de la moitié de sa surface plantée en merlot le tout sur des graves maigres, le tout évidemment à 10000 pieds/ ha, deux vins rouges y sont produits, et la vision de la dégustation est la suivante : “c’est la rencontre entre deux êtres vivants, l’homme et le vin, qui se livrent l’un à l’autre”, je suis, je suis…
Et oui le Château Palmer !


Bien évidemment “petite propriété” était de l’humour. Je me souviens encore de mon trajet dans ma vieille Ford Fiesta pour passer mon premier entretien d’embauche au château Lynch Bages via la route des châteaux, découvrant en réel des noms mainte fois entendus. Et je me souviens en particulier de tomber, c’est vraiment le mot, en arrêt devant le château Palmer au détour d’un virage en plein village de Margaux… Image gravée là dans un petit coin, au chaud.

Une fois de plus le ciel, beau et lumineux du matin se couvre, menaçant de déverser sur nos têtes un trop plein d’humidité qui ne cesse de nous arroser, mais Twingo oblige, nous arrivons à l’heure. Pas de panne de batterie, pas d’erreur de trajectoire nous amenant pendant quelques kilomètres à contre sens de notre destination, tout va bien, nous arrivons à 14h30 précises.
On nous attend, ou plus précisément Sabrina Pernet nous attend pour une visite technique sur les tenants et les aboutissants des vins palmerisés.
Déjà le cadre est magnifique, moi qui suis jardinier dans l’âme je ne vous dis pas comment mes mirettes pétillent au milieu de ses petits parterres de vivaces donc je reconnais la patte créatrice d’un certain Tim Guest déjà croisé à Fonplégade ou à Candale. Ambiance cosy, anglaise, capitonnée au milieu de maisonnettes et de chais magnifiés. C’est beau, c’est très beau et très simple à la fois tout ce que j’aime, la liberté végétale au milieu du contrôle le plus stricte.



Comme beaucoup d’esprits refusant la stagnation intellectuelle et le blocus par une pensée œnologique ancienne, Palmer est en mouvement. Palmer réfléchit à son avenir qui passera par un retour au Bio. C’est un choix intellectuel, c’est un axe de travail donné par une volonté de revenir à l’essentiel d’un parcellaire que l’on souhaite mieux compris. Mme Pernet en est convaincue alors le basculement ou la conversion plus exactement puisqu’elle est en route sur une partie de la surface, a débutée pour englober dans quelque temps l’ensemble de la structure. Le but n’étant pourtant pas de communiquer sur ce label une fois qu’il sera atteint.
Quatre chauffeurs pour cette surface, je rêve de ce ratio, et une combinaison de travaux mécanisés et d’interventions manuelles bien pensée ne semblant pas vouloir s’orienter vers une entrée équine bien à la mode dans la région. Je sens du concret, du réfléchi, du pensé et du pragmatique et ça me plait.

Se déplaçant entre les bâtiments, c’est l’arrivée sur la place centrale du village. Parce que oui, Palmer n’est pas qu’un château, c’est un ensemble de bâtiments rappelant un micro village qui se serait organisé autour d’une place de marché. Vous savez de ces marchés couverts du sud ouest, ouverts aux quatre vents mais capables de recevoir chaque dimanche une flopée de producteurs artisans.
Ce marché couvert conçu pour la réception des vendanges ainsi que pour la gestion des mises en bouteilles, est un beau paysagement d’une structure hautement pratique sur une exploitation.


Vendanges cagettes, tri manuel grappes entières, éraflage par la winery de Pellenc et tri optique par le seul système qui à mon avis fonctionne bien, celui imaginé par  Defrancheschi. Nous étions allés la voir fonctionner sur Libourne en 2011.
La vendange triée est alors envoyée dans des petits bacs amenés au-dessus des cuves par un système de palan. Le tout pouvant rouler d’une cuve à l’autre via un plancher couvrant et la vendange être alors vidée par gravité dans ces mêmes cuves.
Sur le process œnologique, le sulfitage se fait actuellement dans les petits bacs mais pourrait bien disparaître totalement au profit d’un levurage précoce au même moment. Et ça, ça m’intéresse bien parce que c’est une réelle avancée technique que nous envisagions de tester avec Olivier : occuper l’espace par une “arme” biologique qu’est la levure au détriment d’une “arme” chimique qu’est le soufre.

