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A vos marques, prêts, p… !

11 mars 2014 | Par Nicolas Lesaint
La belle endormie se réveille et du fin fond de ses vallons elle nous appelle. J’adore ce moment où d’un seul coup tout bascule vers une explosion que l’on sait proche. Alors sortant de cet endormissement hivernal au cours duquel le timing de travail ne nécessitait pas vraiment une frénésie d’activité, il faut désormais compter ses petits et dresser l’état des lieux. Sommes-nous bien dans les temps ?
Tombée des bois : check
Ebourgeonnage et nettoyage des astes : check
Carassonage : en cours, plus qu’un quart de la propriété
Pliage : bientôt la moitié achevée
Bon, c’est pas trop mal, d’autant plus que forcément cette année la vigne va partir avec une longueur d’avance sur nous. J’ai entendu parlé de 20 jours d’avance dans le sud est de la France et déjà je reçois les premiers appels d’organisation au niveau de la lutte contre le vers de la grappe par confusion sexuelle.
Et oui, tous ceux qui décident de mettre en place ce mode de lutte doivent mettre en place leurs capsules d’hormones dont le but est de perturber l’insecte volage dans sa recherche de partenaires. Nous ne sommes pas dans un secteur où cette lutte se pratique. Les zones ainsi “traitées” doivent vraiment être groupées pour être efficaces et justement depuis trois années il faut bien l’avouer, bon nombre de ceux qui utilisent ce mode de lutte non seulement peuvent constater que dans de nombreuses zones l’efficacité n’est plus que toute relative mais qu’en plus, bien souvent, des traitements complémentaires sont nécessaires pour être efficaces. Ces hormones sont-elles toujours efficaces ? L’insecte est-il désormais capable de faire la différence entre ces phéromones de synthèse et ses propres hormones ?
Bien que cette technique soit reconnue comme un mode de lutte Bio plus “propre” que l’utilisation d’insecticides, il m’a toujours paru un peu aberrant sur le principe d’inonder l’espace avec une copie d’hormone naturelle dans l’espoir de ne pas voir ses grappes se faire repérer par un papillon…
Mais bon, passons, le sujet n’est pas là et les débats ont été bien assez nombreux sur les insecticides obligatoires ces derniers temps. En revanche, ce qui est plus intéressant c’est que cette mise en place des capsules hormonées doit se faire sur l’ensemble du cycle de l’insecte pour couvrir sa période de reproduction. Ainsi c’est une somme de températures que l’on mesure et qui déclenche leur mise en place à partir d’un total  supérieur ou égal à 500°C. Cette année il semblerait que l’appel à la pose de ces “outils” indique le 20 mars comme le bon moment. Soit, lorsque l’on regarde les autres millésimes, à quasiment la même date que 2008 et beaucoup, beaucoup plus en avance que n’importe quel autre millésime des dix dernières années…
De toute façon, on l’avait bien compris, ça n’allait pas nous aider d’avoir un hiver sans froid. Alors maintenant. Il n’y a plus rien à attendre de ce côté-là. Ou si peut-être quand même, la fin des Saints de glace… Parce que de ce côté-là, m’est avis que l’attente va nous paraître un peu longue à tous…
Donc, branle bas de combat et préparation de ce qui dans quelques jours entrera en action. Brosses de travail sous le rang, pièces d’usures, ressorts de rappel, lames de herses et surtout révisions totales, complètes et “parfaites” de tous les pulvérisateurs. Cette année, c’est contrôle technique pour l’ensemble de la flotte…
Ben oui, une bonne chose de mise en place il y a quelque temps et qui oblige chaque viticulteur à entretenir son matériel de traitement au-delà de ce qu’il pourrait-être tenté de faire. Et ma foi, il faut bien se l’avouer toute une partie des vieux ragassons que l’on avait l’habitude de croiser sur les routes ont disparus. Comme quoi certaines dispositions administratives peuvent avoir des effets positifs, n’en déplaise à certains.
Et puis demain, c’est le grand jour ! Depuis le temps qu’il ronge son frein au fond de l’atelier, attelé à notre petit New Holland, il va pouvoir rugir de plaisir et enfin s’attaquer à grogner, vibrer et déchiqueter, notre broyeur va entrer en action !!! Alléluia !!
Jamais, jamais, jamais nous n’aurons commencé aussi tard le broyage des sarments. Des sols détrempés avec des risques de tassement, d’enlisement ou de chavirage sans le moindre gel matinal nous permettant de poser une roue dehors… Donc sarments mêlés dans l’herbe, déplacés dans les fonds par le vent par une attente trop longue entre leur tombée et leur broyage.  A mon avis, l’activité ne va pas être triste dans certains coins et certainement beaucoup moins rapide que d’habitude… Déjà que…
Donc, Philippe, c’est à toi de jouer ! Broyeur professionnel, déchiqueteur de haut vol, le chemin t’est tout tracé. A toi de réduire en poussière les sarments issus de 360 000 pieds de vigne. A toi de parcourir environ 180 kilomètres pour réaliser tout cela.
Ah oui, un dernier conseil petit conseil : n’oublies pas ton casque anti bruit…
En attendant, d’autres se battent pour leur survie.
Vous savez, le Bordeaux des énarques. Celui des privilégiés, des hauts seigneurs reluquant de travers les serfs qui les entourent, ne sachant plus quoi faire de leurs euros amassés outrageusement en surfant sur la vague du profit et des vins sans âme et polluant à tour de bras parce que et bien parce que ça les fait bien rigoler…
Contrairement à ce que certains veulent faire croire, beaucoup volent en classe misère, luttant en permanence pour exister face à un marché et à des éléments sans aucun scrupule.
Ce soir, en rentrant, les pancartes étaient là.
Mises en place depuis une semaine leur message est bien simple : Mercredi 12 mars, manifestation pour les viticulteurs sinistrés de la région…
Entre viticulteurs ravagés, pas ou mal assurés ou encore assurés mais au final pas assurés parce que la close numéro machin n’était pas si bien remplie que ça ou encore certainement des cas particuliers que je n’imagine même pas.
Alors non, je ne pourrai pas y être à cette manif mais je n’oublie pas ce que vous avez tous subi  dans ce carré infernal du Brannais.
Je croise même les doigts pour que la faucheuse glacée du printemps ne se décide pas à raser de près les repousses vertes et tendres de nos vieux ceps.

Alors soyons désinvoltes, n’ayons l’air de rien mais n’oublions pas la modestie que nous devrions tous avoir lorsque nous nous permettons de juger un vin, une philosophie, une façon de travailler, un métier tel que le nôtre…

Nicolas.

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