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Vous avez dit flingueur ? Comme c’est flingueur…

7 février 2014 | Par Nicolas Lesaint
Je pense qu’il y a des jours de la semaines qui doivent être abonnés aux mauvaises nouvelles. Vous savez, des jours où s’accumulent toutes les ondes négatives de la semaine que vous venez de passer et qui, poussant les parois de la boîte dans laquelle on les a mises, finissent par exploser et tout contaminer pour noircir le beau weekend qui s’annonçait à vous.
Le vendredi doit faire partie de ces jours-là.
Pourtant, la journée avait bien débuté avec un petit tour au Guide Hachette pour déguster des Bordeaux rouges 2012 et même une série faisant ressortir un potentiel joli coup de cœur. Puis retour au château sous un beau soleil pour constater que les ruisseaux alentour ne débordaient plus dans les vignes et finaliser quelques investissements pour 2014. Le tout suivi d’une lecture de nouvelles très belles lettres d’amour pour les vins de Reignac (jetez un œil sur notre page Facebook, vous comprendrez ce que je veux dire), et de la préparation de notre troisième visite de propriété cet après-midi à Palmer qui se précisait.
What else ? Que du bonheur en somme, que des bonnes ondes, du positif, de l’échange, du constructif comme je l’aime.
Cette visite, c’est en effet très très bien passée et j’en parlerai un peu plus tard pour ne pas mélanger les choses positives avec celles qui peuvent me gâcher cette fin de semaine humide et laborieuse…
Voilà t’y pas, rentrant de Margaux l’esprit rempli d’images techniques, d’explications de philosophie de travail, de vision de la profession et de ce que doit être le vin de demain, de jardins incroyablement bien intégrés, que mon regard se trouve attiré par un article du Figaro dans lequel on m’explique que ben non, mon p’tit Nico, t’as tout faux, tu n’as rien compris une fois de plus.
On te l’avait pas dit ? Mince, pourtant Europe1 avait déjà essayé trois semaines avant le début des vendanges. Et ben oui, en 2013 tu as travaillé pour rien, le millésime est minable. Il est fichu, avorté, comme ces embryons mal implantés, il a bien essayé de grandir mais les cieux n’en voulaient pas. Alors ils l’ont massacré à coup de flotte, de grêle, de maladie pour qu’au final et bien chaque viticulteur qui se respecte n’ait plus qu’à ouvrir les vannes de ses cuves pour que le maudit breuvage qu’il a pu sortir de ses raisins s’écoule dans le caniveau ou aille juste étancher la soif de ceux qui n’y connaissent rien dans des bouteilles dont on cachera le mieux possible l’origine du raisin.
Et oui, ce millésime “est déficient… sans potentiel de garde… de qualité moyenne et parfois médiocre”. “Le 2013 est déficient pour cause de mauvaise floraison”. “Parfois la nature est trop forte et on ne peut que la subir, 2013 nous ramène à l’humilité”.
C’est fou, moi qui croyais avoir passé une floraison normale à Reignac. Je pensais avoir fait en sorte de garder la main sur ce millésime. Je pensais m’être mis à son niveau, à son écoute pour anticiper ce qu’il allait me faire subir.
Je suis bête des fois quand même.
Je pensais pourtant avoir réussi à conduire mes vignes comme je le souhaitais en adaptant mes rendements et en rentrant 40 hl/ha de raisin, comme d’habitude. Je pensais avoir réussi à m’arrêter une semaine en pleines vendanges pour parfaire la maturité de mes cabernets haut de gamme. Je pensais qu’en dégustant mes vins après malo j’avais eu le sentiment que ce 2013 avait l’air de se rapprocher très sérieusement de 2011 qui pour nous était un bon millésime, me rappelant sans cesse que de toute manière 2009 et 2010 n’étaient que des monstres d’équilibre auxquels il ne faut pas se référer en permanence car ce sont eux les exceptions.
Comme quoi on peut vraiment se tromper complètement. Merci Monsieur Derenoncourt de m’ouvrir les yeux et de me faire comprendre que de toute manière 2013 est déjà mort avant de le faire déguster.
Comment peut-on prendre plaisir à tout généraliser, à tout casser en sous entendant qu’il est impossible que des viticulteurs aient réussi à bien négocier ce que Malescasse n’a de toute évidence pas réussi à faire ?
Sous entendre que si l’on trouve un vin réussi, ce sera du maquillage ne m’apparait pas être honnête parce qu’il sape tout le travail, toute l’attention que l’on a mise dans nos vignes, dans nos cuves, dans nos vinifications.
Non, je ne comprends pas pourquoi vous qui vous présentez comme “un homme de vérité” vous pouvez attaquer avant tout le monde ce millésime qu’aucun professionnel n’a pu encore déguster et ainsi tendre un voile noir sur les impressions positives qui pourront ressortir des dégustations à venir.
Je ne suis pas un faiseur de miracles, comme vous dites, il n’en existe pas en effet. Je suis seulement le porte parole de ceux qui cette année se sont donnés à fond. Certes ils ont eu de la chance parce qu’il en fallait, mais ils se sont donnés les moyens de leurs ambitions.
2013 ne sera pas le millésime du siècle, bien évidemment. Ce ne sera pas 2010, la belle affaire, mais il y aura de très belles réussites et j’en connais déjà certaines.
Ce ne sera pas un millésime de très grande garde, peut-être, mais dire qu’il n’y aura pas de qualité et que si elle est là ce sera bien cachée derrière des volumes ridiculement bas est un mensonge.
Personne n’a le droit de généraliser de la sorte fusse-t-il prêt à se couper un bras ou deux au nom d’une politique qualitative en attente du millésime à venir ou pour copier certains grands noms déjà installés…
J’ose espérer que je ne serai pas le seul à réagir à cet article, que d’autres voudront bien vous répondre et donner un avis contraire à de telles affirmations bassement généralistes et orientées commercialement.
Désolé pour vous mais nous avons su créer un 2013 qui nous plaît, à l’image de ce que nous pensons être un grand vin et ce sur les volumes habituels. Arrêtez de nous tirer dessus et d’enfoncer ce pieu du buzz dont personne n’a besoin actuellement. Laissez les professionnels se faire leur propre opinion, laissez venir à nous les biens pensants que nous puissions leur expliquer que la viticulture n’est pas synonyme de soumission au climat qui nous entoure et à ce qu’il nous fait subir.
Oui c’est dans les vignes que se sera joué 2013.
Oui 2013 saura donner du plaisir.
Oui il aura sa place au sein de verticales qu’il animera dans quelques années.
Laissez moi juste être non pas un faiseur de miracle mais un révélateur d’engagements humains.