Le travail des marcs se fait classiquement par remontages mais ce qui l’est un peu moins se trouve plutôt dans la cuverie. Très imposante compte tenu de la surface de la propriété. Nous sommes face à un système de cuves superposées chacune de 90 hl que je n’avais vu jusqu’à présent que sur de très grosses structures. Gain de place, c’est certain, complexité des encuvages et des gestions de vinifications, c’est plus que probable à mon avis.
On sent un contrôle parfait de la technique avec la présence au sein-même de la propriété d’un laboratoire d’analyses dernier cri. Rien n’est laissé au hasard. Et mon esprit de vagabonder… Où pourrions-nous monter un tel local ?… Non, finalement, vraiment, nous aurons d’autres priorités…
Par exemple ce magnifique petit local rempli de mini cuves expérimentales pour faire tous les essais souhaités à petite échelle avant de basculer sur le réel, me tente bien… ;o)

Puis arrive le premier grand chai à barriques…

Ben alors, tu parles plus ?

Ben non, j’admire…


J’admire la place, j’admire le calme généré par ces portes d’entrée qui s’ouvrent et se ferment automatiquement, j’admire toutes les barriques immaculées en sol, sur un sol lui-même en béton ciré sombre.

On a de l’espace pour travailler, on ne cherche pas les barriques en hauteur, tout est fait pour que celles-ci restent comme neuves. Et l’on sent alors la maîtrise de celui qui les remplies…

Puis, tentant de nous remettre de cette vision de haut d’un chai œuvre d’art à lui tout seul et commençant déjà à discuter de nos impressions avec Olivier nous arrivons les derniers dans une petite pièce tout en longueur et déjà Olivier ne me suit plus. Bouche bée. Bloqué sur le seuil de la porte, je sens que sa mâchoire va se décrocher. Ça y est, nous sommes rentrés dans un autre monde, une autre dimension…
Devant nous s’étale la première chaîne de nettoyage de barriques automatisée qu’il m’ait été donnée de voir. J’en suis resté pour ma part au tourniquet traditionnel ou comme à Reignac à la canne Moog. Mais là, là, LA,…


Alors je vous explique : le système permet à lui seule de laver neuf barriques à la fois chacune restant 27 minutes sur la machine le tout permettant de voir sortir une barrique propre toutes les 3 minutes…

Voici le circuit : La barrique sale est amenée via des pinces sur la chaîne. Celle-ci est égouttée et rincée rapidement pour évacuer les lies restantes. Puis passage par une tête Karcher à haute température type canne Moog. Ensuite, rinçage à l’eau froide sur une autre tête de lavage. La barrique est alors amenée dans un tunnel de lavage où via des brosses les fonds sont frottés, lavés ainsi que les douelles extérieures de la barrique. S’en suit un dernier lavage intérieur à l’eau chaude et enfin sur une dernière tête un séchage rapide par air pulsé. L’éléphant bleu de Palmer quoi !!!


Résultat “un dédouanage total de l’humeur de l’opérateur dans le temps de lavage”… C’est pas faux…
Dès lors l’exigence de propreté et la réussite dans le chai précédent se fait bien comprendre. Après, ce petit bijou doit certainement avoir un prix défiant toute imagination, d’ailleurs je n’arrive même pas à l’estimer…

Encore sous l’effet de surprise de cette rencontre mécanique, nous sortons via le dernier chai à barriques de la propriété pour arriver dans le lieu de dégustation préparé en notre honneur. Au programme Alter Ego 2008 et Palmer 2004.
De jolis vins, chacun avec sa personnalité propre et répondant parfaitement à ce que l’on peut attendre d’un premier et d’un second vin produits dans un grand cru en à Margaux. Finesse, élégance, expression et concentration plus poussée dans le Grand vin, bref du plaisir avant tout.
Encore merci à Sabrina Pernet de nous avoir reçus et entre-ouvert les portes des chais de Palmer, notre connaissance s’enrichit et se précise sur nos attentes et nos améliorations personnelles. Chaque chose fera son chemin et je garderai le souvenir d’un certain petit chariot technique spécialement imaginé pour ceux qui travaillent au milieu de leurs barriques…

Nous remontons tranquillement dans la voiture en pensant déjà à la traversée prochaine du fameux pont reliant nos deux rives… A cette heure-ci ça va pas être triste.

Alors comme ce n’est pas moi qui conduit, hop un petit tour sur internet… Tiens, y a un article sur le millésime 2013 dans le Figaro…

Et allez, c’est reparti… ;o)

Nicolas.

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