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“Si en février le froid n’est pas venu, alors par la gelée ta vigne pourrait bien être tordue”

3 février 2014 | Par Nicolas Lesaint
Qu’est ce qu’on dit déjà comme dicton en janvier ?
“Les douze jours qui vont de Noël aux rois, donnent le temps de douze mois”
Ou encore
“Le mauvais an, entre en nageant”
Mais aussi
“Janvier d’eau chiche fait le paysan riche”

Ça tombe bien en fait alors, on a un vrai temps de janvier en ce moment ! Sec, froid, avec de la neige pour apporter de l’or aux sols, des minimales adaptées permettant de broyer les sarments, des maximales assurant le maintien des sols froids, enfin bref, on sait que l’année démarre bien…
Non ?
On m’aurait menti ?
Il pleuvrait dehors et les températures seraient anormalement douces ?

Pensez-vous, tout ça n’est qu’une impression et puis, moi vous savez les dictons fantaisistes, si vous cherchez bien vous en trouverez qui disent tout et leur contraire. En fait, j’ai bien regardé tout partout, ils semblent quand même bien aller tous dans le même sens.
La nature et le paysan ont besoin de froid en hiver et d’une humidité toute relative si l’on veut que les choses s’orientent vers des horizons qui nous semblent dégagés.
2013 a vu exploser ses cumuls de pluies avec les 1000 mm dépassés quand les cumuls moyens sont plutôt aux environs de 850 mm sur Bordeaux.
L’an dernier en janvier nous avions eu 130 mm à Reignac, cette année 150 mm… Tout déborde, tout est inondé avec l’intervention de marées à forts coefficients. Je peux vous assurer qu’à Cabara ce weekend on pouvait faire du stock de bois flottés…

On a même droit à des digues qui lâchent recouvrant des vignobles subissant alors de plein fouet le mouvement des marées. Bon, mais peut-être aussi que ces parcelles se trouvent dans des zones où elles ne devraient peut-être pas se trouver…
C’est un peu comme ces maisons construites en bord de cours d’eau ou à l’apic de falaises que l’on voit disparaître sans comprendre pourquoi le PLU a permis tout cela. Moi, j’ai bien une petite idée quand même…
Est-ce que tout cela est anormal ? Est-ce que c’est symptomatique d’un réchauffement de nos régions ? Ben, j’en sais rien, mais apparemment des millésimes démarrant sur ces bases on en a quand même déjà eu quelques-uns alors on verra bien puisque l’on sait que deux années identiques n’existent pas et c’est bien ce qui est intéressant.

En revanche, ce qui m’inquiète le plus en ce moment ce n’est pas de savoir si l’on est sur quelque chose que l’on peut déjà comprendre ou anticiper du point de vue climatique mais plutôt de comprendre quels effets cela peut-il avoir sur ce millésime qui débute. Le mois de janvier s’achève avec très bientôt pour nous la fin de la taille et de la tombée des bois. Le grand rush du carrassonnage et du pliage va donc pouvoir débuter avec la contrainte de tout finir avant l’arrivée des premières feuilles.
Bon pour l’instant on est dans le timing habituel et on a même réussi à être plus rentables que d’habitude en tombée des bois.

Mais jeudi dernier, au détour d’un comptage sur une parcelle de Merlot, il a bien fallu se rendre à l’évidence, le manque de froid se fait déjà ressentir. La dormance commence à se lever, les mécanismes de réveil sont en marche, vinifera sort déjà d’une hibernation trop courte à mon goût. Par-ci par-là peut-on voir quelques bourgeons, oh ils sont encore bien rares je vous rassure mais on en trouve, ouvrant déjà leurs premières écailles pour se trouver dans un stade que nous appelons stade B. Ça parlera plus aux spécialistes…



Etre dans cette situation fin janvier il faut bien l’avouer c’est pour moi quelque chose de totalement inédit. Désormais le froid ne bloquera plus que temporairement la montée de sève et à chaque retour de douceur tout sera relancé. Or pour les quinze jours à venir nous devrions osciller entre 5°C le matin et 12°C l’après midi…
Débourrement précoce ? C’est quasi certain maintenant.
Risques de gelées printanières ? Faut bien toujours craindre quelque chose…

De toute manière ce qui est certain c’est qu’on ne peut rien y faire et qu’il faudra croiser les doigts plus tôt que prévu.

Et ces sols imbibés d’eau, est-ce que ça peut avoir un effet quelconque sur l’année ?
Ça c’est la question que l’on me pose souvent en ce moment. A vrai dire, à part le fait que forcément notre “ami” Oomycète doit être super content et qu’il sera certainement en forme plus tôt que prévu et avec une patate que je vous dis que ça, à mon avis les conséquences sont certainement plus à regarder sur les sols que sur la vigne elle-même. A cette époque, madame vinifera se repose. Métabolismes au ralenti, 2 de tension et le fait d’être totalement inondée ne doit pas vraiment l’affecter. Elle serait en végétation, ce serait une autre paire de manches.
En revanche, ce sol dans lequel elle est ancrée, qui est rempli de vie microbiologique, de champignons, d’insectes, lui, l’asphyxie ça ne lui réussit pas. Déjà la structure pour les sols à textures fines va en prendre un coup. Puis tous ces habitants à faible mobilité vont forcément se retrouver brutalement dans des conditions peu favorables à leur développement. Combien de temps peuvent-ils résister sans que cela ait des conséquences graves ? Je ne le sais pas. Mais je sais qu’en ce moment les vers de terre ne doivent pas être à la fête. On en voit d’ailleurs beaucoup flotter qui n’ont pas l’air très vif…
Certainement que ces sols subiront des ralentissements de leur activité biologique préjudiciables à un bon équilibre et à un bon démarrage de printemps.

Le risque sera aussi je pense de ne pas reprendre trop vite le broyage des sarments pour ceux qui n’ont pas la chance de les brûler parce qu’on sait bien qu’il n’y a rien de pire que de rouler en tracteur sur des sols détrempés ce qui génère des tassements et des dégâts biologiques difficiles à rattraper par la suite.

Après, il parait que “si février n’a ni pluie ni giboulées, tous les mois de l’année seront ennuyés” et “si février n’a pas de grands froids le vent dominera tout le reste des mois”
Alors, advienne que pourra, le mois à venir sera décisif c’est à cette époque l’an dernier que le froid et la neige étaient arrivés. Espérons que la tendance veuille bien changer parce que je pense que sinon on risque de pouvoir inventer un nouveau proverbe en fin d’année du style :

“Si en février le froid n’est pas venu, alors par la gelée ta vigne pourrait bien être tordue”

Nicolas.

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