Nicolas.

Commentaires(23)


  1. Bravo, Nicolas, c’est un grand billet


  2. Merci, j’espère que d’autres répondrons eux aussi.


  3. Nicolas, vous savez mieux que quiconque à quel point des propos relatés sans un réel contexte, sans un véritable back-ground, ne peuvent en aucun cas refléter la pensée véritablement globale de qui que ce soit, et si on lit bien cet article du Figaro, il y a des nuances fondamentales. Stéphane Derenoncourt est sans doute bien loin de dénigrer Bordeaux, mais un peu de franchise courageuse ne nuira en aucun cas à l’ensemble. Vous connaissez l’exceptionnel de ce millésime éminemment complexe. Son maître-mot, exception. De ces exceptions qui vont confirmer la règle de la dégustation impérative dans les mois à venir.
    Je pense que son avis ne nuit en aucun cas à votre travail, au contraire. On demande à des gens comme SD de dresser la carte véritable et sincère d’un millésime. Un peu comme un médecin faisant l’état de l’avancée d’une épidémie sur une population dont on sait que les sujets les plus sains passeront à travers la maladie. On ne peut faire l’autruche ou l’on s’expose aux pires déconvenues en matière de viticulture comme en médecine, où de nier l’ évidence des symptômes peut mener droit dans le mur.


  4. Vous y voyez une franchise courageuse, moi j’y vois une stratégie de positionnement. Contrairement à vous je trouve que ces propos noircissent l’image de ce millésime et en aucun cas un médecin ne doit donner une image généralisatrice d’une situation uniquement par un regard des quelques patients se trouvant dans sa salle d’attente même s’il en a 600. Laissons nous le temps de la découverte objective, il n’y avait pas besoin que de chance pour traverser ce millésime avec succès, il fallait aussi pas mal de travail et de présence sur place. Ne pas réussir à sortir quelque chose de bon sur les 110 ha de Malescasse me parait plus qu’incompréhensible ou alors c’est qu’il y a eu de gros soucis techniques, la zone n’ayant pas été grêlée à ma connaissance. A partir de là l’idée est plus de positionner cette propriété en noircissant le trait et le travail des voisins.


