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Jumping wall

5 avril 2014 | Par Nicolas Lesaint

Comme il peut être surprenant parfois lorsque l’on est plein de bonne foi et de convictions de se retrouver face à un mur imaginaire, mais au combien solide, qu’on vous avait dit exister mais que vous avec votre jeunesse, vous étiez certain de pouvoir franchir à l’aise, les doigts dans le nez, en fosbury. Grand athlète, grand sportif devant l’éternel, longiligne, souple sur les pattes arrières, le bon pied d’appel et hop on plane, on survole pour atterrir mollement dans les douceurs d’un matelas molletonné…

On m’a toujours appris que la remise en question était la base de l’amélioration. Que le doute était le moteur absolu du respect de l’autre, de ses différences et des efforts fournis pour faire beau et bon.
Alors moi, bille en tête, forcément, j’en fais le moteur de mon travail, le fondement de mon épanouissement professionnel. Confronter mes idées, parcourir les théories de l’autre, goûter ses productions et toujours se dire que demain on va encore mieux comprendre comment les rouages s’assemblent les uns aux autres.
Savoir profiter de ce qui a déjà été fait les années précédentes, dans chaque région, dans chaque appellation et ce quels que soient ces satanés classements qui fondent le fonctionnement de Bordeaux.
On m’avait expliqué que le travail paie toujours, que le résultat se situe dans la bouteille et que la raison du plus aveuglé des critiques se voit forcément être éclairée quand, portant le breuvage à sa bouche, il se rend compte que depuis des années que les choses sont scellées, elles doivent enfin changer et que des terroirs bien valorisés et révélés il y en a dans bon nombre d’endroits.
Mais voilà, les briques ont bien été montées, le ciment est puissant et accepter d’ouvrir ses horizons et de virevolter dans de nouvelles prairies peut s’avérer être bien souvent trop déstabilisant pour certains.
Alors les rancœurs sont là, les jalousies aussi. On écrit des livres. On se dit en haut de la côte quand certains sont en bas. On décide de dire que de toute manière il n’existe que quelques terroirs mythiques et que les autres ne sont que de basses copies qui n’égaleront jamais la quintessence que les premiers sont capables de produire.
Pourquoi faut-il que l’homme ait peur de se remettre en question ?
Pourquoi ne pourrait-on pas tout simplement accepter que la compréhension du vivant et du milieu en général puisse nous permettre de mieux valoriser des vignobles jusqu’à présent mal compris et que tout ceci dépasse une notion purement spéculative ?
Quand je vois les vagues que font encore le nouveau classement de Saint Emilion. Quand j’entends ces querelles de clochers et de carillons et surtout les commentaires et les critiques ouvertes dès qu’à l’aveugle un “simple” Montagne ou un “petit” Bordeaux sont plus appréciés qu’un Grand Cru Classé, je me dis que ce mur d’aveuglement est finalement toujours en train de s’élever.
Oui, oui, je sais, un vin doit vivre pour ce qu’il est et doit pouvoir voler de ses propres ailes grâce au souffle de ceux qui le créent. Je sais que pour moi la reconnaissance des techniciens qui m’entourent devrait me suffire. On sait tous très bien que les contraintes qui nous font plier le dos toute l’année sont autant de loupes qui nous font voir le vin du voisin d’un autre œil que celui du journaliste venant juste une semaine dans l’année pour décider de la qualité de ton breuvage. Dans sa catégorie. Parce que oui, tu es bien dans un tiroir et il faut que tu y restes.
L’AOC comme un moyen de s’améliorer mais aussi comme un carcan qui te cantonne dans l’image que celle-ci a auprès de certains décideurs.
Bordeaux est ainsi fait qu’il y a des niveaux, des strates comme le serait un parking de grand cité avec de jolies places de stationnements avec un air plus ou moins facile à respirer si tu te situes dans les niveaux inférieurs.
Alors tu expliques, tu donnes de toi pour faire comprendre aux esprits que tu croises qu’il n’y a de réussite que dans l’écoute de ton vignoble et dans le besoin d’amélioration qui t’anime parce que ce qui compte pour toi, c’est le résultat dans le verre.
Mais certains sont dérangés, certains sont déstabilisés dans leurs fondements de connaisseurs. Impossible d’accepter qu’il ne puisse pas exister autre chose que leur vérité. Écoutilles fermées, rideaux baissés, ils avancent dans leur brouillard. Ignorant que de l’ouverture d’esprit naît le salut. Reconnaitre que l’on peut avoir tort, pouvoir se dire voilà pendant dix ans j’ai travaillé de cette manière et je me suis trompé, voilà la véritable voie. Mais au contraire refuser de rentrer dans un système où tant que les autres ne changeront pas je ne bougerai pas. Regarder la girouette qui définit son axe et se dire je le garde, reste pour moi une preuve de régression.

Ainsi il y aurait des terroirs mythiques et d’autres pas. La belle affaire, la belle histoire tout droit issue de la Terre du milieu. Et pourquoi pas revendiquer les grottes préhistoriques comme les meilleures habitations puisque nos ancêtres, les bienheureux, les avaient choisies ?
Moi j’adore le bison grillé, c’est la meilleure viande qui puisse exister puisque Cromagnon l’adorait et lui il savait bien ce qui était bon pour l’amateur éclairé puisque c’était avant.

Les choses sont immuables, je m’en rends bien compte. La stagnation est rassurante, les bornes sont bien enfoncées, les limites clairement tracées à Bordeaux, si tu les dépasses on tire à vue.


Alors je reviens à l’essentiel, je me retourne sur ce que je sais faire de mieux, travailler la terre et accompagner mon raisin.
Un peu de Kurt, un peu de Bertrand et ça repart.
De toute manière l’essentiel se situe ailleurs.

Finalement le renouveau se trouve peut-être dans la disparition totale du moindre classement comme une volonté de remettre à plat tout un collectif viticole bordelais. Et je me dis, même si ce n’est pas toujours simple pour des vins situés hors de la zone de Bordeaux, que leur gros avantage à mes yeux réside certainement dans leur liberté d’entreprendre et dans la possibilité qu’a une propriété de se révéler uniquement par la qualité de ses produits et non par celle de son parking.

Nicolas.

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