Le blog

de REIGNAC

Shares

Couleur de larmes

6 mars 2014 | Par Nicolas Lesaint

Ce matin, nous basculons.
Oui, nous basculons vers une période plus douce, plus suave comme le serait l’attaque en bouche d’un vin prometteur. Le soleil s’est levé… Sur un pare-brise gelé…
Vous avez dit gelé ? Incroyable, formidable enfin l’hiver s’installerait-il ? Ben non, mais c’est pas grave.
Ça n’est plus grave, désormais on le sait bien, d’hiver il n’y en aura pas alors j’en fais mon deuil et je regarde devant moi.
Face au soleil qui se lève, face à cet anticyclone qui s’installe, je vois l’annonce d’un ressuyage des sols et enfin la possibilité de travailler notre vignoble pour espérer rattraper un retard déjà trop important pour se sentir serein.
Mais, comment vous dire. Comment vous décrire mon état d’esprit lorsque je me trouve tiraillé entre ce vignoble ouvert qui m’appelle et m’attire dans ses rangs pour admirer sa puissance de réaction aux premiers rayons du soleil et cette noirceur, cette aigreur médiatique délivrée à tour de phrases assassines vis-à-vis de sa propre histoire.
Et vas-y que je t’accuse de tout détruire, et vas-y que je te reproche ta réussite et puis écoute bien ma complainte par rapport aux règles établies et vois comment je tire la couverture à moi.
La vigne pleure. Oui, ça y est, on la voit partout, d’un talus à l’autre d’un “courtisson” de merlot à un “campi” de sauvignon. Les racines sont en marche et pressant les sols de donner ce qu’ils ont de meilleur, la sève entre en action. Mais ces larmes que chaque année je vois arriver avec joie ont aujourd’hui un goût amer, un goût d’exaspération de voir qu’une fois de plus on ne sait pas parler des choses sans déclencher des déballages médiatiques révélant des dossiers personnels beaucoup plus profonds.
Alors hier c’était le millésime 2013, cassé avant d’avoir pu être dégusté, piétinant sans complaisance le travail de ceux qui ont su ou pu tirer leur épingle du jeu pour s’assurer une aura médiatique, un buzz convoité quotidiennement par ceux en manque de visibilité et de notoriété.
Puis voilà la Flavescence dorée et sa lutte que l’on souhaite arbitrairement et unilatéralement ne plus voir exister réfutant d’un trait de crayon tout un travail collectif remettant même en question son existence réelle. C’était il y a une semaine, en parle-t-on aujourd’hui ? Cherche-t-on des solutions, propose-t-on à court terme des programmes, des réunions, des alternatives, des preuves d’engagements concrets, voit-on des articles éclairer le lecteur sur l’efficacité de cette lutte alors qu’elle existe? Non. Buzz, buzz, buzz.
Aujourd’hui c’est l’Anjou et c’est Vino business qui arrivent en rase-motte sur nos têtes. Bien annoncés par avance, histoire de préparer leur atterrissage médiatique, chrono en main.
La flingueuse, la haineuse va frapper il parait, s’attaquant à nos “idoles”, à nos repères, détruisant tout sur son passage pour que d’un nouveau terreau fertile renaisse une viticulture plus honorable. C’est fou des fois ce qu’un regard posé nonchalamment sur une boîte de cassoulet peut provoquer comme réflexion constructive… En toute humilité évidemment.
Alors vas-y que ça s’engueule sur le net et vas-y que l’on voit ressortir de nouveau les différentes écoles s’affrontant une fois de plus sur des thèmes cachant des désaccords et des déceptions plus profondes.
Noms d’oiseaux, grossièretés, insultes : on a de tout, c’est mieux qu’un combat de catch dans la boue moi je vous le dis…
J’ai toujours été convaincu que le vin ouvrait forcément à la discussion et à un avis et je suis bien servi. Est-ce que tout ça est bien constructif ? Est ce qu’en “vivant” deux ans dans les vignes on peut tout comprendre et espérer décrypter un univers et une technologie, si je parle de ce que je connais, qu’en quinze ans je découvre encore ? Y a-t-il une réelle volonté d’avancer sur les LMR, avez-vous rencontré les bonnes personnes Mme Saporta ?
Pour le reste, les jalousies, les rancœurs ne m’intéressent pas, je trouve même que ce bouquin sort un peu tôt, en fait, c’est dans quelques semaines qu’il aurait fallu le faire, en plein Primeurs et là, paf dans ton nez 2013 définitivement caricaturé avec ses goûts de grêle et son ratage complet. Je ne comprends pas, un de ses conseillers n’a pas dû bien lui expliquer le “bon” timing à respecter.
Tout ce que je sais, c’est que la vigne pleure de tous ces débats. Entendez ces milliers de larmes coulant sur ces discussions où personne ne s’écoute.
Pensez-vous que ces vignes en tireront un quelconque intérêt ou croyez-vous, vue la tournure des choses, qu’une fois de plus nous nous retrouverons dans nos vignes à mâchonner un vieux sarment en espérant que contrairement à d’habitude la qualité d’un millésime ne soit pas décidé avant la véraison ?
La puissance des mots, le choc des infos ou comment occuper l’espace et brasser de l’air sans chercher à construire du durable.
Alors oui, peut-être me pencherai-je un jour sur cet ouvrage, du moins sur les parties techniques pour savoir si vraiment le fond est différent de la forme des extraits que j’ai pu croiser.
Mais pour l’instant, laissez-nous en paix.
Nos vignes sont tristes et vous qui prétendez aimer les vins faites qu’il sorte quelque chose de positif de ces batailles rageuses et barbaresques.
Alors non, je n’ai ni un cheval pour sortir du tribunal, ni d’éditeur pour amplifier ma voix, mais j’espère quand même que ma vision du métier, ici un peu expliquée, sera entendue par certains tentés de plonger dans ces débats où l’ego et l’individualisme y ont une place démesurée.
Les larmes coulent dans nos vignes, la sève entre en action, dans peu de temps les vrais viticulteurs auront oublié tout ça, croyez-moi.

Nicolas.

Commentaires(2)

  1. Marie-lys Bibeyran


    Oui la vigne pleure, elle pleure ses salariés qui la soignaient avec passion….ma famille verse des larmes….de sang….

  2. Nicolas Lesaint


    Elle sourit aussi à une nouvelle génération de viticulteurs qui la respecte beaucoup plus qu’à une époque révolue et qui arrivent à faire évoluer les mentalités et les techniques au rythme qu’une exploitation située dans une appellation de moindre renommée est capable de le supporter, chaque avancée est importante la négation de toute volonté de s’améliorer n’en est pas une.

Un commentaire ?

Vous avez aimé ce blog, vous aimerez sans doute ceux-là :


  • Contact
  • Boutique
  • Vidéos
  • Blog
  • Facebook
  • Twitter
  • Google+
  • Youtube
  • Instagram
  • Tripadvisor