    • D’accord à fond avec ça.


    • Si, si, Nicolas, la zone de Lamarque a été grêlée le 3 août. Pas au niveau des pertes subies du côté de l’E2M mais pouvant aller quand même jusqu’à 30% sur les blancs chéris du Retout par exemple. Et forcément avec une fragilisation sur le plan sanitaire. Néanmoins, des voisins ont réalisé de très beaux vins sur ce secteur en 2013. Donc le problème vient d’ailleurs. Soit une qualité spécifiquement insuffisante (mais alors pourquoi ?) soit un niveau d’exigence très (trop ?) élevé.


    • Merci de la précision, je pense qu’ici M. Derenoncourt doit donc raisonner en spécifique et c’est bien ce qui me gène.


  5. Bravo Nicolas et merci grandissime billet


  6. J’ai dégusté hier avec un maître de chai qui s’était régalé avec sa table de Bordeaux 2013 aux présélections du concours de Paris. Etonnant, non ? Les dégustations primeurs et plus tard en bouteille montreront heureusement ce millésime sous son vrai visage. Mais il est irresponsable de le salir ainsi avec de telles généralisations. Déjà les producteurs parlent d’en limiter les volumes embouteillés, non en raison de son niveau qualitatif, tout à fait honorable, mais de la mauvaise réputation qui lui a été faite honteusement a priori sur les seules bases de la météo des plages. A qui profite le crime ? Si c’est le seul moyen trouvé pour ne pas se faire dégager sur le champ, il est bien pitoyable. Le moral économique déjà fort justement bien bas de la filière n’a pas besoin de ce genre de pitrerie de mauvais goût. Souhaitons que les décisions qui s’imposent soient prises avec responsabilité sans tarder. Pour qu’un rayon de soleil vienne de nouveau nous réchauffer. Solidairement vôtre.


  7. Ce commentaire a été supprimé par l’auteur.


  8. Cet interview orientée dès le départ par la teneur des questions ne doit pas vous atteindre. Chacun sait votre capacité de faire bien et bon, Nicolas.
    Yquem, en renonçant à plusieurs millésimes, a voulu consolider le leitmotiv qui est le sien, la qualité +++, mais surtout coller au prix de ses vins. En faisant cela, il n’a jamais entaché l’image des voisins, pas plus en 2012 que sur les autres années.
    Ne défendez pas votre cause qui est noble et en aucun cas perdue d’avance, Reignac sait faire grand entre autres grâce vos bons soins et en attaquant les décisions prises à Malescasse, vous risquez de tomber dans la critique malveillante et ça ne vous ressemble guère.
    Vous savez mieux que quiconque que seuls des raisins sains et menés à maturité sont le gage d’un grand vin.
    En 2013, la maladie n’affectait pas 600 patients mais bien une appellation en entier. Les prescriptions étaient celles de l’urgence globale. Mais grâce à la santé de certains vignerons, leur travail acharné et adapté, certains vont faire un bon millésime grâce à quelques facteurs terroir-météo très très localisés.
    De toutes manières, seule la dégustation sera juge de paix. Les critiques et les prescripteurs devront impérativement faire dans la nuance, exact reflet de ce millésime. Un maitre de chais m’a tenu ces propos, “c’est mon 42e millésime, et je n’ai jamais connu autant de difficultés. Les calamités de la vigne, nous les avons toutes connues en une seule année.”
    Gardez votre cap, Nicolas et surtout ne changez rien.


  9. Merci Stéphane et merci à Dirpauillac !! :-)

  10. Guillaume Gondinet


    Merci Nicolas de rétablir un fait: plus le millésime est difficile, plus le talent brut ressortira.


  11. Bravo Nicolas, vous êtes le porte-parole de ceux qui sont fiers de leur travail en 2013, et fiers de leur résultats !
    Je n’ai personnellement pas réussi à la hauteur de mes espérances, tous les vins que j’ai accompagnés dans mon rôle de consultant dans ce millésime 2013. C’était parfois vraiment difficile. Mais je n’en renie aucun. Et je suis particulièrement satisfaits de certains, vraiment très réussis. Bien sûr que l’on a pu produire de très bons vins en 2013 !
    D’habitude, j’aime bien le franc parler de Stéphane D. Là, il manque manifestement d’humilité dans son propos. N’est pas Yquem qui veut… Et puis, humilité face à la Nature, ou constat d’échec ?
    Voir mon analyse du millésime 2013 :
    http://www.oenoblogue.com/2014/02/2013-millesime-de-manques.html


  12. Toutes ces discussions seront ± validées par les dégustations de fin mars. Ce sera le juge de paix. Chacun sait qu’à Bordeaux, c’est ne pas se tromper que de dire, quelque soit le millésime, il y a des vins qui seront de belles surprises. Qu’on se souvienne de 1997. Et cela est dû, naturellement, à l’imposante surface plantée en Aquitaine où l’homogénéité est un concept délicat à traiter.
    Ce qui pollue le problème de la communication, c’est qu’il y a ici deux marchés :
    - celui des crus qui se vendent très largement au-dessus du coût de production, avec l’impératif pour environ 100 propriétés d’être à la hauteur de l’étiquette qu’ils savent si bien vendre
    - celui des crus qui font mieux que bon, même dans une année délicate comme 2013, et qui rament comme dieu pas possible pour trouver un marché valorisant.
    Qui blâmer en premier ? Les vignerons qui ont dû faire face à des conditions dantesques … ou les critiques qui se laissent si facilement dorloter par les tapis rouges qu’on leur déroule avec moult manières, là où ils ont des mots plus doux que leurs pensées, alors même que lorsqu’ils dégustent les “petits”, les moins connus, ils ont une sévérité de langue pas toujours d’une honnêteté biblique ?
    Voilà ce que j’attends cette année : oui ou non, les grands mettent-ils sur le marché un vin à un prix correspondant au sentiment ± légitime qu’ils ont d’eux-mêmes ? Oui ou non, la critique saura mettre en valeur les moins connus qui se sont battus comme personne pour essayer de proposer aux marchés des vins qui apporteront, à leur manière, un plaisir, éventuellement une émotion ?
    Restons positifs, et essayons chaque fois de voir plutôt le verre à moitié plein que le verre à moitié vide.


    • Tout à fait d’accord, merci pour cette vision. J’espère que mars ne sera pas une date trop proche pour se faire une idée réelle sur la qualité du millésime. On sait combien la date des primeurs peut-être compliquée pour présenter ses vins en cours d’élevage, sur des millésimes encaissant peut-être encore plus le mode d’élevage comme l’est 2013 c’est encore plus vrai. Par rapport à des 2009 ou 2010 il faudra savoir être avant tout patient et observateur.


    • Là, cette histoire de la date des primeurs, c’est vraiment de la responsabilité des bordelais. S’ils se tirent dans certains millésimes une balle dans le pied, qu’on ne vienne pas nous faire ensuite le reproche qu’on goûte mal.
      Ceci dit, c’est un secret de polichinelle de dire que les échantillons sont “travaillés” et parfois même en fonction de l’origine des dégustateurs.
      Là, hier, j’ai dégusté un cru inconnu, LA CROIX RIVAL, de 2011 et j’avoue avoir été bluffé par la sapidité du cru, ses côtes plus qu’agréables et sa digestibilité. Comme quoi, que oui qu’il y a des inconnus à Bordeaux qui font mieux que bien !
      Inutile de parler de Reignac (confer les sesions du GJE) qui donne suffisamment de boutons aux haineux, vindicatifs, malfaisants qui ne parlent – sans bien les connaître – que des noms illustres dont ils pensent que la gloire propre leur offre leur manteau pour leur ego.
      mais ça, c’est une autre histoire


  13. Merci Nicolas pour ce blog que je ne connaissais pas. Bien sûr qu’il y aura de très bons 2013, et affirmer, comme on le lit sous la plume de Marylin, que “la maladie a touché une appellation en entier” et que les réussites seront permises par des facteurs “très, très localisés” se montrera inexact. Il y aura les “bons”, et les autres. Je ne suis pas sûr, alors, qu’imputer à grand bruit son d’échec aux circonstances du millésime soit très habile…

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